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Thomas de Vuillefroy, Espalion, Aveyron

Thomas de Vuillefroy : l’encre et le racloir

 

Thomas de Vuillefroy aime dessiner de manière classique mais aime également pousser les techniques au bout de leurs possibilités. Depuis peu, cet artiste a développé une technique qui lui permet de créer des œuvres étranges, superpositions de portraits qui deviennent du coup intemporels et fantomatiques…

Thomas de Vuillefroy est venu dans la région il y a huit ans dans l’optique d’apprendre la taille de pierre. Mais cet artiste dans l’âme, qui a toujours flirté avec des formations ou des pratiques artistiques, continue en parallèle à dessiner et à expérimenter. En 2012, il découvre un nouveau moyen d’impression, qui s’apparente au monotype : une impression unique réalisée avec peu de moyens et qui laisse la part à des signes aléatoires, mais qui permet aussi à l’artiste de mettre en valeur l’expression affirmée de son coup de crayon.

Petit à petit, l’artiste peaufine la technique. Pour sa dernière série de portraits, il crée d’immenses puzzles de pièces de papier qu’il détoure et ajoure progressivement. Il superpose les visages et crée des transparences. Bref, un travail de titan impossible à décrire dans toutes ses phases, à la fois parce qu’il est très technique et parce qu’il est de toute façon en perpétuelle évolution.

Benoit Decron, conservateur du Musée Soulages de Rodez, s’intéresse à son travail et écrit un texte sur la nouvelle technique de l’artiste, Comme on descend le rideau noir.

Recherche et développement artistique…

En parallèle, Thomas de Vuillefroy continue ses recherches, entre science et art, comme il l’a toujours fait depuis le début de ses études. Son procédé d’impression à l’origine de ses travaux actuels n’est que la dernière invention de cet artiste-chercheur qui en a d’autres à son actif. Comme le dit Benoit Decron, « son absolue discrétion couve d’incessantes recherches, une énergie à inventer loin des circuits institutionnels ».

Th. De Vuillefroy : « Je travaille sur différents projets. A 25 ans, j’ai reçu de l’État de quoi rédiger un brevet industriel pour avoir conçu un nouveau moyen de confectionner des vêtements. Puis, lors de mes études d’art j’ai été fasciné par le titre d’un ouvrage clef de Wassily Kandinsky: « Point et ligne sur plan ». Cela m’a donné à réfléchir pendant une dizaine d’années, je souhaite désormais écrire ma réflexion sur ce sujet. Mon souhait est d’appliquer à l’écran les théories de Kandinsky. J’ai eu aussi l’occasion de faire un CAP de tailleur de pierre chez les Compagnons du Devoir. Je l’ai fait à Rodez et c’est ainsi qu’en travaillant avec un professeur de stéréotomie j’ai découvert une nouvelle façon de dessiner des ouvrages d’art. Les Compagnons m’ont demandé d’en rendre compte aux instances politiques régionales et aux syndicats de la pierre et du béton à Paris. J’ai eu la chance aussi d’innover une seconde fois dans ce secteur. Inspiré par les techniques découvertes par les artistes ayant réfléchi sur l’art cinétique, j’ai appliqué la technique au bâtiment, réalisant des murs qui bougent seulement avec la lumière ».

Le plus simple pour aborder le travail de l’artiste est tout simplement de lui laisser la parole, Thomas de Vuillefroy ayant décrit lui-même son cheminement artistique dans un texte qu’Art dans l’Air reprend, dans une version légèrement raccourcie :

« J’ai toujours un peu de mal à expliquer ma démarche artistique. Je me sens complexe et créatif. J’aurais pu suivre un autre chemin que celui de l’art tant je suis attiré par les lettres et la philosophie. L’idée de développer un talent était important pour moi. J’ai donc décidé de suivre des études d’arts graphiques. J’ai quitté l’école trop tôt pour manier l’outil informatique, trop tôt aussi pour être formaté par l’école, mais avec cette envie d’apprendre et de m’exprimer par le dessin. (…) Je considère la peinture comme un moyen extraordinaire de recherche, toujours constructif.

Durant mes premières années de pratique artistique il m’est néanmoins arrivé d’effacer mon travail. En septembre 2012, j’ai utilisé de l’encre de Chine pour recouvrir un pastel peut-être pour provoquer un accident. Le résultat fut que ce pastel ne fut pas recouvert uniformément du noir de l’encre.

A quelques endroits cela ruisselait, perlait et à d’autres encore l’encre semblait avoir glissé dessus sans attacher. C’est ainsi que j’ai développé une nouvelle technique.

(…) Le tirage est unique et l’on s’approche d’un rendu proche de la lithographie, mais sans presse. J’aime chercher, et chaque jour de travail ou de rêveries me prépare à recevoir une idée, voir un détail et faire une synthèse créative ».

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Article publié en mars 2018

Vu par…

Vu par Benoit Decron, conservateur du musée Soulages

« Les œuvres de Vuillefroy tiennent par leur forte intériorité, de la sensibilité et du lâcher-prise : avec ses portraits, on a le sentiment d’entrer dans une boîte, dans une chambre noire. Ils se révèlent comme des écheveaux de lignes surgissant de la couleur acide, revêche pourrait-on dire. Ils se proposent comme un broyé de ténèbres avec, se tenant au centre, un être qui vous scrute. Le dessin chez Vuillefroy ne pointe pas l’intention, mais, avec son propre langage, cherche le but à atteindre. Face au spectateur, comme nous le rappellent les figures figées dans leur intérieur, les concrétions au pastel d’Édouard Vuillard : au plus profond de la grotte domestique niche l’âme et son expression la plus efficace, les yeux. L’infraction a du bon, elle est également de mise chez Vuillefroy. Du reste, pour qui connaît sa production, l’autoportrait se confond avec ces portraits. Comme un oignon, on pèle l’âme. À quoi bon le masque ? Toute représentation se leste de la gravité de ce que le peintre nous abandonne à voir : n’en faisons surtout pas un drame. Un portrait est avant tout un déballage et n’a pas à être gai ou triste. Il se suffit à lui-même ».

Bio

Né en Bretagne en 1978.

Réalise ses études entre 2001 et 2005 à l’ESAG-Penninghen, puis aux Beaux-Arts d’Angers.

2007 : Apprentissage de la taille de pierre à Rodez.

2012 : Avec peu de moyens, de l’encre de chine et un racloir, il découvre un nouveau moyen d’impression.

2015 : Crée son nouvel atelier à Espalion, dans l’Aveyron.

Site de l’artiste