BABON Frédéric

Discipline(s)
Dessinateur/trice, Peintre
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M. Frédéric Babon

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Présentation de l’artiste à retrouver dans le livre Artistes Occitanie: les 30 artistes 2022

Pézenas (34)
Frédéric Babon

Le dessin, une nécessité au quotidien
Frédéric Babon dessine tous les jours sans jamais savoir où cela le mènera. Et depuis plus d’une décennie qu’il procède ainsi, se construit peu à peu une oeuvre cohérente, en constante évolution, mais où la recherche de l’équilibre et de l’harmonie restent des objectifs immuables.

Ces deux dernières années, avec ces confinements propices à la création, Frédéric Babon a pu dessiner encore plus que de coutume.
Printemps 2020, il se sent suffisamment inspiré pour prendre un papier vierge et y appuyer son feutre noir. Il trace un premier trait, ou un point ou une courbe, et c’est parti. Une oeuvre faite de petits éléments apparaît peu à peu, lentement, un microcosme surgit, en noir et blanc, qui prend peu à peu sa cohérence. “En noir et blanc, on est vraiment capté par le trait. La couleur permet peut-être à l’oeil d’avoir davantage de points d’accroche”.
Mais l’artiste peut aussi partir d’une vieille partition ou d’un vieux plan, de planches anatomiques, ou de feuilles encore plus chargées, quand elles viennent de livres de chimie organiques ou de livres de mécanique.
Le défi est alors double: intégrer une matière extérieure pour la régurgiter de telle manière qu’elle appartienne ensuite clairement au monde de l’artiste.
Et puis, pendant le deuxième confinement, celui où les gens étaient un peu lassés, lassitude renforcée par l’arrivée de l’hiver, un client est venu lui acheter un dessin coloré, en lui disant: “En ce moment, j’ai vraiment besoin de couleur”.
Et Frédéric Babon a alors garder son feutre noir mais a complété par les feutres de couleur.
Papier blanc ou pas, pointe noire et feutres de couleur, finalement peu importe. La seule chose qui compte vraiment, c’est la recherche de l’équilibre. Que la pointe avance peu à peu sur la feuille, qu’elle accumule les traits ou au contraire qu’elle dégage avec un ou deux traits des vides plus importants que les pleins, qu’elle multiplie les courbes, ou qu’elle revienne à des figures géométriques. L’essentiel est qu’à la fin, l’oeuvre soit équilibrée, et du coup apaisante. “Au fur et à mesure que j’avance dans le dessin, il s’organise”. Équilibrée au point que dans la plupart des travaux de Frédéric Babon, haut et bas sont interchangeables. Comme peut l’être la voûte céleste quand on la regarde, allongé dans l’herbe, ou comme peut l’être une bactérie entre deux lames qu’on examine sous un microscope.
Car c’est une autre des caractéristiques des œuvres de l’artiste: une impression de microcosme/macrocosme, c’est selon, mais en tout cas, l’impression d’entrer dans une dimension inaccessible à l’oeil nu. Impression renforcée quand il réalise ses dessins sur feuille ronde, des tondos de papier fin qu’il a rapportés de Chine.
Parfois il apporte un peu de clarté dans un monde complexe, quand il insiste par exemple sur les pourtours des organes dans des planches anatomiques (série Epistémê), la plupart du temps au contraire il apporte un peu de chaos dans un dessin trop rigoureux et géométrique: il se fait un malin plaisir à surcharger de petits motifs tout en courbes d’anciennes gravures de bâtiments classiques (série “architecture”), ou il surcharge la partition musicale de petits signes entre chaque portée.
Frédéric Babon peut réaliser des dessins sur de petites feuilles qui vont lui prendre une heure ou deux, mais peut passer également plus d’un mois sur un grand dessin installé dans sa boutique-atelier.
Parfois resssurgissent encore aujourd’hui quelques motifs figuratifs, ramenant aux années 2010: l’artiste avait alors réalisé une série de photos de mannequins de vitrine. La photo était précise, figurative, mais ces personnages restaient dotés de visages lisses comme des oeufs, inexpressifs.
Et paradoxalement, c’est grâce au dessin abstrait que ces boules inertes prenaient vie: par son crayon, Frédéric Babon dotait cette tête inerte d’une vie microscopique. Il avait réussi à inverser le figuratif (non expressif) à l’abstrait (micro-monde amenant le sens du vivant).
Son travail d’aujourd’hui s’inscrit dans cette continuité, sauf qu’il a remplacé ses propres photos par des éléments graphiques dénichés chez ses collègues brocanteurs.
Car l’artiste dessine ses oeuvres tout en exerçant la profession d’antiquaire à Pézenas. Il y a évidemment un fil conducteur entre ce métier et le dessin. L’homme a un pied dans la création en tant qu’artiste, un pied dans la transmission en tant qu’antiquaire. Et comme lui, ses oeuvres ont pour socle un document ancien, et pour aboutissement une création contemporaine.
Dessinateur, antiquaire, Frédéric Babon a une troisième caractéristique, une passion pour l’univers minéral qui l’habite depuis cinq ou six ans. Là encore, le lien est évident avec son tart, sauf qu’ici, c’est l’art qui l’a amené aux pierres et non l’inverse:
“J’aime découvrir la structure des minéraux. Parfois on ne voit rien à l’oeil nu, alors qu’on a des structures fascinantes à la loupe binoculaire. Il y a dans ces minéraux quelque chose qu’il y avait dans mes dessins. En clair, l’art m’a ramené à la nature”.
“Aujourd’hui, je regarde quasiment tous les jours des minéraux à la loupe, c’est devenu un besoin quasi impérieux. Devant les cubes, les cylindres que forment certaines structures minérales, on doit rester humble: la nature a tout inventé, l’homme n’a fait que théoriser la géométrie, mais les formes étaient déjà là”.
Voilà comment coexiste au sein d’un même individu l’artiste qui crée sans cesse de nouveaux mondes le crayon à la main et l’amateur de minéraux qui, derrière sa loupe binoculaire, estime que le seul et le premier des créateurs reste la nature.

