TATAH Djamel

TATAH Djamel
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Présentation de l’artiste et de son travail
à partir du dossier de presse de son exposition au musée Fabre, décembre 2022. Commissaires: Michel Hilaire, directeur du musée Fabre, et Maud Marron-Wojewodzki, conservatrice responsable des collections modernes et contemporaines du musée Fabre.

Installé depuis 2019 à Montpellier, Djamel Tatah est né en 1959 à Saint-Chamond et s’est formé à l’école des beaux-arts de Saint-Étienne. Il élabore depuis les années 1980 une peinture d’une grande sobriété, qui place la figure humaine, évanescente, au coeur de profonds aplats colorés.

Djamel Tatah réalise dès ses années d’études des œuvres composées de morceaux irréguliers de toile tendus sur des branches d’arbre. En 1986, après plusieurs voyages en Algérie, il fait un bref passage par l’huile sur toile, avant de mettre en place un support qu’il conserve jusqu’en 1996, où la toile recouvre un assemblage de planches de récupération grossièrement équarries, qui créent des bords irréguliers et une rugosité de surface.
Il associe ce support à l’usage de la cire. Cette primitivité des techniques qui accompagne les œuvres des débuts de sa carrière va de pair avec une composition marquée par le primat du dessin et par une quête des origines de la peinture qui passe par le monochrome, dans la lignée de l’artiste américain Barnett Newman.

Si dans la première décennie de création de l’artiste, les figures se tiennent majoritairement debout ou assises, hiératiques, on repère dès 1989 l’émergence de corps à terre, étendus en suspension dans la couleur pure, tandis que les vacillements et pertes d’équilibre font leur apparition dans ses toiles dès 1998.
L’artiste s’intéresse alors à la gestualité des corps, leur mise en suspens, s’inspirant des mouvements chorégraphiques des danseurs. Djamel Tatah s’intéresse tout autant à la chute, physique, sociale, spirituelle, que chaque homme peut éprouver, qu’à son élévation.
Si ses figures sont souvent prises dans une forme de méditation, le regard absent, elles semblent également, au sein de certaines toiles, interagir les unes avec les autres, tout autant qu’avec le spectateur. Les images peintes dialoguent entre elles dès leur réalisation par l’artiste qui, au sein de l’atelier, travaille sur plusieurs toiles simultanément.
Jamais narratives, ses œuvres réduisent à sa plus simple expression l’attitude des personnages, qui laisse présager une impossible rencontre entre les protagonistes du tableau. L’incommunicabilité semble en effet être au cœur des relations entre les acteurs des scènes, ce qu’exacerbe la coexistence de plusieurs espaces distincts au sein d’une même toile.
En outre, l’échelle des tableaux, ainsi que leur mise en scène théâtrale, intègrent la position du regardeur, créant ainsi un corps-à-corps entre l’œuvre et celui qui la regarde. Au sein des toiles de Tatah, les fonds, juxtaposant des espaces monochromes selon une rythmique colorée, créent un découpage narratif, où, à l’image du théâtre de l’absurde de Samuel Beckett, le silence tient une place centrale, loin du tumulte de la vie contemporaine.

REPETITIONS
Le principe répétitif est introduit par Djamel Tatah quelques années avant Les Femmes d’Alger, tableau qui exacerbe ce procédé. « Pourquoi ce personnage est-il répété plusieurs fois ? C’est pour accentuer l’idée. Comme dans la musique répétitive, cela devient progressivement lancinant. Mais c’est une fausse répétition. Tout se passe dans les nuances ». Dans certains ensembles, les formes humaines vont jusqu’à prendre l’aspect d’un motif, maintes fois reproduit, et ont par leur enchevêtrement, l’apparence d’une frise. Tout en déréalisant les figures, la répétition affirme la présence des corps tandis que les infimes nuances mettent à mal leur mimétisme : ce sont ainsi et avant tout des foules solitaires qui peuplent ses toiles.
PRESENCES
Certaines œuvres de Djamel Tatah donnent à voir des figures qui fonctionnent comme des archétypes :
« Je cherche l’expression abstraite d’une représentation de l’homme, avec une volonté de dépouillement », souligne l’artiste. Ses figures ont une présence trouble, avec une blancheur charnelle qui induit un aspect spectral, rappelant un processus de stylisation à l’œuvre dans les enluminures persanes, indiennes ou arabes, mais également dans la peinture d’icônes byzantines.

