Un entretien avec Eric Mangion, directeur du Frac Occitanie-Montpellier
“Ici, j’ai découvert un tissu artistique rural extrêmement dense”
Entretien avec Eric Mangion à l’occasion de la prochaine exposition organisée au Frac Occitanie-Montpellier, consacrée au peinture montpelliérain Mohamed Lekleti

➤ Le Frac Occitanie-Montpellier va bientôt organiser une exposition monographique consacrée au peintre Mohamed Lekleti. Quelle est la genèse de cette exposition?
Je suis arrivé à Montpellier il y a trois ans et j’ai assez vite découvert le travail de Mohamed Lekleti, à Montpellier. Il m’a semblé important que le Frac puisse valoriser ce travail. La première chose que le Frac a fait, c’est d’intégrer une de ses œuvres à sa collection. C’est un préalable à tout travail ensuite entre le Frac et l’artiste. Le Frac s’est donc porté acquéreur en février dernier de l’œuvre intitulée Gravée au burin de l’histoire, une œuvre de 2022 faisant 110 x 160 cm.

La mission des Frac est de constituer des collections d’œuvres d’art d’artistes de la région ou non, pour que les publics de ces territoires en bénéficient. Mais le Frac a aussi pour mission de faire vivre ses collections, en les montrant ou en travaillant avec les artistes qui y sont représentés.
C’est le premier point.
Le deuxième point, c’est que, comme tous les ans, l’Etat français choisit un pays ou un espace géographique qu’il souhaite mettre en avant dans l’Hexagone par différentes manifestations, notamment culturelles. En juin 2023, le Président de la République avait annoncé l’organisation d’une Saison Méditerranée (à cheval sur 2026 et 2027) pour faire émerger des projets communs de toutes les rives de la Méditerranée et pour mettre en avant les territoires en France, par différentes manifestations notamment culturelles. La Saison concerne les pays du Maghreb, ainsi que l’Egypte et le Liban.
Mohamed Lekleti est un artiste peintre né au Maroc mais qui a fait une partie de son cursus universitaire à Montpellier où il réside depuis plus de trente ans.
Il était dès lors évident qu’on pouvait essayer de monter un projet dans ce cadre. Le Frac Occitanie-Montpellier a donc fait un dossier pour organiser une exposition dans le cadre de cette Saison, et nous avons obtenu à la fois le label et un financement. L’exposition dans nos murs va ouvrir le 24 septembre et durera jusqu’au 23 décembre.
Ce type d’exposition est importante pour l’artiste: elle permet évidemment au public de découvrir son travail, mais elle lui permet également d’intégrer un réseau, lié à la fois à cette Saison Méditerranée et au travail du Frac.
Pour l’exposition, nous avons travaillé ensemble sur le projet qui s’est précisé peu à peu: Mohamed Lekleti va créer un grand dessin mural qui prendra un grand pan de mur de notre galerie, et il va y incorporer une vingtaine de dessins.
Parallèlement, nous avons contacté la Fondation nationale des musées du Maroc, et le musée La Kasbah à Tanger présente actuellement son travail (depuis juin) et jusqu’en novembre.
➤ Quelles sont les autres actualités du Frac Occitanie-Montpellier?
Nous avons cette année organisé une grande exposition conjointement avec le Frac de Toulouse, intégré au Musée des Abattoirs. C’est la première fois que les deux Frac d’Occitanie organisent une exposition de cette ampleur, avec plus d’une centaine d’œuvres issues des deux fonds. L’exposition intitulée Pop’Up Collections est visible au musée de Carcassonne et dans quatre autres sites de la ville, permettant un véritable parcours dans la ville. Visible depuis le 5 juin, elle est en place jusqu’au 17 octobre.
Nous avons construit cette exposition avec le musée de Carcassonne, autour d’une problématique inspirée par un des tableaux les plus emblématiques du musée, la délivrance des emmurés de Carcassonne, peint par Jean-Paul Laurens en 1879.. Autour de cette œuvre qui décrit l’enfermement des cathares, nous avons choisi un fil conducteur politique autour de ces notions de liberté et d’enfermement.
Et le Frac Montpellier-Occitanie va aussi organiser à partir du 2 octobre une exposition importante au centre d’art A Cent Mètres du Centre du Monde à Perpignan. L’expo s’appellera “Le salon des oubliées”: il s’agit des œuvres appartenant au Frac mais qui ne sont quasiment jamais sorties des réserves depuis leur intégration à la collection.
Et puis je tiens à rappeler les données essentielles du travail du Frac: on prête cette année 400 oeuvres qui sont montrées dans une trentaine d’expositions dans la région. Et cela ne coûte pas grand chose au contribuable: les partenaires qui organisent les expositions prennent en charge les transports et les assurances. Ce prêt d’œuvres aux associations, centres d’art, musées qui nous en font la demande valide notre travail. Avec 400 œuvres prêtées cette année, 2026 est un cru exceptionnel, mais c’est la conjonction de plusieurs expositions importantes, celles de Perpignan et de Carcassonne mais également une exposition importante au Mrac de Sérignan.
➤ Vous êtes arrivé depuis trois ans dans la région et vous veniez de Nice. Est-ce que le paysage artistique est comparable dans les deux régions?
Non, à Nice, il y a une vraie dynamique, mais on peut dire qu’elle est vraiment centrée sur la ville. Ici, je découvre un tissu artistique rural extrêmement dense, que l’on parle des artistes ou encore plus du tissu des lieux d’art: il existe des galeries privées ou associatives, des centres d’art dans des endroits vraiment ruraux. Souvent, il y a un vrai lien entre la mise en valeur du patrimoine et celle de l’art contemporain. Je pense par exemple au centre d’art qui existe à Quarante, dans les Corbières. Le lieu est magnifique et les expositions ambitieuses. Bref, ici, il est évident que l’art ne se concentre pas dans les grandes villes, et cette caractéristique donne encore plus de sens à notre mission: le Frac est à leur côté s’ils souhaitent montrer des œuvres de notre fonds dans des expositions qu’ils organisent. Plus les oeuvres du Frac sortent de nos murs, plus notre mission est remplie.
➤➤➤ Éric Mangion était directeur du Centre national d’art contemporain de la Villa Arson depuis 2006. Il a été directeur du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur de 1993 à 2005. Il fut également directeur artistique du Festival Printemps de Septembre pour l’édition 2010 et commissaire associé du Festival Live à Vancouver en 2011.






