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Jessica Nodin, Tarn-et-Garonne/ Piquecos

La folie, l’absurde, la légèreté

 

Jessica Nodin dessine et écrit, jouant avec les formes comme avec les mots, pour tirer partie des absurdités du langage, des images et finalement de l’existence elle-même. L’absurde demande à être traité sérieusement.

Chez Jessica Nodin, il faut regarder alternativement les dessins et les titres.

En lisant les cartels, on rencontre ainsi une panseuse étoile, un psynocchio ou une origine du moule qui feraient sourire même s’ils n’étaient pas accompagnés de leurs représentations. Parfois, on approche de la blague débile d’adolescent, comme avec ce doigtdanslzen ou avec la choconde.

Et quand on regarde les dessins correspondants,  la surprise est encore plus grande: on voit une artiste qui a cherché à donner vie à ces mots-valises saugrenus de la manière la plus consciencieuse qui soit.
BIenvenue dans un monde où l’absurde est roi, reconnu, respecté. Un monde qui a un côté “gore” assumé mais traité avec une infinie délicatesse de traits, que permet l’usage du rotring ou du crayon gris.  Le dessin est parfait, les détails sont minutieusement représentés, l’oeuvre elle-même est soignée dans ses finitions: “je laisse toujours beaucoup de marge blanche dans mes dessins, pour qu’ils apparaissent vraiment épurés”.

Tout l’intérêt du travail de la dessinatrice vient de cette façon de tenir les deux bouts de l’histoire: à un bout, le dérisoire d’un petit jeu de mot  et le trash ou le gore de l’inspiration; à l’autre bout, la profondeur d’une oeuvre mûrement réfléchie qui en découle et la perfection recherchée dans la réalisation plastique.

“Liant les domaines de la santé, de la connaissance et du progrès aux formes du langage (écrit, parlé, formalisé, symbolique, figuré…), je joue avec les maux, je soupçonne d’hérésie, je mords, je plagie, je plaisante”, comme dit l’artiste sur son site, pour terminer par une phrase simple et… volontairement ouverte: “Tout ceci n’est pas très anodin (mais en fait si)”.

Reprenons…

La panseuse étoile fait sourire, mais elle évoque clairement, crûment, la douleur que doivent ressentir ces jeunes danseuses quand elles montent sur leurs premières pointes.
Si l’on prend la Belleetlabétadine, le jeu de mot mène à une nouvelle interprétation d’un conte que tout le monde connaît, mêlé ici aux interrogations sur la science, les excès de médicaments, les transformations des corps. Cette fois-ci, cela ne passe pas par un ajout de crayon de couleur ou d’aquarelle, mais par un collage d’un bout de notice pharmaceutique, identifiable par la plupart des personnes qui regarderont l’oeuvre.

Cette oeuvre s’inscrit dans le prolongement d’une exposition

Cette oeuvre, réalisée en 2017, s’inscrit dans le prolongement d’une exposition que l’artiste a présentée pour l’APF du Gard qui organise depuis plusieurs années des expo-concours afin de sensibiliser le public sur la question de la représentation du handicap et sur le regard porté sur la différence. En 2014, Jessica Nodin a participé avec une quarantaine d’artistes à l’expo-concours ‘Quand le handicap revisite les contes pour enfants”. La Belleetlabétadine en faisait évidemment partie. Une façon de traiter un sujet grave en gardant la même approche et la même légèreté que dans ses autres oeuvres. Ce n’est pas parce qu’on aborde le handicap qu’il faut s’interdire la légèreté… car, comme l’a dit quelqu’un récemment,  “la légèreté n’est pas le contraire de la profondeur, c’est le contraire de la lourdeur” (discours d’E. Macron à l’hommage rendu à Jean d’Ormesson).

En revanche, on reste sans doute dans quelque chose de plus ambigü avec la Choconde, mais Jessica Nodin l’assume pleinement: “Je l’ai exposée dernièrement à Montauban. Devant cette femme et son coquard, un visiteur sur ma page Facebook m’a dit qu’il ne savait pas s’il fallait rire ou pleurer. Cela me convient parfaitement!”.

“J’aime travailler sur l’idée de folie, j’aime travailler sur une absurdité et voir comment cela peut déboucher sur quelque chose de plus profond, même si cela passe par un simple détail. C’est pour cela que j’aime le dessin: il permet de mettre l’accent sur le détail qui tue. Je garde la peinture pour des oeuvres plus apaisées”.

Article publié en mars 2018

Site web de l’artiste

Bio

Jessica Nodin s’est formé aux Beaux-Arts de Nîmes avant de toucher à de nombreux secteurs artistiques: illustration, stop-motion, collages, etc.

Aujourd’hui, elle garde une activité créatrice très variée dans tous les domaines: elle dessine, mais elle travaille aussi pour un designer, tout en continuant à créer des films en stop-motion.

Jessica Nodin va exposer en mai à Carla-Bayle, dans l’expo Soul Papers, organisée par Phanette de Oliveira à l’espace culturel Les Coucarils.