FOCUS SUR UNE OEUVRE: SANS TITRE, 2011 (la cinquième ci-dessous)
Evocation de la figure du Penseur d’Auguste Rodin, cette œuvre, traitée dans des nuances particulièrement sombres, intègre un personnage absorbé dans une activité méditative, qui ignore le spectateur, comme c’est le cas de nombreuses toiles de l’artiste. Cette démarche picturale, longuement étudiée par le critique Michael Fried et conceptualisée sous le terme d’absorbement, entraîne selon ce dernier, par mimétisme, le même phénomène chez le regardeur, happé par le tableau. Cette peinture de l’absorbement se rapproche notamment de certaines scènes de genre de la peinture française de la seconde moitié du XVIIIe siècle, bien qu’ici l’action ne soit rien d’autre qu’un regard tourné vers le vide, vers une absence de perspective matérialisée par de grands aplats noirs d’où n’émerge que la pâleur du visage.

BIOGRAPHIE DE L’ARTISTE
1956 Le père de Djamel Tatah, Belkacem Tatah, arrivé en France en 1947, incite sa femme et ses deux fils à le rejoindre. Ils quittent leur Kabylie natale en proie à la guerre. La famille s’installe dans la vallée du Gier, entre Lyon et Saint-Étienne.
28 juin 1959
Naissance de Djamel Tatah à Saint-Chamond.
1969
Enfant, Djamel Tatah se voit offrir des crayons. Il dessine jusqu’à 12 ans et la reprendra vers 20 ans. Bercé par la musique chaâbi chère à son père, il découvre également grâce à son frère le rock, la soul et la country.
1973
Djamel Tatah découvre à 14 ans le pays de ses parents au cours d’un voyage en famille en Algérie.
1976
Il quitte l’école et mène différentes expériences professionnelles.
1980
Après un séjour à Montpellier, il se rend à la Biennale d’art contemporain à Venise. Au musée Correr, il voit une exposition monographique de Balthus dans laquelle les tableaux sont accrochés sur des palissades en bois. De retour en France, il s’installe à Lyon afin de préparer les concours d’entrée aux écoles d’art.
1981
Il intègre l’école des beaux-arts de Saint-Étienne où il poursuit sa pratique du dessin d’après modèle vivant et de la photographie, initiée l’année précédente à Lyon. La photographie lui permet de nourrir intuitivement l’idée de la figure humaine sur pied. Il s’en empare pour composer ses toiles encordées sur des branches d’arbres. Sa découverte de certaines oeuvres de Jean-Michel Basquiat l’encourage à entamer des recherches sur le support de ses toiles. C’est ainsi qu’il décide de les agrafer sur des planches de chantier pour simuler une palissade. Il conservera ce support jusqu’en 1996, avant de se tourner vers le châssis traditionnel.
1982
Aux Rencontres cinématographiques de Saint-Étienne, Djamel Tatah se nourrit des classiques du cinéma. La mise en scène et le cadrage cinématographique vont influencer sa peinture. Nouveau voyage en Algérie : découverte du patrimoine de Tlemcen et des ruines antiques de Tipaza où se trouve la stèle à la mémoire d’Albert Camus qui va profondément le toucher.
1983
Djamel Tatah rencontre Rachid Taha, leader du groupe Carte de séjour, avec qui il se lie d’amitié. Tous deux se définiront comme des « mutants » pour affirmer un esprit d’ouverture induit par leur double culture.
1986
Djamel Tatah quitte l’école des beaux-arts de Saint-Étienne. Le 25 novembre, il fait une demande de réintégration dans la nationalité française à la préfecture de la Loire qui lui est refusée. Il voyage à Paris et à Londres.
1988
Il s’installe à Marseille et occupe un atelier dans le quartier de la Joliette.
1989
Dans l’exposition « Peinture-Cinéma-Peinture » à Marseille, il découvre les tableaux miroirs de Michelangelo Pistoletto dans lesquels se reflète la silhouette grandeur nature du spectateur. Première exposition personnelle à la galerie d’art toulousaine Axe Actuel.
1990
