DUPUY Gilles-Marie

Discipline(s)
Dessinateur/trice, Peintre
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M. Gilles-Marie DUPUY

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Mon Histoire

Présentation de l’artiste et de son travail paru dans le livre Artistes Occitanie, les 30 artistes 2022

Sète/Bretagne
Gilles Dupuy, calligraphe de la mer

Jamais loin de la mer, Gilles-Marie Dupuy a développé un style qui s’en inspire tout en évoluant clairement vers l’abstraction. Aujourd’hui, il décline cette “calligraphie maritime” pour la faire coller davantage à ses deux ports d’attache, le bassin de Thau et les Côtes d’Armor.

En apparence, c’est assez simple de présenter le travail de Gilles-Marie Dupuy. Il suffit de résumer son parcours en quelques mots: sétois, qui fut architecte, puis ostréiculteur, avant de s’adonner entièrement à son art. Les trois éléments principaux de ce résumé forment aujourd’hui les caractéristiques de sa peinture: sétois, il est marqué par la lumière et les couleurs franches; architecte, il aime les lignes, l’ordre, aller à l’essentiel; ostréiculteur, il en garde une passion pour les coquillages.
Voilà donc un résumé synthétique qui dit tout…. sans donner aucune idée précise de son travail.
Car devant une toile de l’artiste, on voit finalement tout autre chose: un fouillis avant de voir l’ordre, des signes abstraits avant de repérer, éventuellement, les coquillages.
Bien souvent, dans ses toiles les plus emblématiques, le peintre part en effet d’une boucle, puis une ligne de boucle, et une autre. Ces lignes, ce graphisme sans fin, remplissent l’espace. Car ce qui intéresse cet ancien ostréiculteur, ce ne sont pas tant les moules ou les huîtres que leur profusion. Et pour rendre compte de cette abondance, il finit par représenter les moules de manière extrêmement schématique, ce qui permet la répétition : chacune d’entre elles n’est plus qu’une forme ovale dans une succession de formes équivalentes, toutes de même taille mais toutes légèrement différentes, lignes qui envahissent la toile comme les coquillages pouvaient sans doute se déverser sans compter sur sa table d’ostréiculteur. Les huîtres, quant à elles, deviennent quelques lignes brisées au sein d’un ovale, qui permet de reconnaître cette coquille, faite de différentes strates.
Si l’artiste en reste là, le ou les coquillages sont alors bien au centre du tableau.
Mais petit à petit, de tout ce bagage, l’artiste a fini par extraire un vocabulaire spécifique, une écriture, qui, par cette répétition quasi-hypnotique du motif, va se détacher du sujet. On bascule dans l’abstraction. L’huître n’est plus qu’une boucle qui pourrait être celle du “e” ou du “l” qu’un écolier répétait sur des lignes de cahier du temps de son enfance.
La boucle est devenue graphisme, calligraphie. “Cela devient aussi un exercice de rigueur dans la réalisation. Il faut être concentré, comme pour un mantra: pour les œuvres les plus graphiques qui déclinent cette boucle de haut en bas, s’il y a un raté, si le feutre bave, la toile est foutue. L’équilibre vient en partie de la régularité. Je me rapproche finalement d’une logique arborigène. Parfois également, j’ai l’impression d’écrire une page de musique”.
A partir de ce motif, l’artiste va ensuite imaginer toutes les déclinaisons possibles: la boucle elle-même peut être simple, peut être ourlée d’un trait foncé qui va faire comme une ombre et lui donner du relief, la faisant de nouveau pencher vers l’objet en volume, et donc le figuratif; elle peut au contraire tapisser la toile qui va ensuite accueillir un autre sujet; elle peut rivaliser pour s’imposer dans les portraits ou autoportraits. Bref, elle est partout.
Gilles-Marie Dupuy travaille finalement un peu comme le faisaient Perec et ses confrères écrivains de l’Oulipo: c’est dans la contrainte que peut jaillir l’étincelle créative. Chez Perec, on se rappelle évidemment de la gageure d’écrire un roman sans la lettre “e” (La disparition). Gilles-Marie Dupuy lui prend d’une certaine manière le contre-pied puisqu’il envahit au contraire sa toile d’une boucle qui peut se voir comme un “e”, mais qui, elle aussi, finit par être une contrainte.
Aujourd’hui qu’il vit à cheval entre deux régions, il fait évoluer son œuvre aussi en fonction de cet environnement: avec la Bretagne sont arrivés les rochers dans la mer et les nuages dans le ciel.
Mais petit à petit, ceux-ci subissent le même traitement que les moules et les huîtres: les nuages deviennent des ovales qui se répètent et emplissent le ciel, voire la mer, se mêlant à des formes plus brutes, qui évoquent davantage la roche, mais on sent que la fusion/confusion n’est pas loin. L’artiste a également peint plusieurs fois la cathédrale imposante de la ville où il réside en Bretagne, Tréguier. L’église apparaît, se détache d’un fond chargé de cette calligraphie de coquillages qui fait la signature de l’artiste. Et les deux finissent par se pénétrer: les boucles ovales envahissent le monument, mais les ronds des vitraux finissent par sortir du monument pour se mêler aux coquillages.
Derrière une écriture semi-automatique, l’artiste reste donc en contact étroit avec son environnement. Aujourd’hui, il souhaite même aller plus loin dans cette voie: “Moi qui fais les navette entre ces deux régions, je voudrais maintenant travailler sur l’influence psychologique et environnementale dans laquelle j’évolue”. Cette influence qui varie entre les deux régions, et qui peut bloquer comme elle peut libérer le geste du peintre.

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Bio
Sétois né en 1948, Gilles-Marie Dupuy vit depuis huit ans entre la Bretagne (Tréguier, Côtes d’Armor) et sa ville natale. Architecte pendant vingt ans à Paris (années 70 et 80), puis il décide un changement radical: il se forme à l’école maritime et devient ostréiculteur sur le bassin de Thau (années 90). Toutes ces années de vie professionnelle, il trouve toujours le temps de peindre.
Le basculement sur une vie entièrement consacrée à la peinture se fait en revanche par la force des choses: après une maladie qui le maintient six mois à l’hôpital, un changement de vie s’impose: il va se consacrer entièrement à la peinture.
Alors qu’il exerce encore comme architecte, il trouve une galerie rue de Miromesnil qiu va le suivre pendant quinze ans.
Aujourd’hui, représenté par la galerie Dock Sud à Sète, et par une galerie parisienne.
L’artiste a aujourd’hui entre autre projet celui de raconter sa très riche histoire familiale, avec des ancêtres entrepreneurs côté paternel et maternel. Côté maternel, des Nantais venus s’installer à Sète pour rechercher une goélette qui avait coulé, et qui ne sont jamais repartis. Ils finissent par s’installer à Sète et crée une entreprise d’emballage qui existe toujours aujourd’hui.
Côté paternel, des maîtres verriers, et des banquiers, dont certains ont créé la banque de Savoie, d’autres la banque éponyme sur le bassin de Thau.

« Les 30 Artistes Occitanie »
Présent dans l'édition 2020 ou 2021
Galerie virtuelle