SISMIKAZOT

SISMIKAZOT
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Cette présentation des artistes et de leur travail a été publiée dans le livre Artistes Occitanie: les 30 artistes 2022

Cornac (46)
Sismikazot
L’ordinaire version XXL

Le duo Sismikazot travaille sur chaque projet de fresque avec des habitants concernés par le projet. Souvent se retrouvent au centre de la fresque des personnages qui restent anonymes tout en devenant des héros du quotidien. Les street-artistes y rajoutent souvent coulures, graphie ou éléments abstraits, faisant alors basculer le tout dans une version à la charnière entre l’oeuvre-témoignage mûrement documentée et la spontanéité du street-art.

Un grand personnage, adulte ou enfant, de face ou de dos, au repos ou en action. Vu de loin, le personnage est tellement réaliste qu’on pourrait le prendre pour une photo. Mais de petits détails sèment le trouble: d’abord, il est clair que ce n’est pas une publicité: aucune marque, aucun produit à la vente; ensuite, à regarder de plus près, quelques coulures signent l’oeuvre peinte et non la photo; enfin, souvent, quelques mots montrent une démarche qui demande explication. Sur l’une des dernières réalisations montrant un immense bouquet de fleurs en noir et blanc, on peut lire par exemple cette phrase: “LES CARTES POSTALES NE REFLÈTENT PAS NOS VIES”.
Sur une autre fresque, réalisée dans le pays basque, cette simple phrase: “Le pays coule dans mes veines, sa culture, sa langue, cette force à vouloir résister”.
Très importants, ces titres, ces phrases insérées dans l’oeuvre ou ces textes sont issus de témoignages des gens qui ont participé à l’aventure de la fresque en question.
Le personnage lui-même, généralement central, ne suffit jamais à donner le sens de l’oeuvre. Il humanise le travail, il donne une direction artistique à la fresque mais il reste très universel, souvent tiré d’une photo réalisée par le duo lors d’interventions précédentes. Ce n’est qu’en lien avec les écritures, les mots, les phrases, témoignages… que l’ensemble prend un sens, travaillé sur place avec les habitants.

Le choix du visuel ne doit évidemment rien au hasard et le duo explique volontiers sur son site ou sa page Facebook la genèse de chaque projet. Le bouquet de fleurs de Saint-Raphaël, par exemple: “La Côte d’Azur est réputée pour être ‘bling-bling’, l’argent est présent partout… A Saint-Raphaël il y a un seul quartier populaire, et c’est ici que nous avons voulu représenter le plus gros bouquet de fleurs que personne ne pourra jamais s’offrir, ni offrir à quelqu’un. L’argent contribue au bonheur pour certains mais c’est aussi avec les choses simples que nous pouvons y accéder. Nous pouvons aussi voir dans ce bouquet un mélange de plein de fleurs différentes, une cohérence assez anarchique, des vies entassées mais tellement belles’.

Le duo travaille partout où on le demande en proposant à chaque fois un projet sur mesure.
“On n’a jamais démarché quiconque. Les gens nous connaissent, nous appellent. Les rencontres nous amènent à d’autres rencontres. On pose beaucoup de questions aux gens avec qui on travaille. On vient avec des photos prises sur les réalisations précédentes. Si on travaille dans un quartier populaire, on va travailler à partir d’images d’autres quartiers populaires, jamais en tout cas sur un habitant du quartier en question”.
Clairement, si les œuvres intègrent des éléments abstraits, leurs thèmes de prédilection restent la rencontre avec les gens, leurs histoires, la façon dont ils vivent au quotidien le lieu où le duo est amené à intervenir. “La poésie du quotidien”, en somme: “Cela peut aussi être la nature, le paysage, du moment que cela raconte quelque chose”, précise le duo.

Les rencontres peuvent être de tout ordre: “On a travaillé dans des prisons, des Ehpad, des hôpitaux psychiatriques ou des IME. Dans tous ces cas, c’est aussi enrichissant pour eux que pour nous”.
Parfois, le thème imposé est précis, comme ce travail demandé sur une façade de Pessac (Gironde) autour de l’architecte Le Corbusier. Pas question alors pour le duo de représenter l’architecte. Sismikazot choisit un homme vêtu simplement et assis sur un banc, sans doute après sa journée de travail. “Nous voulions un homme d’un certain âge qui a bossé toute sa vie en tant qu’ouvrier. Le Corbusier voulait une accessibilité au logement à tous. C’est aussi un clin d’œil à ça”. Clin d’oeil perçu par ceux avec qui le duo a travaillé, personnage simple et qui parle à tous pour ceux qui passeront devant par la suite.
Les rencontres peuvent aussi intervenir lors de la réalisation de la fresque. En 2020, le duo réalise une fresque monumentale (33 mètres de haut) à Toulouse, quartier Bellefontaine, représentant une jeune femme, “la tête haute” (titre de la fresque), les bras croisés. Quelques semaines avant la réalisation, le duo lance un appel pour permettre à des volontaires d’intégrer l’équipe, comme il le fait régulièrement. Une mère et ses deux enfants s’inscrivent. Et les voilà au milieu de l’équipe à travailler sur cette façade, à l’acrylique, avec des perches, pinceaux, rouleaux et autre matériel que le duo a parfois lui-même fabriqué.
Sismikazot est donc prêt à tenir compte des rencontres du quotidien. En revanche, une chose est claire dès le départ: quel que soit le donneur d’ordre, si le duo accepte, il impose toujours qu’on lui fasse confiance et ne soumet aucune fresque à validation. Qu’à cela ne tienne, les demandes affluent toujours, les commanditaires faisant confiance à leurs travaux déjà réalisés.
Et le confinement n’aura pas cassé la dynamique. Dès le printemps 2021, Sismikazot enchaînait à nouveau les projets. En commençant par un retour aux sources, avec un mur de la bibliothèque de Cahors, dans le département où ils ont encore aujourd’hui leur atelier.

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BIO
Les deux amis Paul et Rémi se sont connus collégiens à Saint-Céré.
Tous deux commencent à faire des graffitis, avant d’unir leur talent en 2012 à Toulouse, alors qu’ils étaient encore étudiants, Paul pour devenir paysagiste, Rémi, ingénieur qualité. SismiK et azot deviennent Sismikazot. Désormais, le duo ne fait plus qu’un.
Aujourd’hui Sismikazot a son atelier à Cornac, non loin de Saint-Céré. L’un des deux vit à Toulouse et l’autre à Pessac, près de Bordeaux.
Quelques oeuvres visibles dans la région (liste non exhaustive):
dans le Lot: Gramat (cinéma), Saint-Céré, dans le village de Ladirat, Souillac (lycée hôtelier), Figeac (collège, mur de l’Astrolabe, lieu multiculturel).
à Toulouse: un pont, une école/cantine, Saint-Laurent, une fresque au quartier du Mirail.
à Nîmes, une fresque réalisée il y a sept ans dans le cadre de l’Expo de ouf, mais qui existe toujours (représente un cheval).

D 140, 46130 - CORNAC

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