DELTELL Marcel

DELTELL Marcel
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Article publié dans l’ouvrage Artistes Occitanie, les 30 artistes 2023, paru en novembre 2022.
Quatrième volume de notre collection Artistes Occitanie, les 30 artistes de l’année
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Perpignan
Marcel Deltell
Un univers carnavalesque

Impossible de parler des créatures de Marcel Deltell sans évoquer son parcours qui explique en partie la profondeur de “ ses racines carnavalesques ”. C’est très simple : quand on a fait du théâtre, on aime changer de personnages, et quand en plus, on a été étudiant en 1968, on aime aussi renverser la table…
“ J’ai fait mes études à Tours, où j’ai également été comédien au Centre dramatique de la ville. C’était de 1968 à 1972. Puis je suis passé à autre chose, c’est l’époque qui se prêtait à cela ”.
D’une certaine manière, ce que l’artiste vit dans cette période est déjà d’essence carnavalesque : on bous- cule le quotidien, on inverse les valeurs, l’ imagination est au pouvoir….
Il gardera de ces années le goût pour ces univers où le quotidien est chahuté, et complète ce penchant par des études universitaires, qui vont lui apporter une plus grande compréhension théorique : il fait un DESS sur les fêtes populaires et les carnavals en particulier, qui vont l’amener à parcourir le monde.

Une fois entré dans la vie professionnelle, Marcel Deltell devient directeur de MJC où il met en pratique tous les matériaux engrangés pour son DESS : il crée un carnaval dans la banlieue du Mans, à Arnage, une ville qui doit son nom à une légende que racontent les anciens du village : au Moyen-Age, les villageois auraient décidé de se débarrasser d’une sorcière en la jetant dans la Sarthe. Mais celle-ci a refait surface et les villageois effrayés se sont écriés: “ Ar’nage! ” !!! …
Marcel Deltell ne passe pas à côté de cette histoire farfelue et crée le carnaval de la sorcière qui connaîtra un grand succès pendant plusieurs années.
Parallèlement , il commence à pratiquer la création en amateur. Au départ, des marionnettes ” faites pour mes enfants, ces marionnettes me permettaient de leur raconter des histoires. Une fois créées, elles décoraient les murs. Puis je les ai mises sur socles, j’ai rajouté des bras, des jambes et progressivement je suis passé à des créations plus élaborées”.
L’univers reste toujours proche de cet esprit carnavalesque : des gens heureux, déconnectés du quotidien, prêts à monter dans des roulottes ou des montgolfières avec leurs amis, ou sur des monstres sympathiques aux activités incongrues. Ces créations vont encore évoluer, l’artiste utilise alors du bois flotté et des objets de récupération, puis il intègre d’autres matériaux, du tissu, du métal ou du polystyrène extrudé, qui lui permet d’imaginer toutes les formes possibles, etc.
Des marionnettes, il passera à des êtres vivant des situations foisonnantes. l’artiste reste un raconteur d’histoires. Les thèmes sont récurrents : histoires de rois grotesques, d’amours des premiers jours, de fêtes ou de cirque. Ubu Roi fait partie de la fête de même que les Mille et Une Nuits quand une princesse voilée, allongée sur son tapis volant évoque évidemment Shéhérazade.
Parfois, le personnage fait avancer un dinosaure en lui tendant une carotte au bout d’un bâton, pendant qu’une princesse dort en toute confiance sur le dos d’un dragon…
Quand ils n’utilisent pas des véhicules improbables, ils habitent des petites maisons ou des immeubles ou encore des roulottes voir des montgolfières.
Pendant le confinement, Marcel Deltell se met à travailler le bambou, un matériau qui se révèle en phase avec la période que l’on vit. Avec des roseaux, il confectionne des cabanes ou des habitations plus ou moins précaires, dans laquelle les gens sont souvent peu nombreux, voire seuls, et s’occupent comme ils peuvent: ils se parlent aux fenêtres, ils soignent leurs plantes en pot, ils regardent la lune…
Finalement, Marcel Deltell a réussi à porter un regard doux et positif sur une période aussi anxiogène que le Covid.
Le Carnaval est vraiment une chose à prendre au sérieux.

ENCADRE
Depuis quelques années, ses sculptures ont intégré un autre univers, celui de la création numérique à deux dimensions. L’artiste, qui avoue volontiers ne pas trop maîtriser le numérique, travaille alors avec Edith Zambon qui a pris les œuvres en photo. Ensemble, ils imaginent de nouvelles scènes, en les intégrant dans de nouveaux fonds, en enlevant si besoin les socles ou en déplaçant les personnages. L’univers reste le même, mais les histoires peuvent prendre la tangente, le scénario peut changer.

Anne Devailly

66000 Perpignan

    Galerie d'art de l'artiste

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