DECOCK Guillaume

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Discipline(s)
Dessinateur/trice, Peintre
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Mr. Guillaume DECOCK

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65200 - BAGNERE DE BIGORRE
Mon Histoire

Des corps humains qui se cherchent

Guillaume Decock dessine et peint des formes issues clairement de corps humains, mais démantelées, recomposées, réassemblées pour former de nouvelles chimères. Le tout dans des tons pastels et une ambiance aérienne qui fait entrer ses créatures dans un univers à la Jérôme Bosch: effrayantes et grotesques à la fois.

Commençons par quelque chose d’insolite: Guillaume Decock dessine et peint, beaucoup, depuis longtemps, mais il ne souhaite pas entrer dans une démarche commerciale. Il a un travail hors du champs artistique qu’il aime, habite dans une région volontairement reculée et ne se voit pas comme un artiste de métier.
Que les choses soient claires: ses oeuvres ne sont pas à vendre. Tout au plus échange-t-il parfois ses dessins avec des artistes avec qui il partage des affinités.

Voilà donc un artiste qui vit de son travail, sans aucun rapport avec le dessin, et le dessin n’est pas là pour lui ouvrir de nouveaux horizons professionnels. Résultat: pendant quinze ans, il se contente de vivre du RSA sans montrer à personne ses dessins. Il montre des choses à partir de 2016 sur Facebook et Instagram, mais devant les sollicitations qui se multiplient, il décide de couper court et change de nom. “J’aime bien repartir de zéro, et puis le monde de l’art ne me plaît pas. Je n’ai d’ailleurs aucune fascination pour des peintres ou dessinateurs”.
Des paroles confirmées par ses choix de vie: formé aux Beaux-Arts en Belgique, où il reconnaît avoir eu des profs très compétents “même si on passait quand même plus de temps au bistrot”, il s’installe ensuite à Lille, au coeur de cette région d’où il est originaire. Mais rapidement, il souhaite un environnement moins urbain. “Je suis venu m’isoler dans les Pyrénées. Je voulais pouvoir crapahuter seul dans mon coin, sans prévoir le chemin. Même chose quand je tiens le pinceau: pas de concept, pas de réflexion, le travail de la main avant tout. D’ailleurs, je ne reste jamais sur mon idée de départ”.
Aujourd’hui, il vit toujours avec un modeste salaire d’aide médico-psychologique dans une structure qui s’occupe de poly-handicapés sévères, mais ne demande rien de plus. Ou plutôt si: il va se former pour pouvoir se professionnaliser dans son travail auprès de ces personnes traumatisées. Heureux dans son travail et dans son environnement, point final.
“Je suis content de travailler avec des gens en grosse difficulté”.
Souvent les personnes exerçant ce type de profession, éprouvante et qui demande un engagement important, ont besoin à côté d’un pôle d’équilibre: sport, art, ou autre.
Pour Guillaume Decock, c’est l’inverse: l’art n’est pas la bouffée d’art après le travail… C’est le travail, aussi dur soit-il, qui représente pour lui un dérivatif bienvenu aux heures qu’il consacre à la peinture: “Quand je peins, je m’énerve beaucoup. Il ne vaut mieux pas être dans les parages. Je crie, je casse… Même si je travaille souvent en écoutant de la musique, surtout des choses planantes, il faut croire que je ne plane pas tant que ça, je casse et crie. En ce sens, mon travail est très utile. Il me coupe de la peinture”.

Quoi qu’il en dise, ses dessins et aujourd’hui ses peintures constituent pourtant bien une oeuvre, un univers à part entière qui n’appartient qu’à lui.

Même si on voit avant tout dans ses dessins et peintures des éléments corporels, ce ne sont pas les premiers mots qu’il prononce quand il évoque son travail: “Mon travail porte avant tout sur les mutations de la nature. Souvent je mets ma peinture à l’envers, je la retourne et poursuis le travail dans l’autre sens. Ce n’est pas la volonté de démanteler un corps, c’est plutôt la recherche d’un équilibre entre les parties. D’ailleurs, je trouve que les membres que je représente sont gracieux.Je ne fais pas de vraies déformation. Pris un à un un, les éléments restent beaux: les corps sont sveltes, musclés”.
L’artiste met donc en avant l’aspect équilibré, gracieux de son travail, ce qui n’est pas forcément le plus évident.
Même regard décalé quand on lui fait remarquer le côté très sexuel de son travail, pas seulement par la représentation des sexes, mais par cette volonté d’interpénétration des corps: “Il n’y a pas tant de sexes que cela dans mon travail! Et quand il y en a, c’est parce qu’ils offrent des ouvertures graphiques. Finalement, un corps, on en a vite fait le tour, surtout quand vous les faites, comme je les fais, asexués. Alors je cherche à renouveler le regard, c’est tout”.

L’analyse reste donc celle d’un peintre qui cherche la structure, les formes, l’équilibre, une recherche de fait encore plus évidente aujourd’hui où il a troqué le crayon de couleur pour le pinceau et le pot de peinture, engendrant des oeuvres plus touffues, où les motifs et le fonds se fondent davantage, ce qui met plus l’accent sur l’atmosphère générale que sur le jeu d’imbrication des corps qui dominait dans le dessin..
Guillaume Decock résiste à toute volonté de faire une lecture psychanalytique de son travail: lui qui avoue une enfance difficile avec un père bipolaire et alcoolique qui a conduit ses soeurs et lui à tous quitter très tôt le domicile familial, lui qui travaille avec des personnes lourdement handicapées, ne fait aucun lien entre ses parties de sa vie et son oeuvre. Tout au plus concède-t-il que le lien entre les deux peut venir d’une réelle misanthropie, qui trouve son origine dans son vécu et qui peut éventuellement se refléter dans son travail. “C’est peut-être vrai que dans mes dessins et peintures, tout est un peu mélangé, la douceur et la brutalité”.
C’est peut-être vrai, en effet.
Anne Devailly

La géométrie, j’adore ça!
En fait, ce que Guillaume De Cock aime avant tout en matière de dessin, c’est … la géométrie. Un goût qu’il est difficile d’imaginer quand on regarde ses travaux actuels, mais qui a donné lieu à de nombreux travaux les années précédentes: “La géométrie, j’adore ça! Mais faire des oeuvres fines et géométriques, cela prend vraiment trop de temps. J’ai fait de nombreux dessins, je gommais 90% des traits pour ensuite coller différents dessins les uns sur les autres, en faisant attention à la pureté des ligne, à la précision des collages. J’en ai gardé quelques-uns mais aujourd’hui, je n’y arrive plus, je suis passé à autre chose”.

Biographie
Guillaume de Cock, 45 ans
Peintre
Formé en Belgique, aux Beaux-Arts, en communication visuelle (graphisme, typo, signalétique). “Mais je savais que je m’étais trompé bien avant la fin du cursus”.
Choisit ensuite de s’installer dans les Pyrénées, pour être au plus près de la nature. Travaille dans un établissement de santé, et ne souhaite pas vivre de son art.

« Les 30 Artistes Occitanie »
Présent dans l'édition 2020 ou 2021
Galerie virtuelle