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Retour sur l’exposition « Uzès, La Métamorphose – Mémoire d’une ville »
« Uzès, La Métamorphose » séduit 9 000 visiteurs et prépare le futur pôle culturel de la ville
À la veille de la clôture de l’exposition estivale « Uzès, La Métamorphose – Mémoire d’une ville », Amandine Thirot, directrice des affaires culturelles, et Morgane L’Evêque, médiatrice à l’ancien évêché, font le bilan. Elles évoquent un public local très investi et dessinent l’avenir culturel de la cité.
Après quatre grandes expositions d’art moderne, consacrer l’été à la ville elle-même pouvait sembler risqué. Photographies et documents d’archives y montraient Uzès dans les années 1960, puis le long travail de restauration qui a suivi. « L’expo se termine à la fin de la semaine, mais au vu des fréquentations habituelles, on estime la fréquentation, à peu près, à neuf mille visiteurs », indique Amandine Thirot.
La répartition du public reste proche de celle des éditions précédentes : 50 % de Gardois, 30 % de Français venus d’autres départements et 20 % de visiteurs étrangers. Une nuance toutefois : « On a eu un peu plus d’habitants que sur nos expositions précédentes. » Le risque d’«autocentrage» existait, mais il était mesuré. Labellisée Ville d’art et d’histoire depuis quinze ans, Uzès attire des visiteurs sensibles à son patrimoine, qui se demandent souvent comment la ville a pu rester aussi bien conservée. L’exposition y répondait en montrant les décennies d’efforts qui ont précédé.
Le titre de l’événement peut surprendre pour une cité réputée pour son patrimoine préservé. La directrice l’assume : dans les années 1960, Uzès était en très mauvais état. Il a fallu, grâce à la loi Malraux et à la création du secteur sauvegardé, « déployer beaucoup d’efforts pour redonner à Uzès cet aspect-là ». « Ça a été bel et bien une métamorphose la ville. »
Liée aux cinquante ans de la disparition d’André Malraux, l’exposition fait-elle d’Uzès un modèle ? « On ne s’est jamais posé la question », répond Amandine Thirot, qui note que d’autres villes proches, n’ayant pu saisir l’opportunité du secteur sauvegardé, « le regrettent fortement aujourd’hui ».
Raconter l’évolution d’une ville par son architecture est un exercice technique. Morgane L’Evêque a voulu « une scénographie assez dynamique, où on pouvait attirer l’œil sans ennuyer tout le monde ». Photos, plans techniques et œuvres du musée se côtoient, avec des clins d’œil à des lieux emblématiques pour aider à se repérer. Les avant-après photographiques, souligne-t-elle, « sont toujours plus parlants ».


Les formats varient : témoignages audio écoutés au casque, où « chacun est dans sa bulle », objets, registres anciens, vidéo, et une reconstitution de pavés réalisée par les services techniques. Aucune nouvelle recherche d’archives n’a été menée auprès des familles uzétiennes. Le don de huit cents négatifs (leg photographique de Thierry Vincent) aux archives communales et aux œuvres du musée, ainsi que les archives municipales offraient déjà beaucoup de matière : le gros du travail a consisté à choisir, non à chercher.
C’est sur le plan humain que l’exposition a le plus surpris ses organisatrices. Beaucoup d’habitants, trop jeunes ou installés récemment, ignoraient ce passé pourtant proche. Pour les plus âgés, elle a été « facteur d’émotion » : « On a eu trois, quatre personnes qui, à la fin, sont venues nous voir et se sont mises à pleurer. C’était vraiment des souvenirs d’enfance pour eux: ils ont reconnu leur ancienne maison, qui a été détruite après, ou au contraire rénovée. »
Morgane L’Evêque se souvient d’un visiteur qui, dès la première photo, s’est écrié : « Mais c’est mon père ! » L’échange est devenu très personnel, mêlant anecdotes et questions sur la photographie. D’autres reconnaissaient la place aux Herbes : « C’est là qu’ils jouaient quand ils étaient enfants. » Les témoignages ont afflué spontanément, jusque dans le livre d’or. Plusieurs visiteurs ont proposé de confier leurs propres clichés, et quelques dons complémentaires sont en cours pour enrichir le fonds photographique. La médiatrice a noté des contacts et propose de poursuivre la collecte.


