LEVRIER-MUSSAT Alain-Jacques

LEVRIER-MUSSAT Alain-Jacques
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Présentation de l’artiste et de son travail publié dans le livre Artistes Occitanie: les 30 artistes 2022

Poueyferré (Hautes-Pyrénées)
Alain-Jacques Levrier-Mussat

Une quête sans fin
Un jour, l’artiste découvre un pigment qui le fascine par son iridescence. C’est le point de départ d’une quête qui guide ses travaux de plasticien depuis plus de vingt ans. Histoire d’une démarche atypique.

Pendant plus de deux décennies, Alain-Jacques Levrier-Mussat s’est astreint à décliner un carré de lumière, “un carré aux dimensions et à la scripturalité changeante dont la géométrie s’est imposée comme le seul dessin possible”.
A l’origine de cette démarche, la découverte insolite d’un pigment qui a fasciné l’artiste: un aluminosilicate de sodium, une substance qui a remplacé le lapis-lazuli au XIXème siècle. “J’avais vu ce premier pigment dans une usine de pétrochimie près de Lyon. Je l’ai vu alors qu’il y avait beaucoup de lumière juste quand ce pigment sortait de la cuve. Son iridescence était frappante et m’a fasciné”.
L’approche de l’artiste, contrairement aux apparences, est extrêmement pragmatique au départ. Une vision frappante, puis l’artiste qui cherche à comprendre.
“La notion de bleu en tant que couleur ne m’intéresse pas tellement. Je me suis intéressé à un pigment parce qu’il était très iridescent et non parce qu’il était bleu”.
C’est ensuite, quand il va creuser peu à peu ce sillon qu’il a ouvert, que le travail va prendre une dimension plus analytique. Dans un premier temps, il mène donc des recherches un peu aléatoires, avant de vouloir aller plus loin en creusant la thématique de la lumière.
On est donc très loin d’une approche d’un Yves Klein qui lui aussi ne déclinait qu’un bleu, mais avec des références mystiques évidentes à mille lieux des préoccupations d’ Alain-Jacques Levrier-Mussat.
Ce qui intéresse l’artiste, ce sont les caractéristiques intrinsèques de ce pigment comme matière en soi.
“J’ai réfuté toute approche picturale. Je ne voulais pas mettre en scène ce bleu, je ne peins pas un tableau. Je le mélange avec des liants translucides et je l’étire sur des supports translucides et je retire un composé en le grattant pour révèler sa lumière. Je ne veux pas passer par une confrontation picturale, et encore moins par toute sorte de recherche lyrique. Je reproduis infiniment le geste pour reproduire ce carré bleu”.
La démarche est rigoureuse, austère et l’artiste se décrit avant tout comme un plasticien, en donnant à ce mot une dimension quasi-scientifique: cela inclut un protocole de travail, de la recherche. Il y a quelque chose dans cette démarche qui relève d’une approche de laborantin, voulant à la fois s’émerveiller, comprendre, analyser et produire quelque chose.
Une rigueur sans concession qui va jusqu’à l’impossibilité de tout travail d’édition autour de cette quête initiatrice: “Je ne fais pas de livre ou de catalogue car l’iridescence de ce bleu ne franchit pas l’étape de l’impression”.
Il n’est évidemment pas le premier à vouloir trouver du lien entre art et science, et il reconnaît volontiers quelque parenté avec d’illustres prédécesseurs, Frantisek Kupka ou Josef Albers, qui, comme lui, avaient un intérêt à la fois pour la lumière et la géométrie. Mais contrairement à eux, il n’affiche aucun intérêt pour l’ensemble de la palette chromatique. Seul l’intéresse le désir de retrouver une impression rétinienne en restant centré sur le pigment à l’origine de cette quête.
Pendant vingt ans, l’artiste va poursuivre ce travail. Rien de plus, mais rien de moins non plus.
Et puis, peu à peu, il se laisse guider par ses lectures, à la fois dans le champ de l’histoire de l’art et dans celui des sciences. “J’ai fini par accepter l’idée que ce bleu pouvait être approché dans une dimension naturaliste: et si ce bleu était un carré de ciel? En reliant mon intérêt pour ce pigment et pour la géométrie dans la nature, j’ai développé une équation mathématique, comme si ces règles pouvaient contenir l’ensemble des phénomènes naturels. Aujourd’hui, cela guide mon travail de plasticien. Après avoir passé vingt ans de ma vie à faire le ciel, je traduis ce que je devine autour. Je garde toujours un carré bleu dans toutes mes projets d’expositions, ce carré renvoie autant au ciel qu’à une idée de finitude, puisqu’il est contraint dans un espace précis et modeste. Je travaille également sur des plantes géométriques, sur les pyrites, sur les ondes avec des oscilloscopes. Je coupe des cellules au microscope, etc”.
Bref, sous une forme différente de la quête initiale autour d’un pigment industriel, l’artiste est reparti dans une démarche constructive, quasi-obsessionnelle, dans la continuité, mais différente, et couvrant un spectre plus large: la création d’une cosmogonie, un monde qui pourrait être, un monde réduit à sa structure au sens où l’entendait Cézanne.
“Je grave des cellules sur des miroirs noirs, Je travestis la géométrie de la nature, le réalise des sculptures à base d’inclusions et de coulées de résine”. Pour bien affirmer la continuité de son travail, l’artiste dessine également beaucoup à l’encre bleue, fabriquée avec le pigment à l’origine de toute cette histoire.
Avec Alain-Jacques Levrier-Mussat, le temps, lui-même, prend la forme d’une figure géométrique simple et connue de tous: le cercle, la boucle, la continuité et le recommencement.

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Bio
Mène en parallèle une formation à Sciences Po et une aux Beaux-Arts de Grenoble, formation qu’il complète ensuite en histoire de l’art.
Aujourd’hui, l’artiste enseigne l’art, fait des missions avec le Centre d’art contemporain de Tarbes, le Parvis, et se consacre à son travail de plasticien.
L’artiste a travaillé de 1995 à 2000 au musée d’art contemporain de Lyon où il assistait entre autre de grands artistes dans le montage de leurs expositions. Il travaille ainsi avec Sol Lewitt et découvre Wolfgang Laib, artiste, ancien médecin, qui réalise de grands carrés de pollen jaune posés au sol. “Une iridescence folle”.
Alain-Jacques Lévrier-Mussat travaille aujourd’hui en collaboration avec la galerie Wagner (Paris), la galerie La Ligne (Zurich), la galerie Point Rouge de St Rémy de Provence et la galerie 21 de Toulouse.

Commandes publiques. Vitraux pour l’Abbatiale romane de Saint-Savin (2007) & salle capitulaire de l’ Abbaye de l’Escaladieu (2012)

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VERBATIM
Inspiré de prime abord par les formes pures et les jeux d’iridescence, je nourris aussi dans la confidentialité de mon atelier, un intérêt pour les mystères de la science et les croyances lointaines comme par exemple la légende du rituel de l’ornithomancie :
« …Etre attentif à certains signes, comme l’était l’Auspex (devin grec) pointant son bâton vers le ciel, y traçant un carré, et attendant que les oiseaux viennent voler à l’intérieur de ce périmètre virtuel pour interpréter leurs trajectoires… »
Dessiner un carré est un rituel ancestral permettant de circonscrire « un territoire qui ne peut l’être ».
Alain-Jacques Lévrier-Mussat, Juin 2021

65100 Poueyferré

    Galerie d'art de l'artiste

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