Fernand Léger, La vie à bras-le-corps

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Fernand Léger, La vie à bras-le-corps



 Rodez

Du 10 juin 2022 au 5 novembre 2022


Fernand Léger, La vie à bras-le-corps

 

Par la couleur dont il clame les belles valeurs thérapeutiques, par les formes qu’il souhaite vives et les plus contrastées possible, par les sujets qu’il traite, choisis prioritairement dans le contexte de l’existence quotidienne, Fernand Léger n’a eu de cesse de clamer la vie, d’en révéler les beautés et de vouloir lui offrir le meilleur de son art.

Le milieu urbain qui lui inspire tant d’oeuvres et dont il découvre et admire toute la puissance créatrice exceptionnelle dans la ville de New York; le milieu du travail, des hommes conduisant les machines ou perchés sur les échafaudages ; le temps des loisirs que l’avant seconde guerre mondiale a significativement allongé sont les sujets forts de son oeuvre. Ils en forment même la trame essentielle, les éléments de base. La frontalité affichée des personnages peints, le vis-à-vis direct des objets, le parti pris si résolu de l’artiste de tenir à distance ses sujets ne dissimulent pas sa réelle propension à se saisir des choses de la vie, à les empoigner, à les prendre à bras-le-corps.

L’environnement urbain – avec ses rues, ses façades d’immeubles, ses ponts, ses carrefours… – si souvent traité, fait incontestablement partie de ses sujets privilégiés. Il y loge ses pensées d’ingénieur des formes, ses rêves d’architecte de la couleur, ses projets d’artisan du renouveau. Il lui permet surtout d’assurer le passage de ses débuts aux expérimentations artistiques les plus radicales. Si pour Picasso et Braque, la nature morte est le sujet qui se prête le mieux aux essentielles transformations formelles du cubisme, c’est la ville que Léger choisit pour les exercer. Il sait que c’est dans cet environnement que se joue l’essentiel et qu’en elle la vie se déploie au mieux.

Le monde du travail et des machines n’est pas, chez lui, comme chez les futuristes italiens, un sujet de dévotion, un objet à idolâtrer mais, plus simplement, l’élément nouveau d’un décor dans lequel, pense-t-il, la vie peut trouver à se réinventer. Le fût étincelant du canon entraperçu dans les tranchées de l’Argonne n’est pas, dans son regard, le terrifiant instrument de mort que l’on sait mais, au contraire, un objet dont il vante les qualités plastiques et qui, paradoxalement, lui sert à magnifier la vie. Les constructeurs ne font pas qu’échafauder des poutres métalliques pour ériger le bâtiment mais participent à l’émergence d’un monde que Léger appelle de ses voeux et qui ne saurait se soustraire à l’humanisme dont est porteur son projet artistique.

Pendant du monde du travail, celui des loisirs constitue une période qui court sur plusieurs décennies. Les gens du voyage y sont célébrés. Ecuyères, jongleurs, voltigeurs et autres acrobates évoluent dans l’espace clos du cirque et, avec autant de virtuosité, dans celui, très ouvert, de la toile où leurs mouvements sont retranscrits dans un nouveau langage. Il en ira de même dans la belle série des Plongeurs dont les corps entrelacés, tressés les uns aux autres, démultipliés, expriment excellemment le mouvement que Léger entend traduire dans ses tableaux comme la figure même de l’élan vital.

Saisir la vie à bras-le-corps, telle est bien la mission que Fernand Léger assigne à l’expérience artistique contemporaine. Il la résume avec vigueur sous la forme d’avertissement : « La vie moderne, tumultueuse et rapide, dynamique et contrastée, vient battre ce léger édifice lumineux, délicat, qui émerge froidement du chaos. N’y touchez pas, c’est fait ; cela devra être fait ; cela sera. »

Le musée Soulages, après Pablo Picasso, Yves Klein, les Japonais de Gutai, Le Corbusier, Alexander Calder, Chaissac & CoBrA, se propose d’accueillir Fernand Léger en été 2022 (11 juin – 6 novembre 2022). Pierre Soulages a, dès l’origine du projet, pensé à un lieu indépendant de l’accrochage monographique, un lieu destiné aux présentations temporaires dans le domaine moderne et contemporain. Nous sommes attentifs au choix des artistes qui ont croisé la route de Pierre Soulages qui a une carrière de plus de 70 ans. Ce dernier a découvert la reproduction d’une oeuvre de Fernand Léger pendant la guerre dans la revue de propagande nazie Signal : Léger prend alors place, avec d’autres artistes, dans «l’art dégénéré». Il croisa effectivement Léger à Paris dans les années 1949-1950, notamment chez leur galeriste commun Louis Carré. Léger aimait l’invention et le dynamisme de Soulages, malgré sa défiance pour l’art abstrait « Mais moi de l’art abstrait, j’en ai fait, en 1920 -je ne sais plus quelle date il me donnait – mais des tableaux abstraits je peux t’en faire trois tous les jours ». Il lui avait aussi dit « T’as raison mon vieux, il n’y a que le noir et le blanc ! »

En juillet 1952, ils travaillaient ensemble lors du spectacle mis en scène par Maurice Cazeneuve, jouée devant le château d’Amboise, dédié à Léonard de Vinci, le cinquième centenaire de sa naissance, « Quatre gestes pour un génie ». Léger et Soulages concevaient les décors des deux podiums, pour chacun des ballets : Alain Cuny lisait les Arguments, Maurice Jarre avait fait la musique et Janine Charrat réglait la chorégraphie. L’amitié des deux peintres ne fut jamais démentie. Le vieux peintre soutenait le jeune Soulages qu’il comparaît à Maïakovski, pour sa grande taille et son enthousiasme…

L’exposition Fernand Léger, la vie à bras-le-corps propose un ensemble d’oeuvres provenant du Centre Georges-Pompidou – musée national d’art moderne, du musée national Fernand Léger de Biot, du musée Matisse du Cateau-Cambresis nos interlocuteurs privilégiés, de musées tant français qu’européens, de galeries et de particuliers : musée de Grenoble, musée d’art moderne de la ville de Paris, le Lam de Villeneuve d’Ascq, le musée d’art moderne de Saint-Etienne…

L’idée est de développer un parcours cohérent dans le temps et l’espace sur les thèmes chers à Léger, la ville, le monde du travail, les loisirs.

Nous privilégierons l’efficacité, le visuel, avec des peintures sur toile, des oeuvres sur papier, gouaches fusains et encres de Chine, des documents et des films. Le musée Soulages s’est fait une réputation de croiser un discours de découverte et d’initiation sous la forme d’une rétrospective raisonnable, et de déployer une recherche de qualité, notamment par l’édition..

Benoît Decron, directeur du musée Soulage


Infos pratiques
Musée Soulages

Jardin du Foirail 12000 Rodez

Evènement Payant
Non