LANNOY René

    Discipline(s)
    Graveur, Peintre
    Informations de contact
    M. René Lannoy

    Département
    Adresse
    Rue du 8 mai 1945 30500 Saint Julien de Cassagnas
    Mon Histoire

    La comédie du pouvoir

    Les artistes sont peu nombreux à s’immerger dans la comédie du pouvoir et les travers de la société. Depuis son atelier gardois, René Lannoy porte un regard satirique sur le monde contemporain. Féroce et jubilatoire.

    René Lannoy va droit au but : « J’ai toujours fait de la peinture depuis l’âge de 17 ans. Sauf pendant cinq ans où j’ai été trader, cela permettait davantage de vivre ! Mais j’ai arrêté en 1974, quand il y a eu un scandale sur le sucre. Je ne me voyais pas continuer dans cet univers, mais ce passage dans la finance n’a pas été du temps perdu : ces cinq années m’ont donné une idée assez précise de ce que sont les banques, la gestion, par les entreprises comme par l’Etat. J’ai refoulé cette part de moi-même pendant longtemps, mais maintenant cela ressort dans ma peinture ».
    Voilà comment un peintre qui a longtemps réalisé des portraits gravés dans son atelier de Bruxelles propose aujourd’hui des toiles débridées, où le pouvoir financier ou politique apparaît vain, voire ubuesque. Pour autant, René Lannoy n’aime guère qu’on qualifie sa peinture de politique. « Je pense voir la société comme elle est. Je préfère de loin le terme de peinture satirique».
    Pendant un temps, les personnalités connues des Français étaient bien présentes dans ses toiles, François Hollande comme Nicolas Sarkozy. Ce n’est pas tant leurs idées que leur statut d’homme de pouvoir qui intéressait l’artiste. Mais aujourd’hui, s’il continue à pourfendre les excès de la société actuelle, il opte pour un regard plus universel, moins lié au contexte du moment. “J’essaye de voir un peu plus loin au-dessus des tristes mandolines politiques, d’être plus généraliste, sachant qu’il est plus difficile d’être La Fontaine que d’être Plantu”.
    Et le voilà qui pourfend les excès de la société actuelle, par son pinceau ou son burin: “Dans la gravure oui à rien, non à tout, c’est l’éternel pathos affrontogène. Dans la tempête, je veux dire que tout se bouleversifie: le monde est sens dessus dessous et on est nus, sans défense. Au royaume de l’Autruche l’aveugle est roi montre le déni, rien vu, rien entendu, rien dit. On croit s’en tirer avec un ‘excusez moi’. Dans La Joconde submergée, je râle devant le tourisme industriel qui ravage tout”.
    Et puis, de temps en temps, le sujet change. Les couleurs sont toujours aussi franches, mais les lignes sont apaisées et les personnages grotesques disparaissent : le peintre est dans son environnement gardois, ici dans le village proche de chez lui de Lussan, qui domine la plaine aux blés déjà mûris par le soleil.
    Si l’artiste aime représenter hommes (ou femmes) de pouvoir, il tient aussi à s’inclure dans cette vaste pantalonnade: la personne qui apparaît le plus dans ses tableaux, c’est… lui-même, qui se démultiplie volontiers dans les toiles. Parfois, c’est le regard extérieur posé sur la scène (Au royaume de l’autruche,…), parfois au contraire, c’est le citoyen lambda, celui que les politiques ballottent au gré de leurs besoins comme les footballeurs avec le ballon. D’ailleurs, dans une peinture un peu plus ancienne, les babyfooters, les politiques jouaient au babyfoot et les figurines de bois fichées sur les barres métalliques avaient le visage du peintre, … résolu à ce que “les politiques jouent avec ma gueule ».
    René Lannoy regorge d’idées et peint des tableaux assez chargés en personnages, couleurs, symboles. En revanche, il ne multiplie pas les toiles, chacune lui demandant un mois de travail. « Je passe mon temps à faire des dessins, toujours très rapides, mais qui vont ensuite nourrir les toiles. Puis je peins directement à l’huile sur la toile par succession de jus très léger».
    Devant ses tableaux, on pense assez vite aux tableaux saturés de personnages du Belge Ensor. Lannoy, originaire du Nord lui aussi, aime visiblement la farce, le carnaval, thèmes qu’il entremêle avec une réflexion sur le pouvoir pour tirer le tout vers quelque chose de plus grinçant et satirique. Mais l’artiste lui-même préfère citer d’autres noms, peintres ou écrivains : « Philippe Murray, Céline, Luchini, je me retrouve plutôt dans ces auteurs-là. Côté peinture, Ensor oui, mais aussi un autre Belge, Félicien Rops, ou encore Balthus pour sa composition, Bacon pour sa reconstruction, et, plus près de nous, Gérard Garouste pour sa folle fantaisie».
    René Lannoy a beaucoup de choses à montrer, ses tableaux sont accessibles quelque soit leur charge satirique et pourtant… il organise assez peu d’expositions, et le regrette. Mais les thèmes politiques (et le caractère entier de l’artiste) ne facilite visiblement pas les choses auprès des édiles…
    Graveur
    René Lannoy a longtemps pratiqué la gravure et la pratique encore, en marge de son travail de peintre. Parfois, il exploite une veine satirique, mais réalise plus fréquemment un travail de facture très classique, avec une attention minutieuse portée à la subtilité des blancs et des noirs dans la gravure finale.
    «J’ai eu un atelier de gravure pendant quinze ans sur la place centrale de Bruxelles, puis à Paris. J’ai fait beaucoup de portraits. Aujourd’hui, je fais beaucoup de paysages. A chaque fois que je fais une exposition, je fais la gravure du lieu où j’expose».

    http://www.rene-lannoy.com/

    Entretien - Rencontres Artistes d'Occitanie
    Lien vers l'article
    Galerie virtuelle