Chargement Évènements

« Tous les Évènements

Germaine Chaumel et la vie quotidienne à Toulouse, 1938-1944

29 février au 20 août

Germaine Chaumel et la vie quotidienne à Toulouse, 1938-1944

 

Le Musée de la Résistance et de la Déportation réouvre ses portes  le 29  février 2020. Service du Conseil départemental de la Haute-Garonne depuis 24 ans, le musée départemental de la Résistance et de la Déportation a fait l’objet d’importants travaux afin de proposer au public un nouveau projet scientifique et culturel et l’ouverture de nouveaux espaces. Doté d’une extension de 200 m2 et d’une plus grande capacité d’accueil du public, ce musée modernisé proposera de multiples dispositifs autour du devoir d’histoire, du travail de mémoire et d’éducation à la citoyenneté.

La première exposition temporaire à l’occasion de sa réouverture est consacrée à la photographe toulousaine Germaine Chaumel, et présente une série de photos inédites sur le quotidien de la ville pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le travail sensible de Germaine Chaumel apporte un témoignage émouvant du quotidien. Avant-guerre, ses photos sont l’occasion de voir un mode de vie désuet. Les scènes de marché, de la vente du thon et du sanglier à celle du tabac sur le trottoir, peuvent paraître incongrues aujourd’hui. Les métiers disparus, des pêcheurs de sable aux lavandières de la Garonne, les montreuses d’ours en centre ville, qui viennent gagner trois sous pour vivre, révèlent des temps difficiles. Germaine Chaumel s’est attardée sur les visages des petites gens comme ce chemineau pour un article intitulé Les barrières de la bienfaisance ou ces enfants pauvres installés dans des baraques sur les bords de Garonne.

L’annonce des temps sombres se fait par les photos de L’Hospice de France, premières images d’une guerre de l’autre côté des Pyrénées, prémices de la Retirada et de la Seconde Guerre Mondiale. En Haute-Garonne, loin du front, les traces du conflit sont infimes : quelques clichés sont faits de soldats mobilisés, d’autres blessés. C’est la présence des réfugiés qui révèle le chaos que connaît la France en juin 1940.

Germaine Chaumel, comme des millions de Français, continue à travailler, alors que son mari est prisonnier de guerre. Elle croule sous les commandes des organes de presse pour couvrir les rencontres sportives mais surtout les très nombreuses cérémonies officielles. C’est l’époque de la propagande de la « Révolution nationale » mise en place le régime de Vichy. Après une défaite aussi humiliante, Il faut
« redresser » la France et redorer le blason national.

Les visites du maréchal Pétain à Toulouse sont mises en scène avec faste. Les cérémonies de la Légion française des combattants, puis du Service d’ordre légionnaire et enfin de la Milice française s’enchaînent à un rythme soutenu. Les photographies de ces nombreux défilés autour du monument aux combattants illustrent la montée en puissance de la violence de ce régime. La jeunesse a toute l’attention de Pétain. Il faut la rééduquer et lui inculquer les valeurs
« travail, famille, patrie » dès le plus jeune âge. Des mouvements du scoutisme aux Chantiers de la jeunesse, jamais les jeunes Français n’ont été tant encadrés et embrigadés. Et pourtant, ce sont les jeunes réfractaires qui se rebellent et rejoignent les rangs de la Résistance.

Même dans ces années sombres, le tempérament enjoué de Germaine Chaumel transparaît et confère à ses clichés une incroyable proximité. Ils permettent une perception de ce que fut la vie sous l’occupation allemande pour la grande majorité des Toulousains. Des files d’attente qui s’allongent devant les magasins, au public nombreux qui se presse au théâtre et au cinéma, seules distractions encore autorisées. Germaine Chaumel sait saisir les ambiances, les rythmes et surtout les émotions, à travers les regards des personnes qu’elle photographie. Car la vie continue pendant la guerre, particulièrement dans le domaine culturel et artistique. Comédiens et artistes viennent se produire en « zone libre », de Louis Jouvet à Jo Bouillon. Ses photographies nous permettent de percevoir l’animation que Toulouse a connue.

