ESCAFRE Jean-Philippe

ESCAFRE Jean-Philippe
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Cette présentation de l’artiste et de son travail est parue dans le livre Artistes Occitanie, les 30 artistes 2022

Toulouse
Jean-Philippe Escafre

La chair à nu, humaine ou animale

La chair à nu, la torsion des corps, la vivacité d’un regard. Jean-Philippe Escafre traque les traces de vivant dans les corps : “Je mets l’Homme à l’état d’animal, c’est tout.

Une femme, dessinée avec précision et réalisme aux crayons. Nue, assise à quatre pattes à côté d’un chien. Le chien est à quatre pattes également mais c’est sans doute une précision inutile.
Cette femme, la même ou une autre, apparaît également derrière un troupeau de cochons, toujours nue et à quatre pattes, regardant en arrière pour être sûre qu’aucun prédateur ne menace son troupeau. Dans une de ses expositions récentes, le peintre avait également exposé un cochon pendu, égorgé et prêt à être dépecé, et, sur la cimaise voisine, une femme représentée la tête en bas, sur un même fond rouge sang.
Chez Jean-Philippe Escafre, l’être humain est un animal parmi d’autres, capable de vivre en meute, de protéger ses congénères, voire de s’équiper d’outils (couteaux, haches) pour le faire.
Parfois ils sont tous ensemble sur la toile, parfois l’artiste porte toute son attention à un des êtres vivants, un être humain, mais tout aussi bien le portrait d’un chien ou du cochon.
“Ce qui m’intéresse avant tout, explique l’artiste, c’est le corps, le nu, la figure, notamment la figure humaine. Toute cette série où la femme cohabite avec les animaux porte sur ce que j’ai appelé des Prêtresses modernes. Elles cohabitent avec des corbeaux, des chiens, des cochons, elles les protègent, quitte à utiliser pour cela des outils parfois ancestraux, des haches, des feuilles de boucher, des couteaux”.
Malgré ce mot de “prêtresse”, Jean-Philippe Escafre ne fait pas de la peinture religieuse, ou alors, dans une approche de peintre pétri d’histoire de la peinture: “Je viens de Lourdes, je sais ce qu’est la peinture religieuse, les gisants en peinture sont avant tout un grand travail sur la chair”.
“Je mets l’Homme à l’état d’animal, c’est tout. Mais pour qu’on voie cette parenté, je préfère représenter des femmes que des hommes. Avec les hommes, il y a toujours un côté guerrier qui me gêne; quand je représente une femme au milieu d’une meute de chiens, cela apporte tout de suite quelque chose de plus fragile. La femme peut alors apparaître comme une protectrice”.
Parfois, tout se mélange: l’œil du cochon est le point central de la toile, le plus vif, le plus vivant, le plus humain. Parfois, l’artiste fusionne sous ses traits de crayon la femme et le loup, rendant totalement imbriqués les êtres vivants, quels qu’ils soient.
“Finalement, ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on essaie de cacher. Et aujourd’hui, la société ne rejette pas les mêmes choses que dans les décennies, voire les siècles précédents. Un cochon pendu, une carcasse préparée pour être vendue, tout cela constituait des thèmes de peintures qui ont donné lieu à des chefs d’œuvres (Rembrandt, Soutine). Aujourd’hui, ce sujet peut encore concerner la photo mais guère la peinture”. Pour plusieurs raisons probablement: le côté sans doute un peu repoussant du sujet, mais aussi le fait qu’il ne parle plus guère à personne, la plupart des gens vivant maintenant éloignés d’un monde rural qui finalement inspire très peu les artistes aujourd’hui.
En mettant en avant ce cochon, à l’œil vif, compagnon, mais également voué à finir au clou du boucher, Philippe Escafre force le regard à voir les choses en face.
Par ses origines rurales, l’artiste voit évidemment les choses d’une manière également plus simple: “Ce cochon qu’on vient d’égorger, c’est une nature morte contemporaine, sauf que les gens ne le savent plus. Cela renvoie évidemment à la ruralité, et j’en viens, donc je fais juste ce que font beaucoup d’artistes: s’inspirer de ce qui nous a marqués dans notre enfance. Mais je le fais aussi parce que ce sont des images fortes, des choses qui m’ont autant rebuté que fasciné, que ce soit la tuerie elle-même ou la fête païenne qui est autour. Aujourd’hui, je pense que ces images sont intéressantes à condition de ne pas en fermer l’interprétation. J’essaie de rendre ces images polysémiques, de les amener vers quelque chose de plus universel, vers des interrogations. C’est pour cela que je représente toujours très peu d’éléments de contexte. Je me concentre sur le sujet principal, ce qui le rend en partie intemporel. C’est aussi pour cela que j’avais trouvé judicieux d’exposer ce cochon pendu, et à côté, une femme la tête en bas. Je ne veux pas qu’on dise: je peins le monde paysan. Je peins des scènes qui se ressemblent, malgré la diversité des circonstances”.
De fait, on trouve aussi dans les églises des tableaux classiques représentant la crucifixion de Saint-Pierre, la tête en bas, ce qu’il avait demandé, … “par humilité”.
“Je ne pense pas faire des choses qui relèvent trop de la morbidité, même si, c’est vrai, je n’utilise pas une palette de chair séductrice, j’utilise des couleurs très grises. Le côté vert-bleuté qui ne nous plaît pas nécessairement dans la chair”.
Finalement, plus encore que cette fusion-confrontation homme-animal, ce qui intéresse l’artiste, c’est la tension des corps et des chairs. Et pour approcher ce thème au plus près, il se concentre avant tout sur le modèle, sans ajouter d’éléments de contexte qui inscriraient l’œuvre dans une temporalité ou dans un récit précis. Et il utilise souvent une technique extrêmement classique, celle des trois crayons sur papier coloré (souvent du kraft): noir, sanguine et blanc. Quand il a recours à la peinture, là encore, c’est une approche classique de peinture à l’huile avec glacis, en gardant une palette où dominent les couleurs terres, des ocres, et les couleurs nécessaires au travail sur la carnation de la chair, le rouge comme couleur symbolique. Pas ou très peu de bleu franc, même quand il peint des femmes qui sont debout sur des ciels nuageux, en mouvement.
En revanche, il aime à mélanger les deux, – dessin et peinture- estimant que le dessin ne peut être vu comme une préparation pour une peinture qui serait le vrai aboutissement: “La relation entre le trait et la peinture m’a toujours intéressée. Comment faire cohabiter les deux? Je suis autant peintre que dessinateur. Les deux ont autant de force et d’intérêt. la peinture ne doit pas être là pour couvrir le dessin”.
Jean-Philippe Escafre a un coup de crayon précis, à la recherche du trait qui donnera le mouvement, la torsion à la chair. Mais il ne s’interdit pas non plus d’utiliser des techniques qui laissent place à l’aléatoire, comme ces dessins sur kraft où intervient l’eau de Javel: “Elle accentue la lumière, mais en même temps, elle attaque le papier, elle nettoie, purifie, désinfecte”. Des traînées blanches qui apportent à leur tour une autre dimension au dessin.

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VERBATIM
Je peins la condition humaine, notre mortalité. Je n’invente pas grand chose.

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Bio
Enfance à la campagne études artistiques à Toulouse, doctorat en esthétique
Aujourd’hui, à Toulouse, à la tête de l’atelier L’imagerie, un ancien garage qui héberge à la fois son atelier, des ateliers de pratiques pour tous, et un lieu d’exposition.

Toulouse 311000 Toulouse

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