VIEL Louis

VIEL Louis
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Article publié dans le livre Artistes Occitanie, les 30 artistes 2023, paru en novembre 2022.
Quatrième volume de la série Artistes Occitanie, les 30 artistes de l’année.
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Avezan (32)
Louis VIel
Solidtude et résilience

Dans les Landes, le visiteur peut avoir le regard attiré par une curieuse installation qui se situe en dehors des forêts dévastées par les incendies de l’été 2022: un cercle de troncs posés au sol, tous d’un diamètre de 50 à 80 cm, des troncs de pins. Au centre, un tronc un peu plus massif, allongé lui aussi.
Tous sont en train de dépérir, mais du tronc central émergent de nouveaux arbres qui, eux, poussent et se portent à merveille.
Une nature résiliente, mais…. qui doit cette résilience à un artiste cinq ans en arrière : Louis Viel était alors intervenu pour proposer cette installation. L’artiste a volontairement noirci à la lampe à souder les arbres qui forment le cercle extérieur, afin qu’ils dépérissent petit à petit. Et dans le tronc posé au centre, il a creusé trois trous dans lesquels il a intégré de jeunes pousses de pins.
Cinq ans plus tard, les jeunes pousses sont devenues de vrais arbres, pendant que le cercle autour et le pin qui a servi de base, eux, sont en voie de disparition.
Avant les incendies qui ont ravagé les Landes, Louis Viel a réalisé cette œuvre qui pouvait alerter et qui reste néanmoins porteuse d’espoir. Présente dans ce travail, la notion de résilience est un des axes centraux de cet artiste qui s’exprime par différents canaux possibles, photographie, vidéo, land-art notamment.
“ Aujourd’hui, l’œuvre n’est même plus signalée, explique Louis Viel. L’association qui s’occupait de cet espace culturel est dissoute. Du coup, c’est difficile de savoir si les gens qui contemplent le site ont conscience de voir quelque chose fait par la main de l’homme ou pas!”
Son travail peut être beaucoup plus déroutant, comme toutes les œuvres réalisées sur la notion d’entropie, autrement dit les capacités de transformation d’un système, son degré de désorganisation, souvent imprédictible.
Et pour ce faire, il a recours à un procédé très simple : faire tomber des objets élémentaires du quotidien et photographier le résultat. Cela peut être du sable, des carreaux de céramique, des gouttes d’eau, des galets.
Le résultat est toujours le fruit de la pesanteur mais également du hasard.
Dans cette série sur l’entropie, Louis Viel a également intégré des photos de papier déchiré: la déchirure est ici le symbole de quelque chose que l’on ne peut pas prédire, même si cela ne passe pas par la chute.
En fait, dans l’ensemble de ses travaux, Louis Viel a en partie gardé la casquette du scientifique qu’il a été pendant toute sa carrière professionnelle: “Je suis toujours dans l’idée de chercher des formes signifiantes plutôt que de juste représenter”. L’artiste-scientifique aime à convoquer le hasard, la relation à l’espace, les math ou la physique dans son travail.
Dans ce travail qui réunit science et art, l’artiste en est venu progressivement à privilégier l’image fixe à des supports plus complexes comme la vidéo ou des installations: “La contemplation d’une image fixe peut conduire à une appropriation plus nourrie que l’audiovisuel ”. Mais il ne s’interdit rien en terme de photo : couleur, noir et blanc, mélange des deux, déchirure, grattages, dépôts, etc.
“L’essentiel, c’est que l’utilisation d’un outil serve le sens. Dans mon travail sur les volcans et la résilience par exemple, j’ai photographié le sol avec toutes ses distorsions autour du volcan. C’est en noir et blanc qu’elles apparaissent le mieux. Et, par contraste, j’ai laissé en couleur les herbes qui utilisent ses anfractuosités pour pousser ”.
L’artiste a également utilisé le principe de la déchirure dans cette série sur les volcans: “J’ai réalisé des photos d’éruptions volcaniques mais je les déchire (acte émouvant pour moi) et je les monte en laissant apparente la déchirure. Le volcanisme, ce n’est rien d’autre que la terre qui se déchire. Le papier déchiré me semble le médium le plus indiqué pour le faire ressentir ”.
Actuellement, l’artiste travaille à une série qui cherche à faire réagir sur la disparition des glaciers : “ Je vais proposer des images, qui intégreront des bouts de miroir. Les personnes regarderont une image concrète mais se verront en même temps. Cela peut les inciter à s’interroger sur le lien entre un glacier qui disparaît et leur propre visage (qui peut les renvoyer à eux-mêmes) qui va et vient en fonction de l’endroit où ils se placent ”.
Dans tous les cas, l’artiste aime amener le regard à s’interroger sur l’état de la nature et son comportement. Il l’avait fait dans les Landes avant les incendies. L’actualité l’a rattrapée sur la pertinence de la démarche.
Anne Devailly

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De formation scientifique.
Enseignant-chercheur en physique à l’Université Paul Sabatier, Toulouse.
A ensuite repris des études universitaires en arts plastiques (Université Jean Jaurès, Toulouse) et a enseigné les arts plastiques à Montauban, tout en faisant des travaux de médiation (conférence, accompagne- ment de visiteurs dans des expositions).
A travaillé avec des photographes, des musiciens, des land-artistes et des poètes.
Parmi ses artistes de prédilection, Fontana, Klein, Soulages, Opalka, Penone, Beuys.

32380 Avezan

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