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JC Leroux, Aveyron

Une œuvre en permanente évolution

2005

Jean-Claude Leroux peint depuis plus de cinquante ans, mais cet artiste qui fuit avant tout la routine cherche à renouveler son œuvre dès que la répétition pourrait s’installer.

Voilà comment le noir et les sujets un peu angoissants ont fait place il y a deux ans à la couleur et à des sujets de vie quotidienne plus apaisés. Rencontre avec un peintre qui aime les remises en question.

Les couleurs sont franches et les formes plutôt géométriques : de grands aplats rouges, jaunes, mauves. Si l’on en reste là, on est devant une peinture abstraite d’un coloriste qui cherche avant tout les harmonies.

Mais sur ces fonds interviennent des personnages ou des animaux, comme en apesanteur sur ces couleurs qui interdisent tout contexte trop précis. Les personnages peuvent être fixes et regarder droit dans les yeux le spectateur, pendant que d’autres se concentrent sur une action et ignorent qu’ils sont vus : l’un caresse (ou essaie de caresser) un cerf, un autre fait de ski, quelques petits vieux discutent sur un banc.

Installé dans l’Aveyron, JC Leroux n’a pas toujours peint de cette manière. D’ailleurs…. Il n’a tout simplement pas toujours peint, même si sa vocation était particulièrement précoce : cet artiste né en Bretagne mais élevé à Paris réalise ses premières expositions à 14 ans, puis il reçoit dans les années 60 le Prix de la Vocation remis par Marcel Bleustein-Blanchet à un jeune artiste tous les ans. Les expositions s’enchaînent, l’artiste est sur les rails. Mais par « choix affectif », à la fin des années 60, il décide tout simplement d’arrêter la peinture pendant… vingt ans !

Et puis il s’y remet. Le « nouveau départ » mêle une peinture dominée par le noir et les gris à des sujets figuratifs, souvent symboliques. Rien à voir avec la veine actuelle, commencée il y a deux ans, comme si, une fois de plus,  à 70 ans passés, l’homme a eu envie de se renouveler. Place à la couleur, sans que cette couleur « simplifie » les œuvres, bien au contraire.
Devant ce parcours qui montre que l’artiste fuit tout ce qui pourrait être une trace de routine, on comprend que l’une de ses citations préférées soit cette phrase de Robert Filliou : « Quoique que tu fasses, fais autre chose ».

L’essentiel aujourd’hui est dans ce dialogue entre un motif et l’ambiance colorée du fond. Pour le motif lui-même, l’artiste cherche son inspiration partout : dans son environnement le plus proche quand il s’attaque à la cathédrale de Rodez, mais aussi dans des scénettes plus anciennes qu’il retravaille après les avoir repérées sur le net : « Aucune règle, le conventionnel ici n’est pas maître du lieu. La recette est bannie, le choix des ingrédients est libre, le dosage abstrait et subtil ».
La peinture actuelle de JC Leroux est un savant mélange d’éléments disparates et qui, unis sur la toile, apportent néanmoins une harmonie qui saute aux yeux. Les personnages intriguent, le peintre ne veut pas nous en dire trop sur ce qu’ils font ou sur l’époque à laquelle ils appartiennent, mais l’ambiance colorée du fond supplée facilement à ces carences.

JC Leroux aime les scènes du quotidien, à condition qu’elles ne restent pas engluées dans tout ce qui fait précisément ce quotidien et qui nous empêche bien souvent de voir les moments de grâce qui se trouvent sous nos yeux : des enfants qui discutent avant de plonger dans la piscine, les trois petits vieux sur le banc, totalement affairés à leurs derniers potins, le skieur qui dévale la pente, ou le garçon de café prêt à aller servir un verre. Dans cette scène d’ailleurs, le peintre s’amuse à représenter des personnages sortis du Midi viticole du XIXème, qui sont néanmoins en retrait par rapport au garçon de café du siècle suivant. Le vin par-delà les siècles.

Ou comme cette jeune femme en bikini qui rentre dans l’eau, alors que deux vieillards s’en vont, discrètement. Confrontation des époques, confrontation des lieux, confrontation des styles de peinture.
Car finalement peu importe d’où vient la scène et à quelle époque elle a eu lieu. Comme le dit le peintre, « aujourd’hui les chimpanzés regardent passer les MIG-3 comme hier les vaches regardaient passer les trains ». Les repères sont donc brouillés, et la confrontation entre une peinture inventée au XXè siècle avec des sujets ancestraux ne pose aucun problème. Seule demeure l’intention de l’artiste, la cohérence de l’ensemble.

AD

BIO    

1943 : Fondé depuis 1943 à Saint-Brieuc par des parents oublieux. Coule une enfance heureuse auprès de mères adoptives en banlieue parisienne.
1948 : Un oncle graveur, habile copiste d’œuvres classiques, l’initie aux secrets des jeux picturaux.
1957 : Sous la tutelle d’un ancien artiste africaniste, il élargit son apprentissage et expose ses premiers travaux en divers salons, dont à l’époque les notoires Salons d’Asnières et d’Automne à Paris.
1961 : Jean-Paul Crespelle, critique d’art au quotidien France-Soir, le prend sous son aile et le diffuse  dans le milieu de l’école de Paris.
1962 : Obtient la Bourse de la Vocation, décernée annuellement par Marcel Bleustein à un jeune artiste.
1964 : Croise Jeanne Castel, galeriste mentor de Fautrier, qui va l’exposer de nombreuses fois.
1969 : Par choix affectif et personnel, abandonne la pratique picturale durant 20 ans.
1990 : Retour à la peinture. Suit sept années de « remise en jambes »
1997 : Premières œuvres exposées. Enchaîne les manifestations personnelles et collectives dans la région (Rodez, Toulouse, Marcillac, Albi, Nîmes, Rodez, Montpellier), hors région (Paris, Lyon, Annecy, Grenoble, Le Mans, etc) et à l’international (Mexico, Tokyo). Il décroche le grand prix de la revue Azart au Salon de Lyon

JC Leroux expose régulièrement à la Galerie Annotiau, Rodez.

Rencontre publiée en mai 2017

Site web de l’artiste