RAYNAUD Williams

RAYNAUD Williams
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Article paru dans le livre Artistes Occitanie, les 30 artistes 2024

Grenade-sur-Garonne (31)
Williams Raynaud

Renverser le sens des objets du quotidien

Williams Raynaud est passé par le graff, la photo, la peinture… avant de jeter son dévolu sur une borne d’incendie. Mais pas question de la reproduire ou de la customiser: cette fois, l’artiste décide de s’en emparer, pour lui donner des formes qui remettent en cause la nature de l’objet. Histoire d’un artiste qui a mis le feu à la borne d’incendie.

La borne d’incendie a fondu. Un phénomène somme toute logique pour un objet qui est là pour lutter contre les incendies et qui doit bien, un jour ou l’autre, être victime elle-même de ce feu dévastateur. Une nouvelle version de l’arroseur arrosé.
Derrière cette borne et ses nombreuses soeurs jumelles, un artiste qui en a fait son objet fétiche: Williams Raynaud.
Aujourd’hui, il travaille l’objet lui-même: il achète de la terre, commence à imaginer les formes de cette borne qui aurait elle-même fondu au soleil, se renseigne sur les moulages, les matériaux, et se lance: “J’ai changé la base de la borne en ajoutant de la terre, pour lui donner une forme de bougie fondue, puis j’ai fait un moule en silicone, et j’ai ensuite fait un exemplaire en résine chargée de poudre de marbre. Cette technique avait un intérêt majeur: pas besoin de four!”.
Depuis, l’artiste revient sans cesse sur cette première pièce. Il martyrise un peu plus la borne d’incendie, qui est aujourd’hui perforée, ajourée, peinturlurée de manière vive, ou qui se présente dans une résine colorée mais transparente. Les dernières bornes sont encore plus fondues, encore plus dégoulinantes.
Même si l’artiste continue en parallèle la peinture, cette borne d’incendie elle-même victime de la chaleur est devenue sa signature, son œuvre phare.
Depuis, son oeuvre a pris un nouveau tournant.
Après les bouches d’incendie, des gélules démesurées ont fait leur apparition au printemps 2023. Là encore, l’objet est reconnaissable, à sa forme oblong et ses bouts arrondis, mais il a une dimension qui exclut évidemment de l’avaler: 50 cm de haut. En revanche, comme les médicaments, la gélule contient des éléments. Et la première réalisée par l’artiste contre-dit la gélule médicinale de base: si celle-ci est censée renforcer le pouvoir vital de la personne, la gélule de Williams Raynaud contient trois crânes l’un sur l’autre ainsi que de petits champignons. Une gélule symbole de mort, “ou plutôt de l’euthanasie”, précise l’artiste.
Comme la borne devenait l’image du réchauffement, de la sécheresse, le tout bien ancré au sol, la gélule devient l’emblème “de l’industrie, de la vie à la mort”, explique encore Williams Raynaud.
Williams Raynaud, avec des moyens somme toute assez simples, parvient à des oeuvres qui frappent le regard et détournent le sens des objets que l’on connaît.
Mais l’artiste en est arrivé là, par le fruit de rencontres artistiques ou humaines. Au départ, rien ne le destine particulièrement à ce travail iconoclaste.
“Je suis issu du monde du bâtiment. J’ai quitté l’école assez tôt pour partir en apprentissage pour être soudeur, puis on m’a orienté pour être plombier. Je suis resté trois ans en apprentissage, avant de poursuivre dans la même société comme salarié, où j’ai à mon tour formé un apprenti. Puis je suis parti au service militaire, à la Réunion, où j’ai pu former des jeunes de l’île à la plomberie”.
Bref, un parcours cohérent, enrichissant ou chaque acquis lui donne le goût de la transmission.
Mais ce n’est qu’après toutes ces étapes que l’art entre dans sa vie, par un biais un peu détourné: “Quand je suis revenu de la Réunion, j’ai perdu quelqu’un de très cher et j’ai découvert en parallèle l’aérographe: les deux éléments ont été fondamentaux et m’ont permis de prendre un nouveau départ”.
En matière d’art, tout commence donc pour Williams Raynaud par la fascination d’un outil.
L’aérographe et sa capacité à rendre une qualité photographique aux choses représentées. Il se forme tout seul pendant deux ans. “J’ai fait des choses monumentales, et puis j’ai créé une association, l’Air mural, qui existe toujours, mais s’est transformée en centre de formation”.
Cette association permet à Williams Raynaud de signer à l’époque un contrat “emploi jeune”, et voilà qui assure la continuité avec le passé: “Je continuais à transmettre, non plus la plomberie, mais la peinture par aérographe. Et en parallèle, je pouvais développer mon travail personnel”.
C’est la grande époque du tuning, et il customise casques, réservoirs, capots.
Et puis il réalise ses premières toiles: des peintures photoréalistes autour de la féminité, toujours à l’aérographe. Son travail évolue vers des choses plus construites: il oppose des aplats comme les lettres ou des éléments de signalétiques urbaines à des éléments plus spontanés, et des volumes plus affirmés.
Il montre ses toiles à la galerie Fardel à Paris-Plage, intègre la galerie et réalise avec elle quelques belles ventes.
Aujourd’hui, Il réalise toujours des peintures dans cette veine, entre street art et pop’art..
Et puis arrive une oeuvre, 110°, où l’artiste fait coexister sur la toile une femme et une borne incendie, la chaleur-érotisme avec la femme, et la chaleur-danger avec la borne.
Williams Reynaud vend l’oeuvre rapidement, et cherche du coup à prendre en photo de nouvelles bornes pour poursuivre ce travail. Une connaissance de la mairie de Toulouse lui en prête une pour faire des shootings. “Mais en fait, cette borne a déclenché autre chose. La borne est restée plusieurs années dans mon atelier, car le propriétaire ne venait pas la reprendre! Tous mes visiteurs la regardaient, tous cherchaient à voir la dimension artistique dans cet objet”.
Il décide alors de donner réellement une dimension artistique à cet objet. Il lui donne une apparence de borne fondue, il la propose en deux dimensions, il l’habille de couleurs, de slogans, de sujets différentes. Et quand il met une borne incendie revisitée dans la rue…. “les gens sont curieux”.
L’artiste a trouvé son objet en même temps que sa ligne artistique. L’objet est son sujet. Un sujet qu’il creuse jusqu’à en épuiser toutes les possibilités. La borne d’incendie et maintenant la gélule. De quoi revoir les choses du quotidien avec un nouvel oeil.
Anne Devailly

BIO BIO BIO
Williams Raynaud a travaillé dans le secteur de la formation dans les métiers du bâtiment avant de se consacrer à la peinture, puis aux plastiques de manière plus générale.
Commande publique: Fresque à Pechbonnieu, Portrait de Colette Besson.
Fresque à Grenade, Portrait de Jean Dieuzaide, natif de la ville.
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83, Rue de la République 31330 Grenade sur Garonne
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