POURCHOT Marie

    Discipline(s)
    Street Artiste, Textile
    Informations de contact
    Mrs. Marie Pourchot

    Département
    Adresse
    34000 Montpellier
    Mon Histoire

    Quand la broderie descend dans la rue

    Marie Pourchot est brodeuse. Un métier lent, méticuleux où l’artiste reste de longues heures devant sa toile, l’aiguille à la main. Qui plus est, une technique peu utilisée dans l’art contemporain. Marie Pourchot a décidé de casser un peu tout cela: dans ses œuvres, elle aime à mélanger les cultures. Et maintenant, avec les reproductions de ses œuvres sous le bras et un pot de colle, elle aime à mélanger les pratiques: voilà comment des collages de broderies fleurissent aujourd’hui au coin des rues.
    En 2013, Marie Pourchot présente ses créations au concours Atout’fil qui animait alors chaque année la ville gardoise de Vauvert. Avec une danseuse, elle présente des robes et autres tenues et remporte à la fois le prix du public et le prix du jury.

    Pour certains, ce serait un bel aboutissement. Pour Marie Pourchot, ce fut le démarrage.

    Elle qui a pratiqué la peinture pour ensuite faire des études d’ethnologie, sait maintenant que sa voie sera dans le textile.

    “Tout est vraiment parti d’Atout fil, explique l’artiste. Cela m’a donné la volonté de me former encore plus. J’ai donc fait des formations en plumasserie, et surtout en broderie: broderie de Lunéville, broderie au crochet, broderie bretonne”.

    L’art textile a cet avantage qu’on peut mettre un peu ce qu’on veut sur la toile. L’artiste commence parfois même avant de toucher le moindre fil par imprimer sa toile avec un motif travaillé en linogravure. Après, elle ne s’interdit rien: fil, boutons, coquillages, bois, plastiques, etc.

    Une synthèse entre ses différentes passions et formations qu’elle résume sur son site : “Très attirée par les débats anthropologiques, par l’art et l’artisanat, ma curiosité m’a conduite à développer des compétences spécifiques en lien avec ces thèmes qui me captivent, et à m’orienter vers un art mêlant arts plastique, textile et anthropologie. (…) Le textile devient mon moyen d’expression principal, je travaille avec le fil, manipule la broderie, mais aussi la linogravure, le tissu et la peinture”.

    Une saturation de techniques, matières et couleurs que l’artiste assume pleinement et qui renvoie à ses thèmes de prédilection, le mélange des cultures, le passage, la transmission.

    Aujourd’hui, dans son appartement montpelliérain, elle imagine des oeuvres d’abord avec son crayon et sa feuille de papier, avant de les transposer sur toile de lin. Chaque broderie demande un minimum d’un mois, et parfois plusieurs quand il s’agit de grands formats.

    Pour l’une, elle est partie d’un masque d’inspiration pré-colombienne, pour une autre, d’un caducée où l’un des serpents est remplacé par une sirène, pour une troisième, elle mêle ses inspirations exotiques avec les motifs des faïences et pots d’apothicaires montpelliérains.

    Le mélange des cultures et des époques est fréquents. Sous le masque précolombien, deux mains les poings serrés qui retiennent leur agressivité. Dans une autre oeuvre, le motif principal vient d’un pectoral pré-colombien, mais le titre est allemand, Heul Doch (“pleure un bon coup”) et l’artiste a rajouté des mains qui ont encore du mal à desserrer une étreinte passée. “C’est un peu un tableau cathartique, qui vise à exprimer un certain lâcher-prise, et je trouve qu’on peut l’exprimer précisément en montrant son ouverture à toutes sortes de cultures ou d’époques”.

    Le tout traité généralement avec des fils de soie de couleurs vives et des ajouts divers et variés. “J’aime la surcharge. Cela me permet de raconter plein d’histoires et de multiplier les possibilités d’entrer dans l’oeuvre”.

    Pour le Détroit de Gibraltar par exemple, cinq mois ont été nécessaires pour une oeuvre complexe, qui prend sa source à la fois dans l’actualité, dans ses études d’ethnologie et dans sa vie personnelle: “La première fois que je suis allée au Maroc, j’y suis allée en bus. A Tanger, à 4 heures du matin, des enfants attendaient pour se glisser sous les essieux des bus pour aller en Europe. L’an dernier, on a rencontré un de ces jeunes qui avait réussi. Il avait 17 ans et nous a dit que beaucoup de ceux qui avaient tenté l’aventure y avaient laissé la vie. J’ai voulu faire quelque chose sur ce lieu, qui est vraiment un lieu de passage et un croisement de civilisations”.
    Pour cela, Marie Pourchot a brodé les drapeaux (anglais, espagnol, marocain), mais également les motifs de ces différents territoires traversés, les zelig marocains se transformant peu à peu en azulejos en remontant, se mélangeant au motif pied-de-poule des Britanniques sur Gibraltar même.

    Des motifs qui se transforment comme les êtres se transforment au cours de leur voyage. Le tout dans une ambiance d’apparence ludique, comme un immense puzzle difficile à déchiffrer mais amusant à assembler.

    De la broderie au street-art
    Depuis qu’elle a commencé il y a trois ans, Marie Pourchot a réalisé une dizaine de pièces, pas plus.
    Alors, pour donner le plus de vie possible à chacune d’entre elles, elle a décidé il y a quelques mois de montrer son art dans la rue, de faire entrer la broderie dans le domaine du street-art. Elle colle ses reproductions de tableaux brodés dans différents endroits, avec juste sa signature instagram. Paris, Montpellier, Rouen, Lisbonne, voire d’autres lieux aux Etats-Unis ou en Allemagne se sont ainsi parés d’un street-art d’un nouveau genre, et les retours ont été nombreux. Elle sort de son travail solitaire pour réaliser des collages avec d’autres artistes, sa broderie dialoguant alors avec des dessins ou peintures.

    Devant un street-art qui peine parfois à se renouveler, devant des tags parfois sommaires et qui n’embellissent pas toujours l’environnement, Marie Pourchot propose quelque chose de radicalement différent: des broderies colorées, et qui se donnent pour ce qu’elles sont: des oeuvres d’art. “Je prends soin de coller l’oeuvre avec son cadre. Cela fait un petit côté ‘Pompadour’ dans la rue!”

    Les habitants et les commerçants apprécient. Et les retours permettent à l’artiste elle aussi de briser les frontières. Brodeuse-street-artiste, un nouveau genre.

    Galerie virtuelle