HUBERT Anne-Sylvie

HUBERT Anne-Sylvie
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Article paru dans le livre annuel Artistes Occitanie, les 30 artistes (2024)

Ayssènes (12)
Anne-Sylvie Hubert
L’histoire d’une peinture, l’histoire de la peinture

Dans un nouvel environnement – un petit coin perdu sur les hauteurs des raspes du Tarn en Aveyron – et avec de nouveaux supports – de beaux draps anciens -, l’artiste va se trouver lancée dans un travail dont l’ampleur apparaîtra jour après jour: proposer une réflexion de ce que la peinture propose actuellement depuis que l’homme a tracé quelques traits dans une caverne. Une démarche d’envergure.

Anne-Sylvie Hubert a trouvé il y a quelques années un atelier en pleine nature, qui lui apportait un contre-point précieux à l’atelier parisien.
Et depuis qu’elle vient y travailler régulièrement, ses méthodes et ses réalisations ont peu à peu changé, inspirées par le lieu, le silence.
Avant même d’aborder l’aspect pictural, le nouvel environnement a induit un changement d’univers sonore, ce qui est fondamental pour cette artiste qui a longtemps créé des oeuvres abstraites dans son atelier parisien en s’imprégnant de musique contemporaine, qui apporte son lot de rupture et d’imprévu en phase avec sa démarche et son travail. A Vabrette, c’est le silence et les sons de la nature qui créent la mélodie, la rupture et l’écoute.

Ce nouvel environnement entraîne à son tour une évolution dans son travail de peintre: “Depuis que je suis en Aveyron, j’ai retrouvé une certaine force que j’ai connue enfant dans les Ardennes. En 2016-2017, mon travail consistait à superposer principalement des strates qui ne sont pas de même nature): les unes faites de traits réalisés par une gestuelle spontanée, les autres proposant une rythmique géométrique, travail que je réalisais sur des toiles très fines tendues sur des chassis. Il se trouve qu’une amie m’a offert de vieux draps de lin de belles factures à peu près quand j’ai commencé à peindre à la campagne. Je les ai emportés pour les travailler en Aveyron, car je trouvais que la présence tellurique de ce nouvel environnement ne se prêtait pas à travailler sur des toiles blanches, industrielles et neutres”.
Et voilà comment, d’un nouveau lieu, d’un nouvel atelier, du chant des oiseaux et d’un cadeau qui arrive au bon moment va accoucher un tout nouveau travail, une série que l’artiste a appelé Des peaux et des sédiments.
Première phase, d’une évidente simplicité: Anne-Sylvie Hubert étend ces draps dans l’herbe pour les marquer du territoire où elle se trouve désormais.
“Le support de la peinture s’éloigne de la paroi initiale de la grotte, pour se
conjuguer à ces grands draps que je pose à même le sol, en extérieur, recouverts de bois et végétaux. Au fil des jours, par capillarité entre trames et éléments, l’imprégnation se réalise avec douceur, par dépôts aléatoires successifs. Le grand drap absorbe le contexte végétal et climatique qui s’y inscrit comme une langue muette”.
Le geste d’une tombée de toile sur le sol provoque évidemment des plis, du désordre, du hasard, qui se rajoutent à ceux toujours visibles du drap qui avait été un jour parfaitement repassé et plié. (…) Il faudra encore redresser cette toile, la tendre sur le mur, la regarder, la respirer. Je vais avoir besoin de temps avant de sentir la nécessité d’intervenir, de la prendre. Puis le corps agit”.
La peinture peut commencer. Mais dans ces gestes à venir, l’artiste a aussi à cœur d’intégrer tout ce que la peinture a pu ou peut encore proposer: par strates progressives, juxtaposées, elle va inclure “dans la toile la variation des techniques historiques de la peinture”. La toile se peindra sans projet préalable.
En se servant des plis, en superposant les strates, elle peint, plie, utilise, crée des zones enfouies, d’autres remontent à la surface abordant ainsi la peinture en volume, etc. “Je joue avec la figure, qui, une fois en pli, va en modifier sa lecture, changer le rythme. Ce travail me permet d’interroger ce que l’on regarde et voit: proche, lointain? Entier? Fragmenté? Les plis apportent de l’incertitude. Ils cassent le plan et l’image et modifient la force des couleurs”.
Comme dans les triptyques de la Renaissance, la peinture de l’artiste, fragmentée, offre plusieurs visions, et toutes fusionnent sur ce même support.
La démarche est particulièrement limpide dans une grande toile (152 x 118 cm), dominée par une forme rouge vive dans la partie centrale. Toutes les possibilités de la peinture sont là, s’additionnent, se répondent pour proposer une œuvre où l’artiste puise dans le passé le plus lointain pour construire une peinture qui va au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer devant une feuille blanche. il y a là les dessins au charbon (ici, le fusain) comme dans les grottes, les repeints, le glacis blanc qui laisse apparent les choses tout en les voilant, des traits informes et des motifs très précis, comme ces gouttes d’eau peintes avec la précision que seule peut offrir la peinture à l’huile. Et ces gouttes d’eau elles-mêmes viennent en contre-point de ce volume rouge, un pur a-plat, d’une vivacité que cette fois-ci seuls le pigment et l’acrylique rendent possible. Finalement, les différentes techniques sont viscéralement des états physiques et psychiques: “Quand je peins à l’huile, je suis dans la nuance et la lenteur; quand on peint à l’acrylique, je vais davantage vers l’affirmation et la rapidité”.
Chaque élément joue avec les autres, chaque technique est mise en valeur par ce que propose la technique voisine. La spontanéité trouve sa place autant que le souci du détail réaliste. La toile restera libre hors châssis , suspendue présentée pliée ou dépliée, toile nomade.
Bref, chez Anne-Sylvie Hubert, la conscience de ce que la peinture a déjà permis est roborative: certes, beaucoup de choses ont déjà été inventées, mais il ne faut pas en conclure que la messe est dite, que la peinture est morte. Bien au contraire: “Finalement, connaître ce que les artistes ont pu réaliser par le passé me donne une grande liberté”.
Anne Devailly

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BIO
Née en 1957 dans les Ardennes. Vit et travaille à Paris et en Aveyron.
Représentée à Paris par la galerie Olivier Nouvellet.
Diplômée de l’école supérieure des Beaux-Arts de Paris
En même temps que la peinture, Anne-Sylvie Hubert travaille longtemps pour une troupe de théâtre de rue. Cela lui permet de travailler avec des musiciens, architectes, metteurs en scène. Elle réalise des murs peints, parfois avec la participation des habitants, et travaille également avec des architectes en colorimétrie (urgences d’un hôpital pédiatrique, accueil des SDF à Nanterre).
Elle se consacre aujourd’hui pleinement à sa peinture.
Actualité 2024: exposition à la galerie Françoise Besson à Lyon et au Safran à Amiens.
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12430 Ayssènes
Résidence en galerie
Oui

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