Mr Strange

    Discipline(s)
    Photographe
    Informations de contact
    Mr. Jean-Marie Gitard

    Département
    Adresse
    34000 Montpellier
    Mon Histoire

    Montpellier (34)
    Mr Strange, le bien nommé

    Mr Strange puise dans la réserve sans fonds des images en ligne pour reconstruire, réécrire, fusionner des éléments disparates pour inventer un autre monde. Flirtant du côté de Magritte, mais ancré dans le monde qui l’entoure et ses problématiques.

    Dans le monde de Mr Strange, toutes les problématiques sont possibles. L’artiste ne part pas d’une idée qu’il a en tête, il part de cette foison d’images que lui offre son ordinateur. Et ce sont elles qui vont déclencher son imagination. Parfois, cela donne des choses intemporelles, comme cet enfant qui arrive à jouer à cache-cache dans un appartement sans aucun meuble, parfois les choses sont plus ancrées dans le quotidien du moment (à Pâques, une résurrection supersonique pour Jésus entre ses deux larrons), et parfois encore des sujets en lien avec la société actuelle, comme ce prêtre à la soutane logotée avec le signe d’une grande marque de sport…
    Dans tous les cas, l’insolite saute aux yeux, et on ne sait trop ce qui a guidé l’artiste: la volonté de faire s’entrechoquer des visuels ou parfois le plaisir non dissimulé d’illustrer un jeu de mot, une expression, de montrer que l’absurde se niche partout, dans le vécu, dans les mots ou les images.
    Mr Strange ne cache pas sa dette vis-à-vis du surréaliste belge Magritte: “Je suis hanté par cet artiste, vous verrez dans mes oeuvres beaucoup d’hommes en costume, de chapeaux melons, des humains et animaux en lévitation, ou des trous dans les murs”. Magritte aurait sans doute apprécié la nouvelle version de “Ceci n’est pas une pipe”, qui fonctionne comme une mise en abîme supplémentaire: l’oeuvre initiale montrait une pipe, mais affirmait que ce n’en était pas une, puisque je ne pouvais pas la prendre en main et la fumer. Ce n’était qu’une image d’une pipe. Dans celle de M. Strange, la fin de la phrase “Ceci n’est pas une….” est masquée par… la fumée de la pipe peinte par Magritte, pipe qui pouvait donc bien avoir son usage premier!
    Les références sont visibles et assumées, tout comme ses emprunts à quelques grands tableaux de l’histoire de l’art. Mais tous ces éléments se fondent dans un univers résolument contemporain, d’une part par une technique relativement récente (le collage numérique), d’autre part par ces références au moins aussi nombreuses au monde dans lequel l’artiste vit: les guerres au Moyen-Orient, l’obésité de nombreux personnages, les déchets, la pollution, etc. L’humour n’empêche pas de rester connecté au monde.
    “J’aime essayer de montrer que le monde n’est pas tel qu’on le croit. En décryptant l’effervescence granguignolesque qui nous entoure, il devient évident que la société humaine est un spectacle de marionnettes où chacun joue son rôle en évitant (mais c’est inconscient) de vivre sa vraie vie ! Je suis attiré par l’insolite, l’étrange, le bizarre et le non-sens. Mais la provocation pure ne m’intéresse pas”.
    Logiquement, l’artiste va jusqu’au bout et sème aussi le trouble sur la technique employée. Il imagine la scène à partir de photos trouvées en ligne, tripatouille les images pour que les personnages deviennent sa propre création, en prenant par ici un membre, par là un buste, en modifiant les visages, etc. Même chose avec tous les éléments importants de l’oeuvre finale: les décors, les éléments, tout est revu à la moulinette de l’artiste pour que ces éléments intègrent parfaitement son univers. Et puis il réassemble ce qui lui paraît pertinent pour obtenir un nouveau visuel, le tout en n’utilisant que des logiciels gratuits relativement simples d’utilisation, et il y tient: on peut rester un artisan même derrière un écran.
    Une nuance importante, car si le travail de Mr Strange est à base de photos, son approche est davantage celle d’un peintre que celle d’un photographe: “Subtiliser et immortaliser un instant comme le photographe, n’est pas mon propos. Je ne suis pas dans la spontanéité. Mon challenge, c’est le mixage de ces images qui n’ont aucun lien entre elles. Et qui finalement, une fois associées, créent une nouvelle réalité et ouvrent de nouvelles portes”.
    En revanche, s’il n’est pas dans la spontanéité, il arrive assez fréquemment qu’un lieu ou qu’un personnage lui donne plusieurs idées, et on retrouvera certains dans plusieurs créations, comme une série guidée par un motif plus que par un thème précis.
    Derrière le pseudonyme de Mr Strange, un Montpelliérain d’une cinquantaine d’années: “L’Art m’a toujours accompagné même si j’ai privilégié très tôt mon don pour le sport. J’ai été un bon joueur de tennis dans ma jeunesse et cette activité est devenue mon métier. Je suis prof de tennis dans l’Hérault depuis les années 80. Mais au lycée, j’avais fait un cursus orienté vers l’histoire de l’Art et le dessin.
    J’ai commencé très tôt à dessiner. Des visages émaciés, jamais de corps. Entre 8 et 12 ans de la poésie…. De la BD entre 10 et 16 ans. Entre 17 et 30 ans, je me suis mis à la peinture à l’huile (plutôt surréaliste) et au modelage (style Di Rosa et Combas). Puis, j’ai traversé un long moment sans création. Il y a une dizaine d’années, le volcan créatif s’est réveillé. Je me suis lancé dans ce que j’ai appelé la « spicture », mix entre peinture et sculpture. De la peinture en relief à l’aide d’argile et d’acrylique. Et puis, il y a trois ou quatre ans, j’ai découvert les possibilités du numérique, cela m’a fait complètement abandonné toutes les techniques manuelles”.
    Aujourd’hui, l’artiste propose son travail dans plusieurs galeries en ligne, sous forme de sérigraphies limitées à 30 exemplaires. L’oeuvre, produit de la multiplication des images actuelles, devient à son tour une image reproductible. La boucle est bouclée.

    Galerie virtuelle