MASSIP Charlotte

Discipline(s)
Collage, Dessinateur/trice, Graveur
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Mrs. Charlotte MASSIP
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La Vénus dénudée jusqu’à l’os

Charlotte Massip grave, avec une infinie précision, ses sujets, souvent des personnages. Précision toute chirurgicale qui la conduit à entrer dans ses personnages, à les disséquer pour en révéler davantage que ce que l’enveloppe corporelle seule pouvait montrer. Elle y présente alors sa propre mécanique du vivant.

La gravure sur cuivre, technique ancestrale. Charlotte Massip y puise son art et son énergie pour représenter des poissons volants, des montgolfières mais plus encore des corps, des membres, des squelettes, des personnages sur lesquels elle surimpressionne des tissus, des mécaniques, des motifs décoratifs, dans des formats parfois imposants.
La technique est classique mais prétexte à expérimentation, tout comme les thèmes sont classiques mais détournés. Ses oeuvres intègrent clairement les leçons des maîtres du passé, l’anatomie et les autopsies de Vésale, les machines de Leonard de Vinci, le trait de Dürer ou les saintes de Zurbaran, mais elles lorgnent aussi vers les univers des surréalistes, toujours prêts à détourner les images. L’artiste aime d’ailleurs évoquer les travaux de Hans Bellmer, ou, plus près de nous, Fred Deux ou Roland Topor.
De tout cela naîtra un univers nouveau, où l’artiste s’appuie sur le travail des anciens, pour y apporter son regard. Il n’y a finalement pas loin des planches naturalistes anciennes aux questionnements contemporains. Il suffit juste, pour la graveuse qu’est Charlotte Massip, de creuser davantage, au sens propre comme au figuré.

Car d’une manière ou d’une autre, l’artiste n’aime pas rester à la surface des choses: elle peut superposer les traits, les papiers, tracer et retracer sur les premiers motifs, elle peut aussi, à l’inverse, creuser pour révéler les entrailles d’un personnage.
Le plus bel exemple est évidemment cette Vénus dénudée: chez le Titien, elle offre sa nudité; chez Charlotte Massip, cette Vénus gravée sur cuivre offre encore plus: ses entrailles, son squelette, tout en gardant cette pose en repos et ce sourire tout en plaisir.
Dans l’époque marquée par la pandémie, cette approche prend évidemment une nouvelle dimension. “Je suis très inquiète de la façon dont évolue notre démocratie. Je vais essayer, avec la technique de l’insolation d’aller vers des œuvres plus en phase avec la société et donc plus politique, toujours en partant de mon sujet de départ, le corporel”.
Déjà quand elle consacrait une série de gravures aux corps de Saintes Espagnoles, elle laissait entrevoir organes, os, supplices et monstres dévoreurs d’entrailles, comme autant de signes qui racontent la victoire de la souffrance, même derrière une enveloppe de Sainte auréolée de pureté et de beauté.
Souvent, le corps mis à nu laisse apparaître en plus du squelette, des engrenages, des mécanismes, des constructions, comme une volonté d’aller toujours plus loin, de proposer des pistes, de faire des hypothèses, d’imaginer des fonctionnements….
Léonard de Vinci se passionnait autant pour le fonctionnement de l’être humain que pour celui d’une roue à aube ou d’une machine volante. Charlotte Massip, également, sauf qu’elle mélange les deux dans une même oeuvre, faisant du corps une mécanique.
Parfois, au lieu de creuser et d’ouvrir, elle aime aussi ajouter et recouvrir. Elle a alors recours à la technique japonaise du chiné-collé: “On découpe des bouts de papier japonais, qu’on encolle directement sur la plaque en mettant la colle côté qui sera dessus. L’encre qui est sur la plaque va s’imprimer sur le papier”. La technique est différente mais l’intention reste la même: aller au-delà de la seule représentation d’une “enveloppe charnelle”.
C’est ainsi qu’elle revisite des femmes gravées initialement par des artistes allemands: la nudité est là, mais l’habit coloré et gravé intervient comme un voile transparent qui masque autant qu’il révèle.

En 2021, Charlotte Massip s’est équipée d’une presse à domicile, ce qui va lui permettre de travailler ses cuivres entièrement chez elle, et donc de pouvoir pousser encore plus loin ses expérimentations. “Je vais pouvoir superposer les plaques entre elles, à la recherche de la poésie, ou pratiquer le “chiné-collé” pour apporter de la couleur à mes tirages. J’aime la gravure, les deux parties qui coexistent dans la gravure: le travail sur la plaque et le travail au moment de l’impression”. Car dans cette étape, la précision du trait laisse la place aux aléas liés à l’alchimie entre le papier, l’encre, la pression : “pour qu’une création sorte comme je l’aime, il faut de la magie. Je mets beaucoup de choses de côté”.
“En 2021, Charlotte Massip s’est donc retirée en campagne, analyse Georges Rubel, où non seulement elle continue à graver et imprimer des estampes, mais aussi se livre à de nouvelles expérimentations, plus liées au souci d’intégrer l’oeuvre au décor domestique: pratique du “chiné-collé” pour colorier les tirages sur grand format, boîtes lumineuses murales, compositions d’importantes fresques décoratives où son univers se déploie et où l’on reconnaît la persistance de ses thèmes favoris. On songe au grand peintre et designer d’intérieur. Piero Fornasetti (1913-1988) dont le monde intime apparaissait ornementé et agrandi sur les murs d’intérieurs italiens”.

➤➤➤ VERBATIM
“J’aime la gravure, parce qu’elle va dans les détails chercher la vérité. Texture, peau, nervures, fibrilles ou poils me font l’effet d’une frontière fragile et décisive, la dernière avant la descente vertigineuse dans les profondeurs. Puis le squelette devint l’architecture exemplaire du vivant et naturellement le support et le réceptacle organique de mes états d’âme.
J’aime la gravure, parce que ses incisions au scalpel ont quelque chose du geste chirurgical, net, sans retour. La morsure du métal est comme une opération qui commence à la peau et se poursuit dans les obscurités d’encre et de sang de la matière”
Ch. Massip

➤➤➤ BIO
Née en 1971, Charlotte Massip s’est formée à la gravure à l’Ecole Estienne, à Paris, et à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg.
Elle fait ensuite escale aux Baléares où elle va vivre de son dessin pendant dix ans. Elle revient à Paris et se consacre alors à la gravure.
Un an de résidence à la Casa de Velazquez, à Madrid (Académie de France), en 2012-2013.
A exposé dans de nombreuses galeries (Michèle Broutta-Paris XVe, Fürstenberg- Paris VIe, Wégimont en Belgique, Monastère Santa Clara à Séville, l’Orangerie du Sénat été 2014 et juillet 2018 et à la Fondation Taylor en février 2019).

Texte A. Devaillly

Charlotte Massip est prestataire de formation en gravure taille-douce

expo prévue en 2021 :
– juillet à Condom/ Gers dans l’église St Michel
– septembre et octobre dans Art Studio gallery à Liège/Belgique.

Atelier ouvert au public
Oui
« Les 30 Artistes Occitanie »
Présent dans l'édition 2020 ou 2021
Galerie virtuelle