Micham

    Discipline(s)
    Peintre, Plasticien, Sculpteur
    Informations de contact
    Mrs. Michelle Amelin

    Département
    Adresse
    1 rue de l'église 11300 Castelreng
    Mon Histoire

    Des planches de bois qui redeviennent arbres

    Chez l’écrivain italien Collodi, le morceau de bois se faisait pantin, puis devenait un petit garçon appelé Pinocchio. Chez Micham, la planche se fait sculpture, avant de redevenir arbre.

    Dans les deux cas, l’artiste crée son oeuvre à partir d’un morceau de bois. Mais là ou Collodi lui donne vie en l’ancrant dans le monde des humains, Micham lui donne vie en le renvoyant à son univers d’origine, la nature.

    Que ce soit chez l’écrivain italien ou la sculptrice audoise, on a clairement affaire à des démarches qui trouvent leurs sens dans l’époque qui les ont vu naître: le retour d’un bout de bois à son état naturel n’aurait sans doute pas fait rêver au XIXème et ne pouvait être le point de départ d’un conte de fée. Mais au XXIème siècle … c’est sans doute le plus beau destin qu’on puisse imaginer à une vieille planche oubliée dans un garage.

    Avant d’aborder les arbres, dans leur hauteur et dans leur grandeur, Micham s’était déjà intéressée au monde du végétal. Avec ses OGMs (Organismes Graphiquement Modifiés), elle proposait un herbier fait de végétaux fantastiques dessinés à l’encre de Chine sur des papiers souvent fragiles. “Ces plantes (trop grosses pour le pot qui les contient) sont inquiétantes, explique l’artiste. Cousues sur des moustiquaires ou collées sur du grillage, elles font penser à des plantes carnivores. Il faut se méfier de leurs mutations, les éléments qui les côtoient en sont transformés”.

    L’artiste voulait montrer le côté effrayant de ces OGM qui sortaient du pot sans qu’on s’en rende compte. Mais elle n’avait pas anticipé que, dans son atelier et son garage, c’est exactement ce qui allait se passer.

    Les organismes graphiquement modifiés sont sortis, sont devenus plus grands, plus solides, plus imposants. “Cela s’est fait de manière un peu incongrue il y a quatre ans, explique Micham. J’ai trouvé une planche de cerisier dans mon garage, avec l’écorce encore présente sur les côtés. Ma problématique plastique est restée la même, mais à l’échelle de la planche, les transparences du papier sont devenus des trous découpés à la scie sauteuse façon dentelle, le graphisme est pyrogravé ou travaillé en dégoulinures de pigments naturels…” .

    Le support et les dimensions changent et l’ensemble prend immédiatement une autre tournure: de la fragilité initiale, on passe à une force de la nature, et… à un retour aux origines, le bois, la verticalité, la grandeur.

    Posés au sol, emboîtés ou sur socle, ils deviennent « Arbres de vie», contours découpés à la scie sauteuse ou à la scie à chantourner. Ces planches directement sorties du tronc, écorce encore visible, sont dressées vers le ciel.

    Le fait de mélanger les techniques, les lieux, les points de vue (figuratif-abstrait, animal-végétal) n’est pas chose nouvelle pour l’artiste.

    Avant de découvrir les possibilités du bois et de la scie sauteuse, Micham a longtemps été peintre, dessinatrice. Elle a réalisé beaucoup d’aquarelles, notamment dans les Corbières, au milieu des arbres. “Je les retravaillais en atelier, dans un format plus grand, jusqu’à ce qu’elles deviennent quasi-abstraites. Je superposais les techniques de la plus transparente à la plus opaque, revenais avec des dessins à la craie sur la couleur. En accompagnement, je prenais des photos de personnages dans les lieux et les intégrais sous forme de photocopies collées”.

    Même chose avec les nus. “Je dessine beaucoup dans un groupe collectif dans la Haute-Vallée, et je les retravaillais chez moi: en enduisant mon papier d’un liant qui faisait comme une peau, je pouvais ensuite coller cette peau sur du plexiglas, en enlevant quelques épaisseurs dans le papier pour obtenir des transparences”.

    Avec les bois découpés, pyrogravés, parfois peints, cirés ou brûlés, Micham poursuit ce travail qui oblige le regard à se promener dans l’œuvre, à accorder autant d’importance aux pleins et aux creux, avant d’en avoir une vision globale.

    Dans certains totems, la scie dégage par exemple quelques motifs figuratifs parmi les éléments. Mais aussitôt, le geste vient freiner ses incursions du motif qui trahiraient trop la présence de l’artiste : “Je travaille en même temps par projection de peinture. Cela m’aide à faire les découpes et m’oblige à ne pas tomber dans la facilité de suivre les veinures du bois”.

    La planche est redevenue arbre, mais un arbre imaginaire. Le bois se voit, la verticalité est en place. L’artiste intervient, mais ses interventions vont dans tous les sens: parfois, elle vient perturber les éléments naturels, comme quand les dessins à la scie s’éloignent des veinures, ou quand la peinture est un ajout clairement visible. Parfois au contraire, l’artiste brûle, ou cire la planche, et ces interventions renforcent le côté naturel du bois, lui confèrent la patine d’un arbre qui a traversé le temps.

    “Souvent les bois sont marqués par des trous ou des traces de brûlés. Le fait de brûler un peu la planche contribue à faire renaître les trous, ou à renforcer un peu les imperfections naturelles”.

    Micham a poursuivi ce travail, utilisant des planches trouvées dans les scieries. “Elles peuvent provenir de différents arbres, mais il s’agit toujours d’essences assez denses, le cerisier, le châtaignier. Parfois, elles ont déjà eu une première vie, comme ces planches de chêne qui avaient été utilisées comme contremarches dans un escalier. J’ai d’autant plus de plaisir à les remettre verticales, et à les imaginer à nouveau arbres”.

    Aujourd’hui, l’artiste souhaite encore pousser plus loin la démarche: “Je vais essayer de travailler avec des essences qui permettraient de mettre ces totems en extérieur, sans traitement particulier. On pourrait les planter directement dans le sol (grâce à une tige de métal qui resterait invisible). L’idéal serait de le faire au milieu d’autres arbres. Que ces arbres d’un nouveau genre se fondent au beau milieu de leurs congénères …”.

    Comme si l’homme pouvait par ce biais compenser toutes les actions de déforestation. Personne n’y croit, mais l’idée reste aussi belle qu’un conte de fée, un conte de fée du XXIème siècle.

    Bio
    Parisienne, formée à l’école Duperré avant d’intégrer l’Ecole Normale Supérieure (Cachan) pour être professeur d’arts appliqués.

    A travaillé dans des domaines variés, a notamment collaboré à un groupe de théâtre pluridisciplinaire où elle a réalisé des peintures intégrées aux spectacles ou même dessiné en direct sur un rétroprojecteur, pendant les représentations.

    Entretien - Rencontres Artistes d'Occitanie
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