Les touristes n’ont pas été en reste : « On ne se doute pas, en se baladant, que tout n’est pas ancien », résume Morgane L’Evêque, remarque entendue le plus souvent cette saison. Quant aux plus jeunes, ils n’imaginent pas qu’Uzès n’ait pas toujours été telle qu’ils la connaissent. Attentifs et curieux, ils se demandaient comment vivaient les Uzétiens dans les années 1960, et les objets comme les anciens registres les ont autant marqués que les images.
Si les familles n’ont pas été plus nombreuses que d’habitude, souvent en visite libre, le service culturel a davantage travaillé avec les scolaires grâce au dispositif « Rêve ta ville » : un peu plus de deux cents enfants, principalement d’Uzès et de deux ou trois villages voisins, ont été accueillis. La dernière salle de l’exposition leur avait été spécifiquement dédiée.
Côté tout public, les deux visites guidées hebdomadaires, limitées à trente-cinq personnes « pour que ce soit confortable », ont affiché un bon taux de remplissage sans jamais déborder. Les visites « focus » thématiques ont rencontré moins de succès. Morgane L’Evêque avance une hypothèse : le public préférait une vision d’ensemble, et certains ont pu être intimidés par des formats très ciblés, jugés plus techniques. Celle consacrée à l’évêché, qui fut une caserne sous Vichy, a pourtant attiré autant que les autres : le sujet « interroge plutôt qu’il ne repousse », estime Amandine Thirot.
L’exposition « Rêve ta ville », ouverte du 21 au 25 octobre, démarre sur un bilan encourageant : il a fallu acheter plus de panneaux que prévu pour accrocher environ cent quarante dessins d’enfants et d’adolescents, de deux à dix-sept ans. On y vient en visite libre, et l’entrée est gratuite pour les familles qui peuvent ainsi venir (re)voir les œuvres de leurs enfants.

Cette exposition, aux allures de rupture avec les éditions précédentes, s’explique en partie par le contexte. En année électorale, l’équipe sortante ne souhaitait pas engager la future municipalité sur un grand projet, et le don aux archives est arrivé à point nommé. Surtout, elle servait de laboratoire.
Le service travaille à un pôle culturel et patrimonial installé à l’évêché, qui réunirait les services culture et patrimoine de la ville. Il abriterait le Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, obligation du label Ville d’art et d’histoire, ainsi qu’un espace muséal et des expositions temporaires, notamment de beaux-arts. « C’était un moyen de tester comment le public s’approprie le thème de l’architecture et du patrimoine, et de voir comment ces univers pourraient coexister dans un lieu culturel. » L’horizon visé : « Dans un monde idéal, environ cinq ans. »
Une suite à « La Métamorphose » est-elle prévue ? « On ne sait pas du tout encore », répond Morgane L’Evêque, précisant que la décision ne lui appartient pas, mais qu’« on n’a pas voulu fermer de portes ». Elle a reçu plusieurs demandes d’expositions centrées sur une partie de l’histoire de la ville, dans un format photographique « très universel ». Le public, ravi, avait le sentiment que l’exposition était faite pour lui, et se montrait nettement plus impliqué que lors des expositions des étés précédents.
Le maire, Jean-Luc Chapon, prudent lors de la première édition de ces grandes expositions, n’a plus de réserves, confirme Amandine Thirot. L’ambition était forte pour une ville de 8 500 habitants, et l’élu redoutait des expositions « que pour les touristes » ou perçues comme élitistes. Le succès des éditions successives a levé ces doutes : l’exposition est « inscrite aujourd’hui dans la programmation culturelle de la ville, sans difficulté ». La politique tarifaire, notamment les billets jumelés, a contribué à rendre ces propositions « pointues ou surprenantes » accessibles au plus grand nombre.
Reste le lien avec la scène artistique locale et avec Saint-Quentin-la-Poterie. Pour les grandes expositions, il n’a pas été établi, les thématiques étant éloignées. Des passerelles existent toutefois ailleurs dans la programmation : l’exposition temporaire sur les briqueteries de l’Uzège, visible au musée Georges Borias jusqu’au 31 décembre 2026, donne par exemple lieu donne lieu à des visites couplées avec Saint-Quentin. Le futur pôle doit aussi permettre de « tisser des réseaux locaux pour diriger un maximum de visiteurs chez les uns et chez les autres et contribuer au développement culturel et économique du territoire».
Entretiens réalisés les 20 et 21 octobre 2026.






