CADENE Bernard

    Discipline(s)
    Peintre
    Informations de contact
    M. Bernard Cadène

    Département
    Adresse
    31270 Cugnaux
    Mon Histoire

    La peinture jazzy

    Certains peintres respirent la musique: Raoul Dufy avec ses couleurs pleines de transparence, ou Paul Klee, lui-même excellent violoniste, qui cherchait dans sa peinture à traduire visuellement la musique. Chez Bernard Cadène, le lien est tout aussi évident, mais penche clairement du côté du jazz, de ses rythmes syncopés et de ses solos improvisés. Rencontre avec un artiste pour qui musique et peinture se sont toujours entrelacées.

    Finalement, chez Bernard Cadène, les thèmes importent peu. Ce qui compte, ce sont les coup de pinceau qui ne se cachent pas, les traits jamais droits, les lignes de fuite qui tordent la réalité, les couleurs chargées jusqu’à saturation, l’épaisseur de la matière.
    Une impression de spontanéité, d’urgence, de soif de créer qui se renouvelle de toile en toile.
    Le motif existe, et est peut-être le point de départ de la toile… ou peut-être pas, c’est selon. Mais dans tous les cas, il n’est guère qu’un prétexte pour accrocher ensuite les divagations du peintre. Nécessaire comme un point de repère ou s’accroche l’imaginaire, rien de plus.
    Clairement, c’est le temps présent de la réalisation qui a pris le dessus: on n’est plus dans un paysage, on ne cherche plus le portrait, on regarde le détournement opéré par l’artiste. Comme un artiste de jazz qui s’empare sans prévenir d’un morceau pour le prolonger dans un solo de son cru, inspiré par le thème général mais qui prend le large néanmoins. Bernard Cadène le dit autrement, mais le parallélisme est évident: “Je carbure aux doses de peinture que je n’économise pas. J’en use et abuse et les répercute instantanément sur la toile afin de faire ressortir cette notion d’urgence”. Ailleurs, l’artiste, qui en tant qu’ancien publicitaire, manie également très bien les mots, se décrit comme « un compositeur de musique entendant l’orchestre dans sa tête ».
    Sans jouer à l’Abécédaire de Rimbaud enfant qui aurait inspiré plus tard au poète son sonnet les Voyelles, on peut quand même remarquer que cette fusion peinture-musique dans le parcours de Bernard Cadène remonte à loin, très loin. Un grand-père chef de musique des mines de charbon de Decazeville, un père accordéoniste. Lui-même pratique pendant dix ans le violon puis la contrebasse, avant de faire les Beaux-Arts, qu’il fait tout en jouant dans des orchestres qui écument les bars et boîtes de nuit toulousaines.
    L’artiste peint depuis maintenant plus de trente-cinq ans, et cette démarche qui montre une recherche de rythme dans la spontanéité s’affirme année après année. C’est encore vrai dans ses dernières toiles, qui parfois se répondent en allant vers toujours plus de liberté: le 5 février 2020, l’artiste réalise une Douce folie sur un de ses thèmes récurrents, une maison à la campagne: ciel noir, premier plan herbacé mais indéfini. Entre les deux, des taches d’un bleu soutenu ou Bernard Cadène dessine, rapidement, quelques petites maisons qui dansent sur l’horizon. Le motif est discret mais structure la scène.
    Comme souvent, ce motif a une autre particularité: il est dessiné au trait blanc et c’est l’apparition la plus franche de cette “non-couleur” sur la toile. Le blanc de l’espace vierge n’existe quasiment pas dans les paysages du peintre, la couleur a pris le dessus, et recouvre entièrement la toile. Le blanc ne réapparaît que, de manière timide, pour dessiner le motif sur cette profusion de couleurs.
    Trois semaines plus tard, l’artiste reprend la composition dans La belle nature. Le ciel est toujours aussi plombé, jour d’orage ou nuit avancée, et le peintre cette fois-ci ne s’embarrasse quasiment plus du motif: aux trois maisons centrales succède une petite cahute devenue anecdotique. Ce n’est plus elle qui fait tenir la toile, c’est le chemin. La végétation elle-même prend moins de place et en revanche, les coups de pinceaux orange arrivent en surimpression sur la scène principale. Comme un paysage qui va peu à peu s’éclipser. Tout est mouvement, l’orage chasse un motif et en apporte un nouveau. Bernard Cadène lui-même: “Compositions fantasques et espace temps qui fugue”.
    Pas étonnant que l’artiste cite parmi les peintres qui l’inspirent deux hommes qui, comme lui, prennent le motif et lui tordent le cou: Le Greco et Bacon. Mais contrairement à ces deux prédécesseurs dont les distorsions tiraient vers une dimension tragique de l’existence, chez Bernard Cadène, ces flammes de couleur mettent en valeur l’effervescence de l’activité créatrice. Il rejoint ainsi un autre grand artiste à qui il doit, enfant sa passion de la peinture: Henri de Toulouse-Lautrec. Un coup de crayon de génie qui ne pouvait pas laisser un peintre albigeois indifférent.

    Anne Devailly
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    BIO
    Bernard Cadène est une figure incontournable de la peinture dans la région.
    Né en 1942 par hasard à Albi mais d’origine aveyronnaise, le peintre est le petit-fils d’un chef de musique des mines de charbon de Decazeville, le fils d’un père accordéoniste et d’une mère professeur de collège en arts ménager.
    Passionné de musique. Dix ans de violon. Etudes aux Beaux-arts de Toulouse dans les années 60, tout en jouant le soir dans des orchestres de jazz. Diplômé pour être professeur de dessin. Devient publicitaire en 1967 et affichiste pour nourrir sa famille. Réalise de très nombreuses affiches, avant de passer à la réalisation et à la production de films publicitaires dans les années 80 (« Lapeyre, y en a pas deux », « Tropico, c’est trop », « Quand c’est beau c’est Bosch », “Vas-y Wasa”, etc).
    En parallèle, il continue à peindre. Dans les années 80, un galeriste d’Albi lui organise une exposition. “Expos, commandes, tout s’enchaîne”.
    Il attendra 1995 pour se consacrer pleinement à la peinture.
    En 2003, il participe à la création des Rencontres du saxophone devenues le festival Jazz en Comminges.
    Plusieurs livres sur son travail. En 2009, il s’associe au chef étoilé toulousain Michel Sarran pour la création à quatre mains d’un livre de recettes gastronomiques illustrées, Toques et toiles. En 2014, Michel Sarran préface la monographie consacrée à l’artiste.
    Membre de l’Académie d’Occitanie des Arts, Lettres, Sciences et Traditions populaires.
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    A ce jour, 138 expositions personnelles en France et à l’international (Etats-Unis, Japon, Italie, Suisse). Œuvres présentes dans des collections privées et institutionnelles de 22 pays.
    Représenté par une dizaine de galeries en France et à l’étranger

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