FOURRIER Erick

    Discipline(s)
    Plasticien/ne, Sculpteur
    Informations de contact
    Mr. Erick Fourrier

    Département
    Adresse
    21 rue de la Lorraine 31100 Toulouse
    Statut
    Autre
    Mon Histoire

    Quand la palette industrielle se fait œuvre d’art

    Quand une galerie attend des sculptures, des livres, voire des tableaux un peu volumineux, elle les reçoit sur des palettes, comme toute marchandise digne de ce nom. Une fois les objets livrés, la palette est reléguée dans un coin.
    L’artiste Erick Fourrier a décidé de renverser le regard : il donne ses lettres de noblesse à ce support qui passe si souvent inaperçu. Il sculpte le bois de ces palettes industrielles faites de simples planches de pin. L’objet, brut, déjà rempli de creux et de plein, fragile, parfois malmené par les usages précédents, lui offre à chaque fois un nouveau défi.
    Comme pour d’autres artistes, la contrainte est chez Erick Fourrier un puissant vecteur de création. Il repousse les limites au point qu’on en oublie l’objet de départ : devant l’entrelacs d’écriture, de traits ou de courbes, on ne s’interroge même plus sur le matériau de base, qui s’est complètement fait oublier. Si le cheminement est celui-là, alors Erick Fourrier est satisfait. Ce qu’il souhaite, c’est bien que son œuvre tire toute sa force de son équilibre interne, sans qu’on s’interroge sur le matériau utilisé.
    Erick Fourrier n’est pas le premier artiste à utiliser cette palette brute et bon marché mais, la plupart du temps, ceux qui s’y sont intéressés comme par exemple Jean-Michel Basquiat sont des peintres qui l’ont travaillé comme support à la peinture. Erick Fourrier, lui, enlève plutôt qu’il n’ajoute.
    «Par découpes successives, explique l’artiste, on peut perdre complètement la forme de base de la palette».
    Aujourd’hui, l’artiste a déjà réalisé plusieurs dizaines de sculptures dans ce matériau brut, d’autant plus brut qu’Erick Fourrier se refuse à aller les acheter et préfère les récupérer « le matin, avant le passage des éboueurs ».
    Contrairement à ce qu’on peut penser, la palette n’est pas un objet standard : « La structure reste la même (six pieds, des « skis », un plateau), elle pèse toujours autour de 15 kilos. Passée cette base, on a de tout : des planches plus ou moins larges et plus ou moins espacées. Même le bois peut varier : elles sont presque toutes en pin, mais il en existe aussi en hêtre, et même en chêne, pour les choses très lourdes à transporter ».
    Cette variété insoupçonnée contraint Erick Fourrier à partir du matériau qu’il trouve. Il dessine directement sur la palette un motif et passe ensuite aux découpes avec des outils de bricoleur (scie sauteuse, perceuse, etc). « Je n’utilise quasiment pas les outils traditionnels du sculpteur, notamment le ciseau à bois, qui n’est pas adapté au bois de pin car il a tendance à suivre la veinure de la planche ».
    Pour varier les effets, Erick Fourrier brûle parfois certaines parties de la palette, jouant alors sur les contrastes de couleur mais aussi sur les contrastes de matière : « brûler un peu la palette permet de faire ressortir les cristaux de charbon et les veinures de bois. En fonction de l’effet recherché, cela peut être intéressant ».
    Souvent, le sculpteur va très loin dans la déstructuration du matériau de base, quitte parfois à jouer aux limites de ses possibilités. « Parfois, je solidifie un peu la structure, mais dans ce cas, je le fais toujours avec les chutes. Je peux coller quelques morceaux de planche par derrière, je m’autorise un raccord entre les planches pour accentuer une ligne. Cela m’arrive, même si mon jeu principal reste de respecter la structure tout en trouvant la solution pour qu’elle se fasse oublier ».
    L’artiste pousse même son souci de ne travailler que la palette jusqu’aux clous qui vont permettre l’accrochage : « Une fois que je retire les pieds, il me reste des clous, assez importants. Je les tords en demi-cercle et cela donne l’accroche pour les fixer au mur. Je le fais toujours aux quatre coins pour permettre, pour chaque œuvre, quatre sens possibles. A moi après de réaliser une œuvre qui soit aussi intéressante dans tous les sens ! ». Un défi de plus à relever…
    Erick Fourrier s’autorise quand même quelques ajouts : un peu d’huile de lin ou de vernis, notamment sur les parties brûlées, afin de les faire briller tout en les protégeant. Et parfois, quelques couleurs, mais les œuvres comportant ainsi quelques ajouts colorés restent rares. L’artiste préfère s’en tenir à tout le potentiel du matériau qu’il s’est choisi. Il enlève, il brûle, mais finalement il n’a pas besoin d’en rajouter.
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    BIO
    Erick Fourrier n’a pas toujours été sculpteur. Dans une autre vie, il était fleuriste à Paris. Pendant une vingtaine d’année, il recevait les fleurs, les arrangeait, les composait en bouquets. Et puis en 2009, il prend la décision de s’inscrire aux cours du soir des Beaux-Arts de la ville de Paris. Ce pas lui permettra d’oser en franchir un autre ! En 2013, il s’installe à Toulouse et vit depuis de son travail artistique actuel et peut-être prochainement à base d’autres matériaux. Peut-être bien le papier… mais qui sera un papier de récupération, cela va de soi.
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    Des oeuvres monumentales
    Erick Fourrier élargit sa palette. Il enrichit sa démarche et réalise désormais des œuvres plus monumentales, en plein air. Cela a commencé à Beaulieu-les-Loches en Touraine où il a « habillé » un ancien séchoir à cuir en créant une oeuvre en référence à l’histoire du lieu. Son travail amène ainsi une contemporanéité que l’on retrouve également dans la sculpture réalisée au château-monastère de La Corroirie.
    Ces premières créations vont lui permettre de participer au festival « Wadden Tide » de Land-art au Danemark au cours de l’été 2019. Il y réalisera pour la première fois une sculpture monumentale en trois dimensions au milieu des dunes, dans un site naturel. Cette sculpture représente la proue d’un navire échoué en témoignage de l’histoire locale, la proue sortant du sol comme une découverte antique mise en partie à nue par les vents et marais.
    L’artiste modifie le regard que nous portons sur les objets usuels en transformant les palettes en oeuvre d’art. A l’heure ou la planète étouffe sous les déchets, c’est évidemment une démarche qui séduit au-delà des amateurs d’art.

    Entretien - Rencontres Artistes d'Occitanie
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    « Les 30 Artistes Occitanie »
    Présent dans l'édition 2020
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