CREPIN Jean Noël

CREPIN Jean Noël
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Mon travail est orienté principalement sur la pratique de la peinture et du rapport que j’entretiens avec elle.
Je m’interroge sur la nature du tableau, sur l’aller-retour entre la surface et le fond, entre la réalité et sa représentation, sans parti pris dans le choix des outils, des matériaux, des attitudes, avec distance et humour si possible.
Au travers de l’histoire de la peinture, je tente de mettre en place ce rapport entre la réalité du tableau et l’image qu’il représente et également dans la mesure du possible donner à ma production un caractère énigmatique, incertain.
Dans mes réalisations, la frontière, illusion / réalité est identifiée et matérialisée soit avec un tulle encollé, un voilage translucide, un verre, un transparent …
L’image produite avec le scotch et le transparent, apparaît nette et floue, éloignée et proche, entière ou morcelée, naît de la matière . C’est un collage de peinture proche du simulacre.
Pour les autres travaux en relief sur voilage, même si la peinture est beaucoup plus présente, le décorum n’est pas absent, les tableaux sont montés comme des structures architecturales visibles supportant une surface d’inscription, c’est une mise en scène de la peinture…
Enfin l’ensemble des ces travaux réalisées en scotch et transparent prennent un aspect désuet, résiduel, et fragile.
La peinture est un besoin, entre survie et plaisir, je la côtoie avec beaucoup de curiosité et d’incertitude.
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Article ci-dessous paru dans le cinquième volume de la collection: Artistes Occitanie, les 30 artistes (2024)

Jean-Noël Crepin
Des effacements qui donnent à voir
Jean-Noël Crepin pratique une peinture figurative, mais qui accorde autant d’importance aux manques qu’aux choses représentées. Et ce sont ces espaces vides qui vont attirer le regard pour accorder davantage d’importance au motif qui résiste malgré tout.

Les bâtiments qui virent à la ruine, les peintures qui perdent leur couleur ou les photos jaunies ont toujours eu du charme: les stigmates du temps émeuvent, nous renvoient à notre finitude.
Dans son atelier du Lot, Jean-Noël Crépin joue lui aussi de ses manques, mais il en tire d’autres effets. “J’étais professeur et le scotch en ruban était très utile dans le travail des élèves pour assembler des éléments, explique l’artiste. Peu à peu, j’ai découvert avec surprise toutes ses possibilités”.
Voilà comment les bouteilles en plastique tombent en lambeau tout en restant droites ou comment un angelot en marbre, entraperçu dans une oeuvre de Cézanne devient une sculpture qui ne devrait plus tenir debout: clairement, l’artiste est parti d’une représentation classique de l’objet et est intervenu pour lui donner ses apparences improbables.
Pour mieux comprendre le travail, il est impératif de faire un détour par la technique de l’artiste.
A l’origine de son travail pictural actuel, un travail en relief: des sculptures faites avec du scotch, comme cette paire de chaussures, qui a l’apparence et la fragilité du verre, mais qui est constituée de simples morceaux de transparents reliés par du scotch.
“Et puis je les ai mises à plat”. De la sculpture, l’artiste passe à des œuvres en deux dimensions.
Je dessine et découpe une forme géométrique sur des transparents rigides A4 et je les reproduis un certain nombre de fois pour créer une surface d’inscription, ensuite Je peins à l’acrylique mon sujet sur cette surface reconstituée (Un sujet pris dans l’histoire de l’art ou au gré de mes rencontres).
Une fois la peinture posée, je récupère les transparents, et je les fragmente en suivant le contour des formes ou pas. Je reconstitue le motif et la surface en collant ces fragments de rhodoïds avec du scotch en ruban. L’ensemble de la surface peinte est maintenant couverte en grande partie de scotch, ne laissant que quelques surfaces où la peinture est visible directement. Je passe alors un chiffon enduit d’alcool, qui va effacer la peinture quand le scotch ne la protège pas”.
Voilà comment apparaissent des zones sans pigments. Il ne reste plus qu’à retourner la peinture pour la mettre sur un fond, qui va apparaître dans les zones effacées.
Le fait de retourner l’œuvre est une gageure de plus pour l’artiste: d’abord, cela inverse l’œuvre, ensuite, cela met sous le regard la première touche de peinture, celle qui est sous la couche finale. l’effet produit est plus “illusionniste”: “Il faut que la justesse des tons soit présente dès le premier coup de pinceau! C’est un travail par juxtaposition des éléments”.
Jean-Noël Crépin précise que cette technique le rapproche de Cézanne. Celui-ci racontait que quand il y avait un blanc dans la toile, c’est qu’il n’avait pas trouvé le ton juste à poser.
Jean-Noël Crepin, lui, a peint au départ toute la toile. Ses manques sont donc des ajouts volontaires. Les manques aléatoires donnent des œuvres forcément énigmatiques: pas la peine de chercher la raison d’un manque ici, d’un autre là: c’est un simple coup de chiffon qui en a décidé ainsi.
L’image produite apparaît nette et floue, éloignée et proche, entière ou morcelée. Ce n’est plus une peinture, c’est un assemblage de peinture. “Je m’interroge sur la nature du tableau, sur l’aller-retour entre la surface et le fond, entre la réalité et sa représentation, sans parti pris dans le choix des outils, des matériaux, des attitudes, avec distance et humour si possible”.

