Swan SCALABRE

Swan SCALABRE
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La Romieu (32)
Swan Scalabre
Au plus près des personnages

Article publié dans le livre Artistes Occitanie, les 30 artistes 2023, paru en novembre 2022.
Quatrième volume de la série Artistes Occitanie, les 30 artistes de l’année.
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Des femmes, souvent immobiles, regardent, ré-fléchissent, rêvent, font des bouquets de fleurs. Les robes sont d’un autre temps, voire d’un autre monde. Seules dans des scènes d’intérieur sans autre anecdote ou au milieu d’une
nature souvent intimidante.
Les fonds, qu’ils s’agissent des scènes d’intérieur ou des vues en plein air, semblent prolonger l’état mental du personnage, et accroissent encore cette impression de se trouver face à la pensée d’une personne.
Dans ces scènes de nature profondément intimiste, forcément le regard se fait un peu témoin : la femme est concentrée sur son occupation du moment, et on la regarde, on voudrait comprendre, partager ses ré- flexions.
Pour renforcer l’aspect délicat et secret des scènes, l’artiste choisit de les encadrer dans des caisses américaines en chêne : les quatre côtés du cadre semblent dans un respect profond de l’oeuvre puisqu’ils ne la touchent pas, mais ils accentuent le côté précieux de la scène et proposent finalement au regard un objet “ boîtes à secrets ”.
La démarche que demande Swan Scalabre à celui qui regarde n’est donc pas de nature conceptuelle, comme cela peut l’être chez de nombreux artistes contemporains où l’œuvre ne parle que si on a pris la peine de lire l’intention de l’auteur. Ici, le confident doit se pencher, s’approcher, s’incliner, au propre comme au figuré pour partager ce qu’a voulu expri- mer la peintre.
Le thème général est donné, mais l’artiste travaille ensuite par série, ce qui permet de préciser, d’affiner chaque fois un peu les choses. “ Un travail par série, comme un découpage de scène de film ou un journal intime. L’inspiration peut être très variée : des images d’Epinal, des films d’époque, des contes mais plus largement des oeuvres littéraires anglaises ou françaises des 18 et 19 ème siècles ”.
Dans Le bouquet de fleurs, des petites filles ont à la main un bouquet. Le thème est simple, les ambiances toutes différentes : celle qui est en train de le ramasser est entourée d’un extérieur tourbillonnant, rendant sans doute compte de l’excitation de cette petite fille qui fait un bouquet pour sa maman ou sa meilleure amie.
Inversement, dans un autre panneau, une petite fille plus âgée, vêtue d’une robe sombre, tient à la main une seule fleur d’un bleu profond. Bouquet plus sobre, intention sans doute plus sérieuse, ciel cerclé de noir.
Chaque thème fait ainsi l’objet d’une approche qui permet ses déclinaisons: l’enfant, la femme ou la femme-enfant et ses états d’âme, avec un bouquet, avec un oiseau, ou face à un thème plus abstrait: le crépuscule, la joie, tempête, petit matin, ou au contraire très figuratif, voire technique : ombre portée.
Chaque thème induit évidemment son traitement: Dans la série La Joie, les oeuvres représentent avant tout des femmes ou des enfants en mouvement (qui sautent, dansent, se balancent) dans des fonds aux couleurs pastels, pendant que les personnages de la sé- rie Ombre Portée affrontent quasiment leur double, cette ombre portée étant parfois beaucoup plus grande qu’eux. Des ombres qui sont la face cachée et inavouée de ces femmes. La part obscure. La part monstrueuse ?
Dans tous les cas, un univers spécifique apparaît, avec des éléments qui rompent l’enchantement: des présences indéfinies, des atmosphères indescriptibles s’installent. Sans oublier les questionnements des personnages : seul face à la mer ou la tempête, mais encore plus simplement, seul face à son miroir.
Devant ce travail, on pense à l’ère romantique, à Chateaubriand prenant la pose face à l’océan, ou encore aux œuvres de Caspar David Friedrich : des personnes rêvant devant leur fenêtre, une nature chahutée.
Mais là où le romantisme rêvait de grandeur, de grandes toiles, de chefs d’œuvres, de héros qui marqueront leur époque, Swan Scalabre reste dans l’univers intime, avec de petites œuvres et des personnages anonymes.
Finalement, le nom qui vient face à ce travail n’est pas celui d’un romantique, mais davantage celui du poète intimiste, Paul Verlaine.
Devant les petits panneaux de l’artiste, on songe irrésistiblement au Colloque sentimental du poète.
Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux formes ont tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, Et l’on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé Deux spectres ont évoqué le passé. (…)

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BIO BIO BIO BIO
Swan Scalabre est née en 1977 dans les Alpes de Haute Provence.
Diplômée des Beaux-Arts de Paris, elle y a étudié cinq ans dans l’atelier d’Annette Messager et Tony Brown. Grâce à une bourse, elle se forme une année de plus à Call Arts, l’école des Beaux-Arts de Los Angeles. Mais elle va enchaîner dans d’autres voies, toujours en lien avec la création, d’abord comme directrice artistique dans la communication et la mode, ensuite dans le cinéma et la télévision.
Aujourd’hui Swan a quitté Paris et vit dans le Gers avec son mari et ses deux filles. Dans la campagne près de Lectoure, elle dispose d’un atelier au calme, entre prairies et forêts.
Rapidement le succès est arrivé, notamment sur la scène internationale, lui offrant une, puis deux galeries. Ce qui lui permet aujourd’hui de pou- voir se consacrer entièrement à son art.

32480 La Romieu

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