Commencement de son travail sur de grands polyptyques. Il rencontre Caroline Archat, qui devient son épouse et sera, parmi nombre de ses proches, un modèle pour ses photos. À Marseille, ilh travaille avec un centre social dans lequel il organise un festival (cinéma, musique, danse) en lien avec les habitants du quartier.
1992
Djamel Tatah obtient sa réintégration dans la nationalité française. Lauréat du prix Gras Savoye de l’École des beaux-arts de Paris et du salon de Montrouge. Il voit l’exposition dédiée à Jean-Michel Basquiat au musée Cantini à Marseille. Première exposition personnelle dans un musée, au château des Ducs de Wurtemberg à Montbéliard.
1993
Des oeuvres de Djamel Tatah entrent dans les collections du Fonds national d’art contemporain et du Fonds régional d’art contemporain Île-de-France. Il préside le jury de diplôme national supérieur des arts plastiques (DNSAP) de l’ENSBA Paris.
1995
Pour se rapprocher de Paris, il emménage avec sa famille dans les Yvelines. Deux expositions personnelles, à l’Institut français de Thessalonique en Grèce et à l’Institut français de Bologne en Italie.
1996
En écho aux évènements tragiques qui se poursuivent en Algérie, il rend hommage aux femmes qui attendent leurs droits avec une seconde version du tableau Les Femmes d’Alger dans laquelle une figure féminine se répète une vingtaine de fois.
1997
Djamel Tatah s’installe à Montreuil en Seine-Saint-Denis. Il participe à plusieurs expositions collectives à la Villa Médicis, à l’ENSBA à Paris et au musée du Luxembourg.
1999
Il entre à la galerie Liliane & Michel Durand-Dessert.
2001
Nouvel atelier dans le 14e arrondissement de Paris.
2005
Il entre à la galerie,Kamel Mennour à Paris. Il présente ses œuvres dans l’exposition collective « SingulierS » au musée du Guangdong à Canton (Chine) et « My Favorite Things » au musée d’Art contemporain de Lyon.
2006
Il contribue aux expositions collectives « La Force de l’art » au Grand Palais et « Peintures Malerei » au Martin-Gropius-Bau à Berlin. Collaboration avec l’éditeur Michael Woolworth qui l’initie aux techniques de la lithographie et de la gravure sur bois.
2008
Djamel Tatah entre comme chef d’atelier à l’ENSBA. Expositions personnelles au musée des Beaux-Arts de Nantes et à la galerie Kamel Mennour.
2009
À Nice, le musée d’Art moderne et contemporain lui consacre une exposition à la galerie des Ponchettes.
2010
Djamel Tatah est invité par Éric de Chassey, directeur de la Villa Médicis à Rome, pour l’exposition « I Mutanti ».
2011
Quitte Paris et s’installe dans un village de l’Yonne. Le château de Chambord lui consacre une importante exposition. Valérie Jouve qui mène un travail dans les territoires occupés de Palestine invite Djamel Tatah à présenter ses œuvres gravées pour une exposition itinérante à la galerie Al Hoash à Jérusalem, au centre d’Art Sakakini à Ramallah, puis à Gaza, Hébron, Naplouse, Dar el Kalima et Bethléem.
2013
Le musée d’Art moderne d’Alger (MAMA) accueille la première étape d’une exposition monographique consacrée à l’artiste.
2014
À Saint-Étienne, le musée d’Art moderne et contemporain lui consacre une exposition d’oeuvres récentes. Djamel Tatah rejoint la galerie Ben Brown Fine Arts à Londres où il présente ses dernières œuvres
2016
L’artiste s’installe près d’Avignon où il investit un grand atelier.
2017
La Collection Lambert à Avignon lui consacre une exposition. Ses œuvres dialoguent avec des peintures et dessins de la collection d’Yvon Lambert.
2018
Djamel Tatah entre à la galerie Jérôme Poggi à Paris.
2019
Djamel Tatah s’installe à Montpellier.
2021
Djamel Tatah expose la première version de l’œuvre Les Femmes d’Alger dans l’exposition « Picasso & Les Femmes d’Alger », au Museum Berggruen à Berlin.
2022: exposition au Musée Fabre, Montpellier.

34000 Montpellier

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