POUJOL Pierre-Luc

POUJOL Pierre-Luc
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Présentation de l’artiste et de son travail publié dans le livre Artistes Occitanie: les 30 artistes 2022

Pierre-Luc Poujol
La tension du vivant

Pierre-Luc Poujol conjugue différentes techniques pour une peinture qui allie des éléments en apparence contradictoires: dans ses toiles, les drippings de Pollock (au sol) intègrent un travail de coulures sur toile à la verticale, la peinture tendant alors à descendre en ligne. De cette tension entre horizontal et vertical, entre aléatoire et rectitude naît la présence du vivant.

Le peintre se penche sur sa toile, un format de grande dimension posé au sol, qui se prête d’emblée à un travail physique, gestuel. Avec son pinceau, il fait un geste sec sans toucher le support: une giclée de couleur imprègne la toile. Et il va recommencer, en intervenant à d’autres endroits de ce rectangle blanc, avec d’autres pigments, souvent de sa propre composition. A cette phase, la couleur prime ici de toute évidence sur le dessin.
On pense alors évidemment à Jackson Pollock, le maître américain incontesté de cette technique du dripping.
Mais chez Pierre-Luc Poujol, il ne s’agit là que de la première partie du travail. Le travail de coulure va structurer les choses : d’abord avec une couleur, puis une autre, souvent un jeu entre blanc et noir. La peinture se dépose cette fois-ci dans des traînées verticales, qui, par moment, peut partir en biais. Cette trame apporte maîtrise et rigueur, tout en laissant place à de l’aléatoire: si c’est le peintre qui pose la peinture, c’est bien en dernier ressort la peinture qui choisit son chemin.
“Il y a des toiles ou se superposent cinq ou six tentatives. Il y a des strates. Le plus dur, c’est de savoir s’arrêter.
Peu à peu, la spontanéité du geste initial, la profusion de couleurs se trouve réécrit par cette trame qui isole et finalement valorise chaque pigment de couleurs. Les drippings vont rarement jusqu’au bord de la toile, et les lignes elles-mêmes peuvent s’arrêter avant de toucher les bords, si le chargement du pinceau au départ le veut ainsi.
En fonction des couleurs, du format, de la largeur des coulures et de leur plus ou moins grande régularité, viennent alors des références qui, dans tous les cas, donnent à l’oeuvre d’une manière ou d’une autre une dimension plus figurative: on peut penser à une vue aérienne d’une ville américaine, à une carte topographique, à des tissus, à un paysage vu à travers une fenêtre à carreaux, à des pixels agrandis, à un vitrail qui essaie de capturer avant tout la lumière des choses. L’artiste reste toujours ouvert à cette pluralité des sens, qu’il renforce en ne mettant jamais de titre à ses toiles.
C’est aussi l’exposition elle-même des oeuvres qui peut diriger le regard dans une direction précise. En 2021, une exposition dans une église a ainsi mis en valeur la dimension spirituelle du travail : pour la première fois, l’artiste a exposé certaines de ses oeuvres dans une église, une église romane où la lumière perce et donne vie au lieu à travers quelques ouvertures comptées dans des murs épais, l’église Saint Jean-Baptiste, à Castelnau-le-lez, près de Montpellier.
Une église qui avait elle-même déjà séduit un artiste contemporain, lui aussi féru de couleurs qui se croisent sur la toile: François Rouan, qui a fait les vitraux il y a vingt-cinq ans.
Pierre-Luc Poujol y a exposé ses oeuvres reproduites pour l’occasion sur des bâches qui prennent place sur les murs.
La dimension spirituelle de l’oeuvre saute évidemment aux yeux: les ombres et lumières qui vibrent sur les toiles jouent le même rôle que ces fenêtres austères dans une église romane: elles contrarient la présence de la lumière et du coup en valorise la présence, faisant de cette lumière et de cette couleur un bien précieux entre tous.

Ce côté vibrant des oeuvres, cette vitalité, l’artiste l’a trouvé au départ dans ses premiers travaux, sur les écorces. Une matière vivante, qui évolue évidemment avec la croissance de l’arbre. Peu à peu, des fractures, éclatements et fissures personnalisent chacune de ces enveloppes végétales, en fonction des espèces, des âges, des lieux.
De cette première source d’inspiration, l’artiste a gardé évidemment cette quête paradoxale, qui consiste à concilier toujours la spontanéité et l’organisation, la rigueur et l’aléatoire. C’est dans cette tension qu’apparaît le vivant.
Peu à peu, l’artiste a redonné à cette dimension végétale toute sa place dans sa peinture. Après un voyage au jardin de Claude Monet à Giverny, qui l’a profondément marqué, il s’est lancé pendant plus de trois ans dans un travail autour de l’univers des jardins du maître de l’impressionnisme.
En gardant sa technique et son travail au sol, en prenant des toiles de dimension impressionnante, Pierre-Luc Poujol s’est confronté à cette peinture. Il en est résulté une quarantaine de grands formats (3×2 mètres, parfois 7×5), exposés en 2020 au musée Paul Valéry, à Sète.
Les maillages n’ont évidemment plus la même importance, même si, chez Monet, c’est bien et bien un entrecroisement d’horizontales et de verticales, qui permettait de poser les nénuphars sur la surface de l’eau. Pierre-Luc Poujol, lui, s’attache davantage à l’énergie des couleurs, leur sensualité, et leur harmonie. Aujourd’hui, alors que l’exposition temporaire s’est achevée, le musée de Sète garde une place privilégiée pour le travail de l’artiste: on entre dans le musée par un dessin d’un dessinateur sétois, Topolino, croquant Pierre-Luc Poujol, et on sort avec une oeuvre de la série Giverny, achetée par le musée.
De manière fluide, naturelle, ce projet autour de Giverny en a amené un autre: “Depuis un an, je travaille sur les arbres, avec l’idée de faire un travail sur les arbres au fil des saisons”.
Le projet pour l’instant est encore plus global: une exposition avec une saison par salle, mais qui serait évoquée par deux dimensions, le visuel et l’olfactif, se transformant alors en une véritable expérience sensorielle.
En parallèle de ce travail sur les arbres, l’artiste renoue aussi avec ses origines en reprenant le burin du sculpteur, et le matériau qui fut la matrice initiale de son parcours d’artiste: le bois, l’écorce. En cours, un totem comprenant des pièces de bois peintes et mobiles sur une tige métallique. A priori, 24 modules, animés, les plus larges au centre, telle une colonne vertébrale de 24 vertèbres reliant la terre au ciel
Une réalisation qui combine peinture et sculpture, et qui montre l’évolution d’une oeuvre et son ancrage dans ses premières racines, au sens propre comme au sens figuré.

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Bio
Né dans les Cévennes. Etudes d’arts (Premier prix de dessin, premier prix de croquis et premier de perspectives). Partage son temps entre Montpellier et Miami.

34980 SAINT GELY DU FESC

    Galerie d'art de l'artiste

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