Anne-Marie Schneider, Le cercle est le monde

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Anne-Marie Schneider, Le cercle est le monde



 Sérignan

Du 13 octobre 2023 au 9 mars 2024

Vernissage le 13 octobre 2023
18h30 – 18h30


Anne-Marie Schneider, Le cercle est le monde

 

Commissariat : Thierry Leviez & Clément Nouet

 

L’intérêt que portent les artistes au travail d’Anne-Marie Schneider témoigne de sa position singulière dans le champ de l’art.
Bien que son œuvre ait fait l’objet d’expositions régulières depuis le début des années 90 et notamment à l’occasion de grandes manifestations internationales, sa présence reste aussi discrète qu’influente.
Son œuvre s’inspire autant de l’actualité que des contes ou de son quotidien.
Mais bon nombre des images qu’elle produit ne peuvent être associées à un quelconque référent et semblent mettre en présence de purs phénomènes psychiques.
Elles sont comme abstraites, non pas au sens d’une absence de représentation mais parce qu’elles ne renvoient à rien de reconnaissable.
Au-delà des allégories, chaque chose y vaut pour elle-même, chaque chose est ce qu’elle est, dans toute l’épaisseur de son sens.
L’exposition met en évidence les associations mentales et les jeux de correspondance entre différents groupes de formes, objets et corps, avec le cercle comme motif récurrent : visages, bulles ou sphères.
Elle n’a pas été conçue comme une rétrospective avec sa chronologie ordonnée, ni comme une exposition d’œuvres récentes, puisqu’elle réunit des pièces du début des années 2000 et de nouvelles séries.
Un ensemble de figures plus ou moins obscures, plus ou moins absurdes, souvent réduites à un trait, y ébauche une philosophie de l’existence aussi profonde que simple.
L’exposition réunit d’abord un large ensemble de dessins sur papier au crayon, au fusain ou à l’encre de Chine.
Avant l’introduction de la couleur dans les années 90 et avant les premières peintures initiées à partir de 2008, le dessin est le fil conducteur du travail d’Anne-Marie Schneider.
Son trait nerveux et sec se nourrit de sources hétéroclites mais c’est toujours d’un état mental, du retentissement intime d’un événement, dont il est question. Le caractère à la fois gauche et résolu du tracé pourrait évoquer le geste d’un enfant.
Mais cette fragilité est sans doute la contrepartie d’une recherche d’immédiateté : elle permet de restituer l’incandescence d’une impression sans le détour du réalisme, sans le temps et l’application que nécessiteraient le rendu d’un volume ou la construction d’une perspective.
Une transcription intuitive du monde qui perdrait une part de son intensité si elle était entravée par la discipline d’une main. Peut-être y a-t-il aussi dans ce refus de tout naturalisme une forme d’insoumission ; insoumission au style, chaque dessin semblant, de ce point de vue, déjouer le précédent, mais aussi au goût, notamment en peinture, avec des portraits dans lesquels l’artiste semble prendre plaisir à faire apparaître des personnages monstrueux.
Les supports sont tout aussi frêles que les images : la plupart des œuvres ont été réalisées sur papier, parfois même lorsqu’il s’agit de peintures acryliques, causant déformations et gondolements.
Certaines pièces sont peintes à cheval sur plusieurs feuilles et l’une des grandes peintures de l’exposition, une figure horizontale jaune sur fond noir (Sans titre – Personnages couchés et debout, 2019) est étrangement scindée en deux laissant le mur serpenter à travers elle. Enfin, les sujets sont eux-mêmes ambivalents, tour à tour légers ou tragiques. Le trait naïf les situe d’emblée sur le mode tragi-comique mais à y regarder de plus près, apparaissent des thèmes existentiels, la naissance, la mort, le manque, l’absence, le désir, la sexualité…
En ce sens, Anne-Marie Schneider appartient à une famille d’artistes à l’humour froid comme, pour n’en citer que quelques-uns, David Shrigley, René Daniëls ou Philip Guston (elle mentionne régulièrement les deux derniers), quand, en littérature, des auteurs comme Daniil Harms, Franz Kafka ou Samuel Beckett pourraient être identifiés comme des parents proches.
Elle invoque également les romans de Virginia Woolf mais peut-être cette référence tient-elle davantage au stream of consciousness, cette catalyse du présent que l’on retrouve à la fois dans les récits de l’écrivaine anglaise et dans le journal visuel d’AnneMarie Schneider.
Le titre de l’exposition Le cercle est le monde choisi par l’artiste, se donne lui-même comme une métaphore paradoxale mettant en regard une idée simple et l’étendue abyssale de ses associations.
Et, en effet, l’exposition regroupe nombre de ces cercles, sphères ou bulles qui renvoient tour à tour à l’émanation d’une pensée dans le phylactère d’une bande dessinée ; à l’anneau d’une clé sur un automate ; à la grossesse, à la gestation ou même à la poche du placenta ; aux planètes ou à la lune ; à toutes sortes d’objets solides : balles, billes, pierres…
Nombreux aussi sont les têtes et les visages, parfois en lévitation au-dessus des corps ou bien flottants à leur côté voire déposés à leurs pieds. Une série de grands dessins verticaux de 2018 met en relation un garde anglais à la veste rouge avec un point noir en guise de chapeau et plusieurs « buildings » surmontés de disques colorés, les transformant collectivement en une série de points d’exclamation inversés (un caractère qui revient fréquemment dans l’œuvre de l’artiste).
Ces figures font écho aux allumettes peintes en 2021 qui clôturent l’exposition. Certaines d’entre elles n’ont pas encore été brûlées, d’autres sont consumées.
Dans deux images, elles sont agencées de manière à former le mot « VIE » rejouant le memento mori de la nature morte dans son expression la plus simple.
Ailleurs, ce sont des visages exagérément ronds qui nous ramènent à l’idée de cercle et de monde. Ils contiennent eux-mêmes des yeux grands ouverts et, dans le cas d’un groupe de six portraits de 2006, chaque bouche tient entre ses lèvres un bouton graduellement de plus en plus gros, lui-même percé de trous comme il se doit.
D’autres séries se déclinent en partitions et notes isolées : quelques croches superposées évoquent les pattes d’une araignée pendant que d’autres, émancipées des lignes de la portée, apparaissent en perspective sous le mot déconditionément.
À l’inverse, de petits 4/25 personnages anthropomorphes liés les uns aux autres sur plusieurs lignes semblent eux-mêmes former une partition.
Plus loin, le squelette d’une cage thoracique se trouve intégré à un jeu de cymbales empilées. Au centre du dessin, des « côtes flottantes » enserrent le cerveau d’un visage aux yeux jaunes. Anne-Marie Schneider affirme travailler avec « la conscience et l’inconscient en même temps ». Ce faisant elle nous entraîne dans un vaste système analogique où une chose et l’idée d’une chose, tels un corps et son ombre, marchent étrangement côte à côte.