BIO
Frédéric Babon est né en Lorraine en 1962. Il débute sa démarche artistique à 17 ans.
Passage avorté par les Beaux-Arts de Metz.
Si son goût pour l’art se voit dans sa profession (antiquaire), sa créativité a d’autres sources: «Je lis beaucoup de livres de psychanalyse, de psychologie et j’ai fait une formation de psychothérapeute. C’était l’occasion de faire un travail sur soi-même. L’année qui a suivi cette formation, j’ai réalisé 300 tableaux ».
Depuis, Frédéric Babon ne lâche plus les crayons: plus de 2000 dessins dans ses tiroirs en témoignent.
Son travail est régulièrement présenté dans le Sud de la France, Montpellier, Nice ainsi qu’à Paris rue des Saints Pères et rue de Seine. Il a notamment exposé au musée des abattoirs à Toulouse, dans le cadre de l’exposition de Joël Hubaut.

VERBATIM
Après avoir passé des années à remettre en cause le réel, à le réinventer dans mes dessins, mon travail s’est acheminé vers l’abstraction.
Allant à la rencontre de l’essence de la matérialité, s’inspirant du minéral lui-même fascinant par la perfection de son architecture, je joue avec le trait, le point, la couleur comme on cherche tel un alchimiste un équilibre, une formule, une construction géométrique non moins en mouvement pour autant. Une harmonie.
Ce qui s’exprime, se manifeste, n’est pas cernable, celui-là tutoie l’infini, l’infiniment petit, l’infiniment grand, l’intemporel.
C’est un appel à un voyage intérieur dans ses profondeurs tout comme dans ses aspects célestes et astraux.
Un retour à l’unité dans ce qu’il a de diversités et multiplicités.
F. Babon

« Les 30 Artistes Occitanie »
Présent dans l'édition 2020 ou 2021
Galerie virtuelle