HACHEL

HACHEL
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Article publié dans le livre Artistes Occitanie, les 30 artistes 2023, paru en novembre 2022.
Quatrième volume de la série Artistes Occitanie, les 30 artistes de l’année.
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Ouveillan (11)
Hachel
La peau, le parchemin, l’écriture

Dans l’Egypte ancienne, les statues représentant des dieux ou des hommes étaient souvent recouvertes de hiéroglyphes retraçant la vie des personnages représentés.
Dans certains pays d’Afrique noire, les hommes portent souvent scarifications, coiffures ou peintures indiquant leur ethnie, les rites qu’ils ont passé, etc. L’homme et l’écrit sont ainsi intrinsèquement mêlés. L’image donne des éléments que vient compléter le texte ou autres codes, mais l’image s’enrichit aussi de ces signes même si on ne les déchiffre pas.
C’est un peu ce qu’a voulu retrouver Hachel avec sa série Ink-men : une longue série liée à l’écriture, au travail graphique, au papier, mais qui trouve aussi son origine dans son travail de photographe, axé sur le corps de l’homme.
Ink-men, ou des hommes entourés, voire noyés par des écrits, des écrits de toute sorte, de toute graphie, de toute époque. L’image créée par l’artiste est équilibrée, nette, précise, mais derrière se cache une inter- rogation sur cette profusion de signes, qui finissent par caractériser notre quotidien.
Il se trouve que Hachel est né et a grandi en Centre Afrique, et qu’il en a rapporté un univers artistique spécifique où cette imbrication peau-signe était encore signifiante. “Quand je dis que j’ai grandi en Afrique et quand les gens savent que je suis aujourd’hui artiste, souvent on me répond que j’ai d’autant plus de mérite que j’ai vécu dans un univers où l’art, l’histoire de l’art étaient peu présents. Mais ce n’est pas la bonne approche : ce qui m’a beaucoup marqué ces années-là, c’est bien la présence de l’image, mais sous une autre forme que celle que nous connaissons traditionnellement : je n’avais pas la télé, le cinéma, voire les livres, mais en revanche, on était entouré de choses à regarder, à voir, à lire : la peau, l’épiderme, la nuditié, les scarifications, les peintures sur les corps, et le mouvement, la danse, le rythme. Finalement, quand j’ai découvert tout cet univers, je l’ai intégré à un univers plus large qui englobait les rêves, les histoires qu’on avait pu me raconter. Ma réalité africaine suffisait large- ment à me nourrir en images et à me faire voyager ”. Résultat : de retour en Europe, quand il découvre les outils occidentaux, il s’en empare mais les intègre à ce terreau ou tout était déjà présent : les corps, les écrits, les signes.
Cette série Ink-men est emblématique de cette double fusion à laquelle procède l’artiste: fusion des outils à disposition (écrits, signes, corps humains, photos) mais également fusions des cultures africaines et occidentales.
Et au bout du compte (du conte ?), cette série permet de se poser une question majeure aujourd’hui : ou est le signifiant ? Dans une scarification précise ou dans ce flot continu d’images dans lesquels vivent en permanence les Occidentaux ?
Hachel lui-même a contribué à brouiller le message : il a intégré à cette série des lettres, des courriers, des écrits, il a parfois créé sa “bouillasse”, autrement dit sa pâte à papier, faite de morceaux de papiers comportant des traces graphiques, il est allé récupérer des écritures de toute origine.
L’ensemble de la série mélange ainsi la matière (les corps, mais également le papier dans son aspect physique) et les signes qu’ils portent (les signes graphiques, mais aussi les corps dans leur aspect charnel et dans leurs attitudes).
Voilà donc un travail emblématique de cet artiste, qui a souvent recours à des modèles masculins pour incarner différents thèmes, inspirés généralement par le contexte contemporain. Il a ainsi pu donner sa vision de la période vécue par tous dernièrement, l’épidémie de Covid et le confinement qui en a découlé.
Le point de départ est clair et visible sur les photos : de petits virus clairement identifiables se promènent dans l’image, mais les hommes qui les rencontrent ont des réactions contrastées : l’un essaie d’élargir une fenêtre dans lequel il se sent peut-être à l’étroit, indifférent au virus qui l’attend à l’extérieur, pendant que d’autres s’y mettent à plusieurs pour essayer de tuer à la fourche ce maudit virus. Mais l’image semble dire que ces hommes sont eux-mêmes de petits corps étrangers au sein d’un intestin géant. Le combat qu’ils mènent ne résoudra donc pas grand chose.
Derrière tous ces travaux, deux constantes : une imagination sans limite, et un humour sous-jacent qui peut, si on le souhaite, désamorcer les sujets les plus graves. “ C’est vrai que je recherche généralement l’équilibre entre la légèreté et la rudesse, quel que soit le thème. La plupart du temps, j’ai un thème et je vais le décliner dans une série. J’ai des idées de supports, et quand j’y associe le modèle, le corps, j’essaie d’en sortir des choses que la per- sonne m’apporte, qu’elle porte ou que nous faisons émerger ensemble dans le dialogue.
Le modèle est aussi un médium. Je travaille avec lui comme je travaille avec d’autres outils. Le modèle est au départ un outil plastique, puis il devient une icône. Mais tout cela se fait pas à pas: après le choix du modèle, après le dialogue pour trouver une déclinaison du thème qui nous correspond à tous les deux, je fais généralement 250 photos par séance pour en sortir au final 4, 5 ou 6 ”.
Chez cet artiste, chaque création, chaque série, chaque rencontre engendre une idée nouvelle, et l’oeuvre se crée petit à petit dans un flux continu, passant d’un medium à l’autre. Le plus bel exemple est sa rencontre avec le sculpteur Claude Espada : Hachel a réalisé un travail de photos sur les sculptures de l’artiste, pour en- suite repartir sur des peintures inspirées des sculptures et des photos qui en avaient résulté. Suite à cela, il s’est associée avec une chanteuse qui a réalisé des pièces vocales inspirées par l’ensemble de ces oeuvres, les sculptures initiales, les photos et les peintures qui en étaient résultées.
Volume, installation, peinture, photo, un flux continu, une création en engendrant une autre.
Un mouvement permanent.
Anne DEVAILLY

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Né à Bouar, Centre Afrique (99) en 1968.
Etudes d’arts et de philosophie, diplômé des Beaux-Arts de Perpignan, actuellement enseignant en art visuel au Patio des Arts Conservatoire de Narbonne
Travail à mi-chemin entre la peinture, la photographie et parfois l’installation.

11590 Ouveillan

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