 

  • Anne-Marie Schneider est née en 1962 à Chauny (France).
    Elle vit et travaille à Paris. Le dessin est son médium de prédilection. En 2021, elle a reçu le Grand Prix de peinture de l’Académie des Beaux-Arts et de la Fondation Simone et Cino Del Duca.
  • Ses œuvres font partie de collections prestigieuses telles que le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia (Madrid) ; le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris ; le Centre Georges-Pompidou (Paris) ; le Musée d’Art Contemporain – Grand-Hornu (Boussu) ; la Yale University Art Gallery (New Haven) ; la Collection Guerlain (Paris) ; la Fondation Antoine de Galbert – Maison Rouge (Paris) ; The Morgan Library & Museum (New York), parmi d’autres. Anne-Marie Schneider est représentée par la galerie Michel Rein (Paris/Bruxelles).
  • Les œuvres d’Anne-Marie Schneider ont été exposées à Documenta X (Kassel); Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris; la Monnaie de Paris ; National Museum of Women in the Arts (Washington); Centre Georges-Pompidou (Paris); BPS22 – Collections de la Province du Hainaut (Charleroi); The Morgan Library & Museum (New York); The Drawing Center (New York); National Taiwan Museum of Fine Arts (Taiwan); Tracy Williams Ltd (New York); Taipei Fine Arts Museum (Tapei); Fundació Juan Mirò (Barcelone) ; Museum Tongerlohuys (Rotterdam) ; LAM (Villeneuve-d’Ascq) ; Fondation Fernet-Branca (Saint-Louis) ; Maison Rouge (Paris) ; Museum Het Domein (Sittard) ; Museum on the Seam (Jérusalem) ; Oi Futuro (Rio de Janeiro). En 2017, Anne-Marie Schneider a bénéficié de deux grandes rétrospectives au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia (Madrid) et au Musée d’art contemporain – Grand-Hornu (Boussu).
  • Scénographie : Lucas Lemme, jeune scénographe du programme «Décors», post-diplôme du Pavillon Bosio, École supérieure d’arts plastiques de la Ville de Monaco.
    Cette exposition a été réalisée avec le soutien de la Galerie Michel Rein (Paris/Bruxelles).




Infos pratiques
MRAC

146 avenue de la plage 34410 Sérignan

Evènement Payant
Non


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