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Dominique Gutherz, Figures

 

Dominique Gutherz dessine tous les jours. Très souvent, il sort dans la nature qui l’environne et peint à l’aquarelle les arbres ou les toits des maisons des villages qui l’environnent.

©Florent_Gardin

Mais clairement, ces travaux ne sont qu’un petit contre-point à son oeuvre désormais centrale: sa femme. Sans fioriture, avec très peu d’éléments de contexte, dans une palette qui se résume à quelques tons que l’on retrouve d’une toile à l’autre, où les rouges et les violets dominent. Le modèle pose nue ou très simplement habillée, sans bijoux, généralement assise sur un rebord de canapé ou sur une chaise. Elle ne fait rien d’autre que de poser, la plupart du temps le regard dans le vide, les bras ballants.

Paradoxalement, alors que le sujet principal reste le même, l’artiste semble avoir à coeur de changer les assises: canapé, lit, fauteuil, chaise de paille, chaise métallique, rocking-chair, méridienne. Autant d’objets qui permettent finalement au modèle de changer de position, sans avoir à y réfléchir, sans chercher à prendre une pose nouvelle. Cela est induit par l’objet retenu ce jour-là.

Un travail qui, à l’instar d’artistes qu’il a connu (Balthus) ou qu’il admire (Giacometti) peut donc se résumer à quelques dominantes: un modèle, une gamme de couleur, pas d’effets de matière, pas de travail qui vise à rendre compte de la lumière aux différentes heures du jour (difficile de dire à quel moment du jour sont peintes ces toiles), des traits de dessins encore visibles. Tout le travail de l’artiste se concentre sur la représentation de son modèle, mais de manière finalement assez synthétique: “Quand on travaille le portrait avec un côté aussi répétitif, aussi sériel, on finit par dépasser le sujet. Je ne peins pas ma femme, je peins des archétypes de visages”.

Cette fascination pour les corps et surtout les visages, l’artiste l’a eue avant de commencer à peindre son épouse. Il découvre encore jeune en Toscane l’oeuvre de Piero Della Francesca où il commence à se passionner pour la représentation humaine. Il fait alors poser sa mère, sa soeur.

Ce n’est que plus tard, dans les années 70, que sa femme va commencer à poser pour lui au point de devenir rapidement son modèle quasi-unique. “Cela a vite pris un tour répétitif puis obsessionnel” reconnaît l’artiste en souriant. Quatre décennies plus tard, rien n’a changé: le peintre cherche toujours à capter quelque chose en usant toujours du même modèle, dans un même environnement.

Dominique Gutherz avait pourtant une vie sociale et artistique riche, nourrie de nombreux contacts: il est ami avec la plupart des grands artistes régionaux de sa génération, il a dirigé l’école des Beaux-Arts de Nîmes où il était entré pour enseigner le dessin à la demande de Claude Viallat.

VERBATIM

“Cette dimension sérielle n’a rien de propre à cet artiste. Elle est une dimension quasi-nécessaire de toute création picturale. Nos musées ne sont-ils pas remplis de “Madones”, de “Saint Sébastien”, d’”Annonciation”? Toute la peinture européenne, depuis les rennes et le schevaux de la préhistoire, n’est-elle pas fondamentalement sérielle? (…) Cette structure répétitive est la conséquence d’une règle simple: on a davantage de chances d’aller plus loin quand on approfondit toujours les mêmes sujets plutôt que quand on se disperse -règles qui a pendant des siècle été tenue comme évidente. Pourquoi faudrait-il donc qu’elle cesse de l’être?”

Christian Delacampagne, 2005

Mais peut-être précisément, en contre-point à cette vie faite d’échanges et de réflexion sur l’art, le besoin d’aborder les choses de la manière la plus simple s’est-elle imposée: un lieu, un sujet, une palette réduite. Voilà pour la pratique personnelle de celui qui enseigne par ailleurs toutes les complexités du dessin.

Le peintre et le modèle se font face dans l’atelier, l’artiste étant par choix autant que pour des raisons pratiques liées à la configuration des lieux, très proche de son modèle, ce qu’il ne cherche nullement à cacher dans sa peinture: “Cette proximité engendre des déformations dans la représentation du modèle, mais je ne veux surtout pas rétablir un regard plus objectif. Regardez Cézanne: quand il peint le jeune homme au gilet rouge, celui-ci a un bras d’une longueur inimaginable et c’est bien cela qui nous permet d’être aussi proche de ce jeune homme que l’était l’artiste lui-même”.

Dominique Gutherz a parfois eu envie de démultiplier son modèle, sa femme devenant alors encore plus clairement le modèle archétype féminin. “Dans les années 90, j’ai beaucoup travaillé avec le miroir, c’était une façon de démultiplier les personnages, de faire des compositions sans pour autant avoir à changer des habitudes de travail”.

A Montpellier, l’artiste a choisi de donner un aperçu de son travail en 13 toiles, dont deux oeuvres anciennes, datant de 1969.

Et, en contre-point comme il se doit, sous vitrines et non aux murs pour ne pas tout mélanger, quelques travaux différents, comme ses aquarelles de paysages ou les travaux qu’il a pu réaliser pour des livres d’artistes, faits avec des poètes comme Yves Bonnefoy ou Octavio Paz.

VISUELS/ Crédit: Natacha FILIOL