ACHEZEGAG Farid

ACHEZEGAG Farid
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Présentation de l’artiste à retrouver dans le livre Artistes Occitanie: les 30 artistes 2022

Gratens (31)
Farid Achezegag

Pierre, acier, ciseaux…. Force et vulnérabilité

D’un côté un galet, de l’autre des plaques d’acier. A partir de ces deux éléments, le sculpteur Farid Achezegag fait émerger des créatures aux formes tantôt ouvertes, tantôt fermées, des corps en mouvement, qui jouent sur une utilisation paradoxale des matériaux.

Les deux matières sont dures, solides, et se suffisent a priori à elles-mêmes: le galet est là, dans le lit de la rivière et va rouler un peu avec elle, mais gardera sa forme ronde, polie. Il faudra du temps, beaucoup de temps pour qu’il ne devienne grain de sable. La plaque d’acier, elle, est aussi un défi à la courbure, elle reste un modèle de rigidité et de froideur.
C’est pourtant ces deux éléments que le sculpteur Farid Achezegag s’est mis en tête d’associer, le métal et le minéral.
Il ne cache ni l’un ni l’autre, mais il les assemble pour en sortir de nouvelles possibilités.
“Pierre, papier, ciseaux” devient avec lui “pierre, acier, ciseaux”. Mais comme dans ce jeu, où chaque élément est tour à tour fort et vulnérable, le galet et l’acier jouent un drôle de jeu sous la main du sculpteur, et échangent parfois leur rôle.
Le galet constitue souvent le cœur, la charpente des créatures de l’artiste. Elle est pierre, et sur cette pierre, Farid Achezegag va bâtir sa sculpture, car le sculpteur part toujours de ce que lui inspire au départ un galet ramassé dans la rivière: “La plupart du temps, je trouve un galet qui m’évoque une partie corporelle: un fessier, un abdomen, un mollet. En général, je commence par l’abdomen ou le fessier”.
Après l’inspiration venue de la pierre, vient le temps du dessin. Farid Achezegag dessine, et précise les choses: l’anatomie de la créature apparaît, le mouvement également, deux données fondamentales dans quasiment toutes ses oeuvres. Son dessin vise à renforcer ce qu’il a vu dans le galet, du vivant, des hommes, des créatures mythologiques, des animaux. Mais il n’exclut pas de passer à des travaux abstraits prochainement, inspirés directement par le galet, ou issus de ce travail intermédiaire, crayon à la main.
Mais si la pierre emporte d’emblée le sculpteur vers le vivant, c’est le métal qui vient lui donner l’animation qui va effectivement faire émerger cette dimension : il l’entoure, et transforme ce galet en ventre ou fessier, ajoutant ce qu’il faut pour que la créature prenne vie.
L’artiste utilise des sections de fer plat qu’il découpe au massicot hydraulique, pour le déformer avant de le travailler au marteau. Dans ce cas, tout le travail est fait à froid, et les œuvres ont une caractéristique commune, une apparence de puzzle en trois D. Là encore, un côté qui trompe son monde: les plaques d’acier donnent l’impression d’être posées, comme si elles pouvaient s’enlever et se remettre ailleurs pour atteindre le galet central, à la manière d’un Mécano. “Finalement, ces personnages, ce sont un peu nous, ces êtres qui cherchent tous plus ou moins à se construire une carapace et une identité dans un même geste”, analyse simplement l’artiste.
A d’autres reprises, l’acier se donne des airs élastiques: quand l’artiste choisit d’étirer les plaques en acier au chalumeau. “Mais c’est complexe, surtout quand il est déjà posé sur le galet, car la chaleur peut faire fendre la pierre. Pour le Centaure par exemple, il fallait bien diriger la flamme vers le haut pour que la pierre n’éclate pas”.
Dans son travail, la tension vient donc de cette alliance un peu contre-nature entre un galet rond, mais finalement rigidifié par un carcan de métal, et un acier que l’artiste plie à sa volonté.
Autrement dit, les matériaux sont un peu utilisés à contre-emploi: la rondeur du galet reste au cœur de l’œuvre, mais il faut l’acier pour apporter les courbures nécessaires.
Cela fait une dizaine d’années seulement que l’artiste travaille ce duo galet-acier. Auparavant, il faisait plutôt des œuvres inspirées par l’architecture, mais en 2009, un voyage au Chili change la donne. “j’ai visité ce pays où l’art est partout. J’ai vu notamment le travail de Paolo Valdes qui travaille le bronze et le galet, avec un côté animalier, et cela m’a fasciné. J’ai voulu au retour essayer à mon tour de travailler ces deux matériaux, mais en trouvant ma propre inspiration”.
Formé à la ferronnerie d’art, le sculpteur était équipé pour ce travail de l’acier, mais il a pu aller encore plus loin pour faire exprimer cette légèreté au plus rigide des métaux grâce à sa pratique de constructeur en décors au théâtre du Capitole de Toulouse, où il travaille depuis 2003. “Ce métier m’a permis d’élargir mon champ de travail. Et avec les chefs déco, d’avancer dans mon propre travail de sculpteur. Comme ils voyaient que je sculptais entre midi et deux, certains sont venus m’aider ou me donner des conseils. J’ai découvert comme cela le métier de carcassier pour faire les grands volumes très légers sur lequel on rapporte les vêtements, les cordes à piano, etc”.
Voilà comment le sauteur à la perche s’envole avec légèreté, malgré ses plaques d’acier, comment centaures et minotaures avancent d’un pas alerte.
Si, pris séparément, son usage de la pierre et de l’acier est surprenant, son alliage mène tout droit à un univers de force, de pouvoir.
Et parfois l’artiste dit lui-même le paradoxe qu’il y a à accoupler ses deux matériaux, pierre et acier: dans l’oeuvre intitulée sobrement “us”, l’homme dont l’ossature est cette fois-ci un crâne de mouton, porte lui-même dans ses bras d’acier, des plaques d’acier brutes, avant qu’elles n’aient été transformées pour participer à une oeuvre. Cela pourrait être un auto-portrait: l’artiste imprégné de ses oeuvres mais qui reste néanmoins toujours occupé par le matériau et son prochain devenir.

BIO
Née en 1971
Formé à la ferronnerie d’art ainsi qu’aux métiers artistiques et culturels, constructeur en décors au Théâtre du Capitole (Toulouse) depuis 2003.
Première exposition à Puls’art (Le Mans) en 2019. A l’époque, le sculpteur faisait plutôt des oeuvres inspirées par l’architecture.
Travaille le duo galet-acier seulement depuis 2009, suite à un voyage au Chili.
A réalisé une sculpture pour le promoteur Icade dans une résidence à Toulouse.
Parmi les rencontres d’œuvres qui ont compté, les sculptures d’Ousmane Sow, ou les travaux de Rodin, Giacometti, César.

D 626B 31430 Gratens

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