Le CLAC à Sainte-Énimie (Lozère) : un centre d’art citoyen dans l’ancien monastère

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Le CLAC à Sainte-Énimie : un centre d’art citoyen dans l’ancien monastère

 

Fondé début 2025, le Centre lozérien d’arts et citoyenneté (CLAC) prépare son installation dans l’ancien monastère bénédictin de Sainte-Énimie, en Lozère, inoccupé depuis plus de dix ans. Sa codirectrice Alice Durel, passée par la Collection Lambert à Avignon, détaille pour Artistes Occitanie le projet, le chantier à venir, le modèle citoyen du centre et la saison 2027. Elle s’exprime à la veille de la table ronde organisée ce samedi 7 novembre à la salle des fêtes du village.

Tout commence par un appel à manifestation d’intérêt…

« Je suis codirectrice du CLAC, en binôme avec Margaux Bonopera. On a fondé ensemble ce projet en réponse à un appel à manifestation d’intérêt diffusé par la collectivité Gorges du Tarn Causses. On a proposé un projet de centre d’art citoyen, et on le développe depuis le début de l’année 2025. »

Alice Durel et Margaux Bonopera ©Grégoire D’ablon

Alice Durel s’est formée en école d’art, en histoire de l’art et en design de produits. Elle a travaillé près de huit ans à la Collection Lambert, où elle a monté une micro-école pour enfants en décrochage scolaire.

« Moi, je suis vraiment ce qu’on appelle un couteau suisse. Je m’occupe aujourd’hui de toute la partie administrative, budgétaire, de production, la communication aussi. Et Margaux, elle est la directrice artistique. »

Margaux Bonopera, curatrice associée à la Fondation Van Gogh à Arles, s’est formée à l’École du Louvre et au Royal College of Art de Londres. Le designer industriel Fab Rio, originaire des Cévennes, les accompagne sur l’aménagement.

Pourquoi la Lozère ? Elles y venaient déjà sur leur temps libre, et partagent un constat: « Il faut que les arts visuels se décentralisent des grands centres urbains, pour la raison très simple qu’il y a des artistes partout en France et qu’ils n’ont plus la possibilité de s’installer dans des grands centres urbains qui sont devenus chers, extrêmement concurrentiels. Il faut qu’il y ait aussi des institutions dans des territoires plus reculés, pour visibiliser des artistes du territoire, mais aussi pour donner un aperçu du reste du monde, en ruralité ».

Un monastère du XIIe siècle à rouvrir

« C’est un édifice bénédictin du XIIe siècle. Il y a même certaines ruines qui datent du IXe. Il se trouve sur les hauteurs du village et il est inoccupé depuis plus d’une dizaine d’années. Il n’est plus aux normes pour accueillir du public, et ils ont ce désir très fort, après avoir sondé la population, de rouvrir cet édifice patrimonial. »

CLAC Vue Sainte Enimie 2026 © Grégoire D’ablon

Un cabinet d’architectes en chef des monuments historiques de Rodez a été mandaté, pour un calendrier global du chantier dont les dates phare sont:
2024 : campagne de fouilles, mise hors d’eau de la chapelle, sondage de la population.
Premier trimestre 2027 : phase 1, environ un an, sur les parties hautes (chapelle, accueil, salle capitulaire, deux cours).
2028 : phase 2, sur les parties basses (crypte troglodyte et salle voûtée).

« La salle capitulaire, c’est une espèce de nef romane qui était le réfectoire des moines et qui fait quinze mètres de long, dix mètres de large et bien douze mètres de haut, avec une voûte magnifique. C’est un investissement colossal que la mairie prend à sa charge, et ils font appel à des subventions jusqu’au niveau européen. » La première phase est chiffrée à « un peu plus d’un million » d’euros TTC ; la seconde ne l’est pas encore.

CLAC Ancien Monastère Sainte-Énimie ©Grégoire D’ablon

« Autour du projet d’un centre d’art associatif, où la citoyenneté « a son importance », on a monté une association loi 1901 à la fin de l’année 2025, parce que c’est un modèle très utilisé par les centres d’art en France. C’est un réseau qui compte une cinquantaine d’établissements, dont huit en Occitanie. C’est aussi un modèle extrêmement développé en Lozère. On a monté une association qui répond aux conditions d’un centre d’art classique, mais qui valorise l’aspect humain, le bénévolat, le volontariat et le collectif au sein de la gouvernance. »

« La gouvernance de l’association est à quatre-vingts pour cent composée de personnes habitant à Sainte-Énimie, ce qui n’est pas tout à fait d’usage dans les centres d’art. On a trois professionnels de l’art dans ce conseil d’administration, et le reste sont des retraités ou des actifs du territoire, notamment dans l’environnement. »

L’association compte 150 adhérents, avec une cotisation à prix libre à partir de 5 euros par an. Le CLAC cherche aussi à créer une instance de jeunes. « C’est un territoire vieillissant. Dès qu’ils peuvent, ils partent étudier dans les grands centres urbains. On essaie de rassembler une force jeune pour les décisions, les appels à projets, et pour s’impliquer dans des métiers de l’art qui ne sont pas forcément présents ici ».

