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Au Crac de Sète aujourd’hui comme aux Abattoirs l’an dernier, la psychiatrie fait son entrée au musée

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Réflexions sur deux expositions atypiques


Au Crac de Sète aujourd’hui comme aux Abattoirs l’an dernier, la psychiatrie fait son entrée au musée

 

Deux grandes figures de la psychiatrie du XXe siècle: Fernand Deligny à gauche, dont l’œuvre fait l’objet d’une exposition au Crac à Sète; François Tosquelles, dont le travail a fait l’objet d’une exposition aux Abattoirs à Toulouse en 2021-2022.

Les musées d’art contemporain s’intéressent à la société dans son ensemble, à son évolution, à ceux qui l’analysent et la font avancer. Les artistes en premier lieu, mais pas uniquement.

Coïncidence ou signe des temps, à un an d’intervalle, deux expositions dans la région, l’une aux Abattoirs de Toulouse (fin 2021 – début 2022), l’autre qui démarre au Centre d’art contemporain de Sète (le Crac) proposent au visiteur une immersion dans deux expériences de prise en charge d’enfants ou d’adultes psychotiques en dehors des institutions.

Ces deux expositions avaient une autre similitude: l’une et l’autre sont centrées sur deux grandes figures de la psychiatrie, qui ont vécu à la même époque et qui ont toutes les deux mené leur communauté dans la région.

A Toulouse, l’exposition était centrée sur la figure de François Tosquelles (1912-1994) et le monde qu’il avait construit pour ces personnes à Saint Alban-sur-Limagnole en Lozère
A Sète, l’exposition est centrée sur la figure de Fernand Deligny (1913-1996) et sur l’univers qu’il a mis en place à Monoblet, dans les Cévennes.

Points communs de ces deux figures: une très forte conviction qu’il faut changer les méthodes employées jusque-là dans les institutions psychiatriques, une expérience menée en dehors de ces institutions, et dans des zones rurales sans aucun soutien au départ des institutions.
A Toulouse, l’exposition était clairement en lien avec l’art, puisque François Tosquelles avait fait émerger de nouvelles pratiques de soin basées sur l’humanisation, le collectif, le travail et l’activité artistique par les pensionnaires. Les créations de ces “patients” circulent au niveau local avant d’être collectionnées par Jean Dubuffet sous l’appellation d’art brut.

A Sète, l’exposition est plus étonnante, car le lien avec l’art est plus indirect. Pas de créations des enfants eux-mêmes, mais un travail de Fernand Deligny qui, lui, écrivait, filmait, dessinait. Lui et son équipe ont par ailleurs réalisé d’étonnantes cartes montrant le déplacement des enfants dans le monde qui leur était consacré à Monoblet.
Pas d’art brut (ou à la marge), mais un ensemble de documents visuels qui permet de comprendre ce que Fernand Deligny et son équipe avait créé dans les Cévennes: un milieu adapté aux enfants, en adoptant les principes d’un langage non-verbal et d’une vie quotidienne ritualisée à l’extrême.

L’exposition est donc davantage centrée sur ce qu’ils ont pu faire pour aider et vivre avec les enfants autistes que sur les enfants eux-mêmes, mais avec des pratiques visuelles nombreuses et variées: films, vidéo, dessins.
Même si, apparaissent quand même quelques réalisations des enfants, comme cette pelote de laine tricotée réalisée par l’un des enfants ou ses lignes du “Journal de Janmari”, des lignes de petits signes abstraits répétées sur des pages et des pages, des éléments qui auraient toutes leurs places dans les musées d’art brut, au sens où l’entendant Dubuffet..

Mais finalement, les productions les plus étonnantes restent les cartes que l’équipe des adultes vivant avec les enfants, traçaient pour voir les déplacements de ceux-ci.
Sur un papier, le dessin du territoire que l’adulte occupe avec les enfants. Sur un calque superposé, les parcours et les gestes des enfants. “La pratique des cartes s’étend ensuite à l’ensemble du réseau: dans chaque territoire (campement ou ferme), expliquent les commissaires de l’exposition, l’adulte responsable du lieu trace, à vue ou le soir, de mémoire ces ‘lignes d’erre’ des enfants”. Ces cartes rapportées ensuite à Deligny permettent alors d’aménager l’espace pour le mieux-être des enfants.

Avant les cartes, Fernand Deligny avait réalisé un film sur l’un des enfants vivant à Monoblet. Après les cartes, il a repris la pratique de la vidéo. Dans tous les cas, l’image est là, le visuel a un sens, même si ce n’est pas là le résultat d’une pratique d’un individu qui veut s’exprimer par l’art.
Davantage le résultat d’une pratique collective au service de jeunes qui peuvent vivre ou s’exprimer en partie par leur intermédiaire.
A.D.

  • Fernand Deligny, Légendes du radeau – 11 février-29 mai, Centre régional d’art contemporain, Sète.
  • La Déconniatrie, Art, exil et psychiatrie autour de François Tosquelles, Les Abattoirs, Toulouse. (exposition tenue fin 2021-début 2022).
    Les “cartes” montrant les déplacements des enfants dans leur territoire, à Monoblet, Cévennes
    Six dessins de Fernand Deligny, portraits des “présences proches” (ceux qui vivaient avec les enfants) en 1968.
    Affiche de la Déconniatrie, Toulouse, oct. 2021-mars 2022.
    Affiche de la Déconniatrie, Toulouse, oct. 2021-mars 2022.


     

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