PIAU Aurélie

PIAU Aurélie
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Aurélie Piau

Fiche réalisée à partir du dossier de presse de l’exposition “Va y’avoir du sport”, Mrac Sérignan, octobre 2023
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Née en 1973 à Paris.
Vit et travaille à Montpellier. Installée à Montpellier depuis les années 2000, son travail a été présenté à l’occasion d’expositions personnelles et collectives à Montpellier, Nîmes, Paris, Strasbourg, Bruxelles Thessalonique (Grèce), Sarasota (États-Unis) et au Luxembourg. En 2012, elle participe à la foire de dessin contemporain «Drawing Now» à Paris. En 2015, elle collabore avec Rodrigo Garcia (directeur du CDN à Montpellier) pour la création d’un grand papier peint. En 2019, le FRAC Montpellier acquiert une de ses grandes peintures. En janvier 2020, elle installe un atelier de céramique (o.s édition) ouvert au public à la coopérative culturelle La Tendresse, dans le quartier des Grisettes à Montpellier. Elle fait partie des artistes sélectionnés pour SOL ! La Biennale du territoire au MO.CO à Montpellier en 2021.

– L’exposition Va y avoir du sport, Mrac Sérignan, octobre 2023- mars 2024

Commissariat : Anaïs Bonnel & Clément Nouet

L’exposition Va y’avoir du sport d’Aurélie Piau dans le Cabinet d’arts graphiques du Mrac inaugure un nouveau projet en partenariat avec le Lycée Marc Bloch à Sérignan.

L’artiste a été invitée par le musée à proposer une double exposition dont la première intitulée Mouiller le maillot a été présentée à L’Annexe du Mrac au lycée, suite à sa résidence d’un mois au sein de l’établissement scolaire.
Un temps durant lequel l’artiste a échangé avec les élèves et les professeurs, a mené des ateliers plastiques et a produit des pièces pour l’exposition.
Activiste, engagée socialement, défenseuse du prolétariat et des dominés, Aurélie Piau choisit l’humour face à la violence du monde et l’art pour rendre le monde vivable dans lequel elle crée en s’amusant.
Dans ses peintures, dessins, bibelots de faïence et papiers peints, les thématiques s’entremêlent dans un univers joyeux et grinçant : fragilité et résistance, sacré et blasphème, violence policière et jeux d’enfants, féminin et anthropocène, gloire et ridicule, sport et capitalisme, décor et politique, délicatesse et trivialité.
« Est-ce que je vais dans le décor ? » est la question récurrente que se pose Aurélie Piau.
En effet, la question du décor est centrale dans son travail et son exposition au Mrac évoque celui d’un club-house de sport ou d’un bar de supporters.
Ses œuvres en reprennent les motifs et supports populaires pour créer un environnement généreux d’images et d’objets, liés au monde du sport. Un décor qui, à mieux y regarder, semble tomber en déliquescence et nous offre un autre regard sur le monde du sport dans une ambiance de joyeux désespoir.
Le titre de l’exposition suggère une seconde lecture de ce décor, celle du combat politique et d’une prise de position très forte de l’artiste. Le sport, qui incarne l’esprit et le système de valeurs démocratiques, ne révèle-t-il pas aussi les faiblesses et dérives des sociétés actuelles ?
C’est là que le décor d’Aurélie Piau se fissure : le monde du sport devient alors le spectacle1 des dérives de l’économie libérale.
Cette analogie entre sport et capitalisme est visible dès l’entrée de l’exposition : une photographie prise par l’artiste dans un bar PMU accueille le visiteur, évoquant les paris sportifs que l’on peut comparer à l’investissement boursier avec sa promesse d’enrichissement rapide.
Le sport de haut niveau est le lieu de l’excès, devenant un outil du prestige national, une locomotive de croissance et une machine à fabriquer des héros tel le joueur de football américain à qui Aurélie Piau met dans les bras une carotte, symbole de récompense.
Dans cette même veine satirique, les trophées ridicules en céramique, détournés par l’artiste et composés d’une accumulation de symboles, dénoncent le libéralisme économique en évoquant les start-up « licornes » .
Le motif trivial de la serpillière, qui vient remplir une coupe dorée, évoque avec dérision le marketing washing des entreprises qui donne une fausse image positive pour générer du profit. La surabondance de récompenses sur les murs de l’exposition fait aussi écho à notre société de surconsommation.
Et la figure omniprésente du poulet dans le travail de l’artiste – viande la plus consommée dans le monde – devient le symbole de l’ère géologique actuelle appelée capitalocène, conséquence du développement du système capitaliste. L’artiste s’exprime aussi sur l’idéologie de la performance, de la victoire à tout prix : « le motif du podium revient souvent dans mon travail, symbole de la loi du plus fort. Lorsque le plus fort défend le droit des plus faibles il se fait dégager de la haute société.Le podium est un mensonge. »
L’exemple historique qu’évoque Aurélie Piau est celui de la remise des médailles aux JO de 1968 durant laquelle les deux athlètes afro-américains, Tommie Smith et John Carlos, poings levés, têtes baissées et déchaussés, ont dénoncé la discrimination raciale aux États-Unis.
La présence dans l’exposition de chaussettes noires en céramique, symbole de précarité et de pauvreté, rend hommage à ce geste de révolte qui exclura définitivement ces athlètes du monde de la compétition sportive.
Longtemps privilège des classes sociales élevées et des hommes, le sport reste encore le sujet de fortes inégalités. C’est la raison pour laquelle les sportives sont à l’honneur dans les tableaux de l’artiste. Face à une vision économique et sociale regrettable, qui peut faire du sport une aliénation, le philosophe Edgar Morin rappelle que l’un des caractères fondamentaux de l’être humain, c’est d’être Homo ludens, l’homme du jeu.
Aurélie Piau, elle aussi, a besoin de jouer pour révéler ses révoltes intérieures et dénoncer la futilité de ce monde blingbling, ce décorum doré prêt à s’effondrer, à être renversé. L’image d’explosion sur le papier peint, qui se cache derrière le motif de tissu damassé d’un intérieur bourgeois, devient annonciatrice d’un déclin.
La trivialité et l’absurde font partie de son langage dont elle se sert avec optimisme, douceur et résistance pour dénoncer l’emprise du performatif dans notre société.
Aurélie Piau ne prétend pas faire la révolution dans une salle d’exposition mais son regard critique et sensible révèle les dysfonctionnements de la société. Et par le grotesque et son humour caustique, elle nous invite à nous questionner sur notre monde actuel en dénonçant les discriminations et le système capitaliste outrancier.
Elle souhaite un monde meilleur et égalitaire dans lequel « nous sommes riches de notre futur et de notre dignité parce que nous ne nous sommes pas compromis. Devenir millionnaire ne nous fait pas rêver. Ce qui nous fait rêver c’est la possibilité d’un monde pacifié, c’est-à-dire un monde juste. »

34062 Montpellier

    Galerie d'art de l'artiste

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