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Cinquante ans de création de spasp à Lodève: la rigueur dans la profusion

Patrick Danion, alias spasp a investi le Cellier des Chanoines à Lodève, mais également d’autres lieux dans la ville pendant deux mois pour montrer la variété de son travail qui l’a occupé pendant plus de cinquante ans.
Un artiste prolixe, qui a su trouver et renouveler l’inspiration dans des techniques, des supports ou des thèmes extrêmement variés, dès les premières années de sa carrière. Pas de limite à la technique ou à la thématique.
Dès le départ, l’artiste montre une maîtrise technique de la peinture à l’huile qui lui permet de présenter son autoportrait, réalisé à 17 ans pour son entrée aux Beaux-Arts.
Mais dès le départ également, l’artiste ne se repose pas sur cette technique et pratique en parallèle la gravure, la photo argentique puis numérique, il produit des montages à partir de ses photos, s’essaie à la vidéo, et s’attelle à l’écriture de textes farfelus. Le créateur se fait explorateur, le côté polymorphe participe finalement de cette volonté de créer: il ne s’agit pas de “s’essayer” à des techniques pour trouver celle qui conviendra parfaitement, mais au contraire de n’en rejeter aucune, d’accepter le fait que chacune d’entre elle permet à l’artiste de trouver du neuf dans la vision qu’il propose. Il n’y a pas la technique d’un côté, l’oeuvre de l’autre, comme il n’y a pas le fond et la forme en littérature. Les deux sont intimement imbriqués.
D’ailleurs, quand l’artiste écrit sur la peinture, il décrit un process plus qu’un résultat:
“La peinture n’est pas mon fort.
Je suis en train de traverser les couches les moins compactes du fluide gazeux. L’énergie liée à la vitesse est convertie en chaleur, la température monte, les hublots montrent une couleur
rougeoyante de plus en plus intense, le frottement de la carlingue du vaisseau avec l’extérieur engendre un important bruit de friction…”
Cette profusion est donc partie intégrante de son travail.
Malgré tout, pour que la profusion reste positive et pas synonyme d’éparpillement, un élément important vient faire contrepoint, la volonté de travailler sur des séries, qui permettent de retrouver une unité derrière la variété et de voir assez vite que l’artiste, qui a commencé comme illustrateur et décorateur, a gardé un sens aigü des couleurs. Cela est vrai des premières œuvres, réalisées à l’huile, mais cela va le rester après que l’artiste réalise la bascule vers l’acrylique, en 1985.
C’est ainsi qu’à Lodève, on peut encore voir comment l’artiste trouvait à renouveler certains thèmes en les creusant, tableau après tableau: les expos en ville permettent encore ainsi de voir une dizaine de ses effigies ou huit œuvres de la série Fauteuils. Un travail par série qu’il a gardé quelque soit la technique: on peut encore également découvrir 33 oeuvres cinétiques au Patio jusqu’au 1er juillet, peintes et gravées sous plexiglass, réalisées en 2024 et 2025, l’artiste expérimentant encore une nouvelle technique avec ces œuvres.
Si certains artistes ont peur des techniques nouvelles qui pourraient renvoyer au passé leur travail, ce n’est pas le cas de spasp ou d’autres, qui les intègrent sinon avec joie, du moins avec curiosité et ouverture. On pense évidemment à David Hockney qui vient de disparaître: loin de rejeter les palettes graphiques, il a utilisé l’outil digital pour totalement renouveler ses peintures et proposer une œuvre qui prolonge son travail avec une nouvelle créativité.
De son côté, spasp, à l’arrivée du numérique, a lui aussi accepté la mutation que cela impliquait pour son métier d’illustrateur. Plutôt que de tourner le regard ailleurs, il va insérer des morceaux de circuits imprimés dans ses toiles ou y intégrer des fils électriques colorés. Plus tard, il taillera en pièce les ordinateurs… sans pour autant que cela soit le signe d’un rejet de ce qu’apporte la machine.
Gageons que l’artiste saura aussi intégrer les possibilités vertigineuses de l’intelligence artificielle. Et sans que ce soit un passage obligé, plutôt une question ouverte: “Voyons voir ce que je peux bien faire avec ça”.
A suivre…
Le site web de l’artiste.
Le livret présentant son travail à l’occasion de ces expositions
Les expos encore visibles:
En parallèle de la rétrospective au Cellier des Chanoines, d’autres lieux de la ville exposent différentes facettes de l’œuvre de Patrick Danion:
- The Gallery La Fontaine (15 mars – 30 septembre) Série de peintures « Effigies »
- Le Patio à la Médiathèque de Lodève (2 – 30 juin)