Germaine Chaumel photographie le quotidien de la rue et en particulier l’hiver très rigoureux de 1941-1942. En ces temps de restriction et de pénurie, le régime de Vichy veut valoriser les actions qu’il mène dans le cadre du Secours national. Avec sensibilité, elle immortalise les files d’attente qui se forment à la distribution de la soupe populaire, les enfants démunis, habillés de guenilles, qui posent avec des légumes presque plus gros qu’eux. Elle témoigne, avec les détails les plus infimes, de la pauvreté et de la misère qui règnent à l’époque, sans misérabilisme.

A la Libération, Germaine Chaumel saisit l’effervescence du moment, la clameur de la foule qui résonne dans les rues. Le 20 août 1944, elle immortalise les véhicules des Forces françaises de l’intérieur (FFI) qui arrivent à la préfecture pour rétablir le République. Elle photographie les premières arrestations de présumés collaborateurs dans la rue depuis la fenêtre de son appartement. Le 21 août 1944, place du Capitole, elle photographie l’immense foule de Toulousains le bras tendu faisant le V de la victoire. Germaine Chaumel est également présente au balcon du Capitole pour la venue du Général de Gaulle le 16 septembre 1944. Elle immortalise les combattants de la Résistance, droits et dignes dans leurs uniformes plus qu’usés. Tout comme elle avait répondu aux commandes qui lui furent passées sous l’Occupation, elle continue son travail après la Libération, en professionnelle de la photographie.

Les photographies qui sont présentées ici ont été sélectionnées avec Madame Pilar Martinez-Chaumel, petite fille de Germaine Chaumel. Il s’agit en majorité de clichés inédits, jamais montrés jusqu’à présent.

Biographie de Germaine Chaumel Toulouse, 1895 – Blagnac, 1982

Artiste avant-gardiste et passionnée, Germaine Chaumel est une femme au tempérament exceptionnel. Guidée par un appétit de connaissance et de découverte, elle ne s’enferme pas dans les convenances du début du siècle. Tour à tour, pianiste, peintre, chanteuse d’opérette, c’est dans la photographie que son talent explose. Germaine Chaumel se forme à cet art au début des années 1930 en étudiant les travaux de Man Ray et de Brassaï. Armée de son Rolleiflex, elle reste des heures dans la rue, par tous les temps, de jour comme de nuit et immortalise toute la société toulousaine. Dans l’immeuble familial, elle transforme son cabinet de toilette en chambre noire. Elle aménage la grande salle à manger en studio de portraitiste et le salon se transforme en salle d’attente. Son studio devient alors une référence incontournable où se presse toute la bonne société toulousaine. En 1937, Germaine Chaumel crée avec onze de ses camarades photographes, le Cercle des XII, restreint aux douze meilleurs photographes de la ville. Lorsqu’une place se libère, elle y fait entrer le jeune talent qu’elle vient de découvrir, Jean Dieuzaide, en 1945.

Reporter photographe, elle travaille pour la presse nationale et internationale (France-Presse, Keystone, La Garonne, Paris Soir, La Dépêche de Toulouse, L’Indépendant de Perpignan, le New York Times). En 1938, elle est envoyée dans le Luchonnais photographier les réfugiés espagnols et le passage de la frontière par les Républicains. En 1940, elle immortalise l’arrivée des réfugiés, emportés par l’exode, à Toulouse. Pendant la guerre, Germaine Chaumel mène de front le studio et le reportage, à un rythme effréné de 18 heures par jour.
A la Libération, elle met son talent au service des nouveaux journaux issus de la Résistance. Comme elle l’a toujours fait, elle ne photographie pas la mort ou la souffrance. En 1952, elle quitte Toulouse. Elle part s’installer à Paris avec sa fille Paqui. Elle abandonne la photographie et laisse son envie d’apprendre la guider vers d’autres horizons. Au début des années 1960, elle est de retour en Haute-Garonne et s’installe définitivement à Blagnac. Elle y cultive d’autres émotions, d’autres découvertes sans jamais revenir à sa passion pour la photographie.

 

 

 

Détails

Début :
29 février
Fin :
20 août
Catégories d’Évènement:
, , ,

Lieu

Musée de la résistance et de la déportation
52 avenue des demoiselles
Toulouse, 31000 France
+ Google Map
Téléphone :
05 34 33 17 40