Été 2026 : une première saison hors les murs

Sur le thème du « Plan », six artistes (Objets+Paysages, Gaëlle Delort, Yoan Sorin, Bao Qianyi et Lara Dirani) ont présenté des œuvres produites sur place, à la chapelle, à la salle Pouza et dans le village.

CLAC Visite guidée 2026 © Grégoire D’Ablon

« Quatre-vingt-dix pour cent partaient de résidences avec des gens d’ici : des habitants, un centre de vie et d’accueil d’adolescents. En termes de visiteurs, ça se compte par milliers. On a créé un dispositif de signalétique et de médiation autonome, avec des visites plus de deux fois par semaine pendant deux mois, et un journal d’exposition tenu par des artistes. »
Le bilan n’est pas finalisé mais environ 9000 visiteurs ont été reçus en juillet-août, sachant que Sainte-Énimie compte deux cents habitants l’hiver et neuf cents sur la commune en été.

CLAC Visite guidée Expo PLAN Œuvre Objets+Paysages 2026 ©Grégoire D’ablon

La cocréation s’est faite par les artistes eux-mêmes: « Ils ont invité des seniors d’une association qui conserve des costumes d’époque médiévale, collecté des photos d’archives, et peint une très grande fresque du village. En un mois, deux mois, ils connaissaient presque plus les villageois que nous, organisatrices de l’exposition. On apporte un soin particulier à choisir des artistes pour leur capacité à transmettre une pratique et à composer avec des gens du territoire. »

CLAC Vue de l’exposition PLAN _ Œuvres Gaëlle Delort _ Ste Enimie 2026 © Grégoire D’Ablon

Le 7 novembre : une table ronde pour clore la saison

À la salle des fêtes, le CLAC réunit les acteurs culturels lozériens (spectacle vivant, Fab Labs, résidences) et projette un court-métrage.
« L’enjeu principal, c’est de rassembler des partenaires culturels et de leur donner une voix. La proposition culturelle est déjà assez riche ici, mais on n’entend pas forcément les personnes qui les dirigent discuter des enjeux qu’ils rencontrent. On avait hyper envie de donner la parole à ces gens-là, aussi pour comprendre quelle est notre place, et comment ça devra répondre à ce qu’eux ont mis en place parfois depuis des dizaines d’années. »

Le second enjeu est de faire connaître La Périgouse, qui accueille huit adolescents placés par l’aide sociale à l’enfance.
« Des artistes ont fait un film dans ce lieu, qui a été peu diffusé, peu vu. On a décidé avec Margaux de donner un peu de visibilité à ce travail qui est formidable. On projette un court-métrage en seize millimètres fait avec ces jeunes il y a un an et demi. Depuis, on envoie des artistes en atelier là-bas, et certains vont venir en stage l’an prochain. »

CLAC Atelier Lara Dirani avec jeunes La Périgouse 2026 ©Grégoire D’ablon

Pour Alice Durel, installée depuis deux ans de l’autre côté du Causse Méjean, la table ronde est aussi un apprentissage.
« On découvre aussi ce territoire grâce aux invitations qu’on formule. On se voyait très mal arriver dans des locaux neufs sans avoir expérimenté, vécu des choses. »

Soutiens institutionnels et financements

Seule salariée à ce jour, Alice Durel sera rejointe en janvier 2027 par Margaux Bonopera, mise à disposition de son poste. Elle consacre le dernier trimestre à la recherche de fonds : l’État et la région avaient une échéance au 31 octobre, les suivantes tombent le 31 décembre.
« La commune a été très soutenante, déjà par la mise à disposition. Je vous parle depuis le bureau de la mairie, et je peux y venir tous les jours alors que l’édifice n’est pas ouvert. »
Le département et la région « ont vraiment mis la main au portefeuille », mais restent en observation. « Ils se demandent si un tel projet va prendre dans un lieu si reculé. Notre garantie, c’est aussi l’ouverture de cet édifice que tout le monde attend. Il faut qu’on soit à la hauteur de cette attente. »

Le département, propriétaire de l’ancien collège mitoyen fermé il y a deux ans et rénové en 2022, cherche un projet pour l’occuper. La participation de la communauté de communes est encore modeste, mais le CLAC bénéficie aussi de la DRAC, de la Fondation de France, qui l’aidera encore en 2027, et de mécènes privés.

2027 : la saison du « chantier »

« L’année dernière, c’était le mot « plan » : comment on écrit un plan, comment on se repère sur une carte. Cette année, ce sera « Chantier« . On a invité huit artistes dès janvier 2027 si le calendrier le permet. Ces 8 artistes, dont Andrea Gaidano, Sara Mokrani, Martine Dawson, Miquel Matas Ferrer, ont un travail qui se rapproche, de près ou de loin, d’une idée du gros œuvre, de la construction, d’un chantier qui serait émotionnel, d’un chantier sonore ».

Le graphiste Andrea Gaidano, franco-italien qui vit et travaille à Grenoble, doit travailler avec un lycée de Langogne ; la photographe Martine Dawson a reçu une commande documentaire sur les travaux.

Et Alice Durel conclut: « Ce chantier va faire du bruit, il va faire de la poussière, il va tout bouger. On invite les artistes à être attentifs à cette question. »

Extrait de l’entretien réalisé le 6 novembre 2026

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