Ces effacements sont évidemment en phase avec les références d’un artiste qui a traversé le XXè et s’est intéressé du fait de son activité professionnelle à tous les mouvements qui l’ont traversé, notamment les mouvements des années 70, comme Supports Surface.
“On parlait alors beaucoup du statut de la peinture dans les mouvements d’avant-garde. Faire de la peinture à cette époque était devenu suspect… J’ai essayé de voir ce que je pouvais encore faire malgré tout”.

En travaillant le sujet d’une manière traditionnelle, et en la brutalisant ensuite, Jean-Noël Crépin parvient à une synthèse entre l’attrait pour les atouts de la représentation (composer avec les couleurs, équilibrer les masses, etc) et la volonté d’aller au-delà en trouvant d’autres formes d’expression: ici, la découpe, le transparent, le scotch, la notion d’image.
Au départ, il y a la représentation. A l’arrivée, il reste le tableau.

Jean-Noël Crépin se diversifie, en réalisant également des travaux en relief sur voilage. Dans ces oeuvres, la peinture est beaucoup plus affirmée, moins “bousculée”, mais la distance avec l’oeuvre est toujours là, elle passe juste par d’autres solutions: les tableaux sont montés comme des structures architecturales visibles supportant une surface d’inscription, c’est une mise en scène de la peinture… Parfois, la frontière, illusion/réalité est identifiée et matérialisée avec un tulle encollé, un voilage translucide, un verre, un transparent …
Et quand les choses semblent simples, méfiance. C’est par exemple le cas de ses dessins de feuilles ordinaires que l’artiste a géométrisés et réassemblés. Tout est simple dans cette œuvre au départ: le sujet (des feuilles d’arbres trouvées dans la campagne lotoise), le support (des transparents), l’outil de dessin (le feutre), la géométrie.
Mais par le biais de l’assemblage, du réassemblage, il en sort une œuvre troublante, où la feuille existe, figée de manière permanente dans l’œuvre d’art, même si cette œuvre vise à mettre en valeur la fragilité du sujet. Des sujets qui ont traversé tant bien que mal le temps et qui sont figés maintenant dans cet état, “entre deux” que l’art rend intemporel.
Depuis des années, Jean-Noël Crépin avance ainsi, entre interrogations, recherche, plaisir: “La peinture est un besoin, entre survie et plaisir, je la côtoie avec beaucoup de curiosité et d’incertitude”.
Anne Devailly

BIO BIO BIO
Originaire du Pas-de-Calais.
Beaux-Arts à Lille, puis devient professeur de dessin et choisit d’exercer en Outre-mer, à Mayotte puis Tahiti.
Il s’installe à Cahors en 2010.
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Galerie du Fort Montauban Février 2019

Espace Pt de Vue Lauzerte Aout 2018

Biennal de Graulhet juillet 2017

Galerie du Lion D'or Montcuq juin 2016

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