REY Paul

Discipline(s)
Céramiste, Dessinateur/trice, Peintre
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Mr. Paul REY
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Inachevé, noir et blanc, textes inversés, humour, figuration, émotion, sous-entendus, carrés, brillance, ironie, voici vingt mots pour ma peinture.

“Un monde foisonnant en perte de repères

Paul Rey aime travailler par série à partir d’objets du quotidien ou de réflexions sociétales: le citron peut l’inspirer autant que les OGM. Ce qui compte, c’est davantage la façon de tirer le maximum d’un sujet en utilisant pour cela toutes les ressources apportées par la technique de la peinture: noir et blanc, reflets, écrits, inversion de l’image, etc. L’oeuvre brise et reconstruit un quotidien aujourd’hui étouffé par un “trop plein” qu’on ne peut suivre.

Ca sent les vacances: l’artiste au volant en bras de chemise, la voiture décapotable, les plantes tropicales et quelques citrons. Résumés ainsi, tous les éléments sont là pour “vendre” une destination, une voiture ou une boisson rafraîchissante. Et la pub semble prête à partir, puisqu’il y a même les repères chromatiques en bas à droite qui valident que tout est OK.
Mais on n’est pas dans une publicité qui se lirait au premier regard, on est dans la peinture de Paul Rey où tout est généralement détourné: dans cette oeuvre, “Je taille ma route”, la végétation tropicale est traitée en noir et blanc, les citrons remplacent les roues des voitures et font donc chauffer le bitume plutôt que de rafraîchir le gosier, le chauffeur a embarqué un long couteau disproportionné pour éventuellement couper le citron-roue de secours, le conducteur lui-même reste concentré dans sa petite voiture élégante mais un peu jouet, d’ailleurs dotée d’un code-barre comme s’il s’agissait d’une miniature Majorette. Et puis le conducteur n’est autre que l’artiste lui-même, qui ne peut donc partir en vacances puisqu’il est en même temps derrière cette toile avec son pinceau.
Comme le jus de son citron, l’image prend alors une tournure un peu plus acide, et l’artiste n’a pas fini de presser le citron pour en extraire jusqu’à la dernière goutte de loufoquerie: “J’avance par séries, plus ou moins longues. La plus importante en volume tourne autour des citrons”.
Le citron, élément central du monde de ce peintre, dessinateur, céramiste installé dans le Tarn, et qui ne peut s’empêcher de partir du quotidien pour prendre immédiatement ses distances avec lui. Pour cela, il détourne tout ce qu’il peut: les codes visuels (ici, les ronds chromatiques, le code-barre), les codes couleurs, mais également le langage, le premier des travestissement, un élément important de quasiment toutes ses oeuvres: “Ce qui semble nous différencier de l’esprit animal des autres espèces, c’est un filtre spécifique, celui du langage qui peut d’ailleurs lui aussi s’envisager comme un reflet que la nature produit d’elle-même via l’une de ses créatures. L’essentiel de ce que nous pensons prend les habits du langage et ce travestissement (si pratique à bien des égards), cette abstraction sémantique, tout en évoquant ce qui existe, nous met à distance de la Réalité Objective. Ce langage fait donc ‘naturellement’ irruption dans ma peinture mais inversé, les pieds au plafond, car ce qu’il voudrait exprimer nous reste inaccessible par lui, sauf peut-être lorsqu’il devient poétique”.
Que veut donc nous dire cet artiste, s’il se méfie de toutes les apparences? Qu’il ne faut pas être dupe, c’est certain, mais qu’il ne faut pas non plus tourner cette pantalonnade du quotidien au tragique: démasquer les faux-semblants est en soi quelque chose de jouissif, puisqu’il débouche sur de la création. Mais c’est aussi évidemment une façon de prendre ses distances avec les excès de la société dans laquelle on vit.
Il est d’ailleurs parfois plus explicite, plus frontal: comme cet homme en sous-vêtement, véritable Dieu doté de huit bras, mais divinité engluée dans le quotidien, dont les bras ne servent qu’à tenir des objets de consommation courante : une poupée Barbie, une bouteille de vin, une machine à laver ou une voiture miniature. Et au milieu, un globe terrestre réduit lui aussi à l’état de jouet… Certes, l’homme tient entre les doigts un gros pétard, et sa vision du quotidien est peut-être aussi troublée par cette fumette. Peu importe: la toile nous montre un monde désordonné ou l’on ne prend pas plus soin de sa planète que des gadgets.
Comme dans la plupart de ses toiles, l’artiste intègre du noir et blanc à la couleur, ou, dans un registre un peu plus large, de l’inachevé à la toile. “La cohabitation – ou mieux, la symbiose – entre la couleur et le noir et blanc était au départ une sorte de challenge, de défi personnel. Ca me semblait à la fois ardu et excitant et je ne voyais pas tellement de plasticiens qui s’étaient attaqués à la question. Ca m’a par ailleurs permis de sortir sans reniement d’une longue période de noir et blanc quasi-exclusif. Quand on arrange sa maison, en général, on ne la rase pas jusqu’aux fondations, on construit en tenant compte de ce qui préexiste. Je conserve par exemple dans mes tableaux une zone seulement crayonnée ou bien où l’apprêt vierge fait surface. J’ai toujours été fasciné par les peintures inachevées des grands maîtres figuratifs, pour les esquisses, les préparations. La juxtaposition de l’inachevé avec des zones de peinture menée à terme m’apparaît comme la consécration de l’artifice’. C’est une fascination primordiale, le lien direct via le vortex de la peinture inachevée à l’émotion qui a dû accompagner la naissance de la figuration au paléolithique”.
L’artiste se presse donc le citron pour en extraire un jus acide, piquant, vif, qui offre un regard sur le monde doublé d’un regard sur les apports spécifiques de la peinture.. “C’est pas croyable tout ce qu’on peut exprimer avec des citrons”, précise Paul Rey qui n’a visiblement pas épuisé le sujet.”
Anne Devailly

« Les 30 Artistes Occitanie »
Présent dans l'édition 2020 ou 2021
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