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Cedrick Nöt, Hautes-Pyrénées

Les femmes Pyrénées



Depuis Bagnères-de-Bigorre, le photographe Nöt confronte les fragilités et les forces de la femme aux puissances d’une nature pyrénéenne.

Nöt a cherché avant de trouver son moyen d’expression. Enfant (myope…) et adolescent, il tâte un peu de la photo, grâce au reflex de son père, mais cela n’ira pas plus loin. Aux Beaux-Arts de Tarbes, il apprend avant tout la sculpture sur pierre, même s’il mène en parallèle un projet photographique ambitieux, en proposant à des centaines de personnes de se prendre en photo avec un même angle et un même appareil. Le selfie avant l’heure (années 90).

Trois choses vont contribuer à changer son regard sur ce médium : l’apparition du numérique qui allège la partie technique de l’art photographique : « Je considère l’appareil photo comme un simple outil, rien de plus. Il est là pour soumettre aux autres l’expression d’une idée, d’une quête. Il faut évidemment savoir le contrôler, un minimum, mais la maîtrise technique n’a strictement rien d’essentiel. Cependant, quand l’outil devient instrument, quand on fait corps avec son boîtier favoris, quand une certaine harmonie s’installe avec la machine, c’est une sensation singulière que j’apprécie».

La deuxième chose sera une rencontre : celle qu’il fait en 1996 à Marseille avec la photographe Audrey Tabary. C’est elle qui va lui donner le goût de l’expérimentation photographique. C’est pour elle et d’autres amies photographes qu’il va poser, puis saisir définitivement l’appareil. A partir de là, Nöt mène de front un travail expérimental d’un côté, et un travail plus «conventionnel» de l’autre, en réalisant pour des artistes des projets menés avec des producteurs dans le domaine de la musique (Sony, Columbia, etc), de la danse et du théâtre.

Et puis une troisième chose va le faire basculer sur un travail plus personnel : la terre où il a décidé de résider, les Hautes-Pyrénées, deviennent l’une de ses principales sources d’inspiration. Sans avoir la nécessité de parcourir tout le massif, en demeurant dans les environs de la ville où il s’est installée, Bagnères-de-Bigorre, il utilise les reliefs imposants du massif, ses courbes de pierre, sa végétation luxuriante qui réduit à jamais la taille et la puissance de l’homme. Sous son œil, les Pyrénées s’habillent d’allures étranges et inquiétantes. Il y a évidemment cette verticalité spécifique à la montagne, mais il y a aussi son traitement du noir et blanc, qui fait qu’on ne sait plus trop d’où vient la lumière : pas plus du ciel que des monts eux-mêmes. Le photographe ne montre d’ailleurs pas de montagne rayonnante de soleil : « Je travaille fréquemment en noir et blanc, parfois en couleur, mais dans ce cas, je travaille ma colorimétrie en tendant quand même vers une monochromie ».

Nöt a d’abord joué de l’immensité de l’environnement montagnard dans une série réalisée il y a deux ans où la prise de vue était faite depuis un drone : des corps nus, sombrant dans des paysages béants. « Je pense que ce sont mes deux thèmes de prédilection : l’entité féminine et la nature. Mes séries actuelles interprètent les Pyrénées comme des scènes de reportage de guerre, faussement documentaires : le paysage est dramatisé, je tente de ‘charger’ l’image de cette émotion primitive qu’est ‘le désir de chaos’. Dans la plupart de mes compositions, le regard ne perçoit pas le corps immédiatement. D’abord, l’environnement, omniprésent, puis la figure humaine fébrile et en situation de lutte ».
D’autres séries, prises cette fois-ci au plus près du modèle, montrent le corps féminin en prise avec l’organique soit parce qu’elle doit faire face à une végétation inextricable que rien ne semble arrêter, soit parce qu’elle a l’air de porter dans sa chair les griffures laissées par une nature qu’on imagine hostile (Témérité).

Nöt poursuit ce travail de recherche autour de la représentation du féminin en atelier, se permettant le recours à tout ce que permet le numérique pour parvenir à matérialiser son idée. Dans la série  Fourth wall, la femme a pour une fois un visage, mais… le corps est fragmenté, démantibulé. « Le modèle est sommairement photographié contre un mur dans des mouvements de résistance, je superpose ensuite les fichiers afin de décrire, de manière syncopée, l’énergie déployée au quotidien par les femmes pour lutter contre les réalités d’un contexte social… viril ? ».

Exposition
28 juillet – 16 Août / Marciac, pendant le festival Jazz
Huit plasticiens photographes d’Europe et d’Amérique du Sud: Bruno Wagner, Guilhem Senges, Nöt, André Hemelrijk, Marie Frécon, François Canard, Pepe Atocha, Philippe Assalit
15 Rue Henri Laignoux

Dans la série Lhynceul, il revient sur le binôme femme/nature, en imbriquant les deux, pour créer de nouvelles créatures composites, où la figure féminine absorbe littéralement les lieux sauvages des Pyrénées.

Dans ses derniers travaux, Nöt interrompe le thème de l’environnement, pour confronter les femmes les unes aux autres. Dans « Lutt ».ce sont les enjeux sociaux et la domination entre semblables qui sont abordés aux travers d’images semblant venues d’un autre temps.

AD

Article paru en juillet 2017

Site web de l’artiste