A Toulouse, pas de solution en vue autour du fonds photo du Château d’eau


Entretien avec Denis Rouillard, président de l’association Pace, la Photographie au Château d’eau.

 

Depuis le 1er janvier, le pôle photographique toulousain est passé en régie municipale, mais le tribunal administratif a reconnu à l’association Pace la propriété du Fonds photographique, soit plus de 5000 tirages et plus de 13 000 ouvrages. L’association a géré la galerie pendant presque quarante ans avant le passage en régie municipale décidée par la ville. Les élus de Toulouse et certains photographes, notamment Philippe Guionie, directeur du programme de Résidence 1+2,  agitent la crainte que l’association puisse désormais choisir de quitter Toulouse, emmenant avec elle un fonds lié à l’histoire de la photographie dans cette ville.


Réponse de Denis Rouillard, qui a d’abord été administrateur, puis trésorier de Pace avant d’en prendre la présidence il y a deux ans.

Quelle est votre mission aujourd’hui?

Denis Rouillard: Aujourd’hui, j’essaie de faire vivre l’association, même si la ville tente une nouvelle démarche auprès du Conseil d’Etat, pour retarder notre possibilité d’utiliser le patrimoine que nous a reconnu le tribunal administratif.

Il faut d’ailleurs préciser que nous ne sommes propriétaires que de 80% du fonds constitué au Château d’eau: de 1974 à 1984, la mairie de Toulouse gérait la galerie et elle reste logiquement propriétaire du fonds constitué pendant cette décennie. Le Tribunal a en revanche estimé que le fonds acquis à partir de 1984 revenait légitimement à l’association, qui était chargée par la ville d’organiser les expositions pendant près de quarante ans.

Et d’après vous, quel est le projet de la mairie?

Il y  a deux choses, ce qu’elle veut faire avec le fonds dont elle dispose et ce qu’elle veut faire avec Pace.
Sur le premier point, il faut rappeler qu’en plus du fonds dont je viens de parler, la famille de Jean Dieuzaide avait fait la donation du fonds industriel de Jean à la ville de Toulouse, soit 600 000 négatifs, pour une valeur achetée à 450 000€. La ville peut donc tout à fait l’exploiter et faire un musée consacré à Jean Dieuzaide dans le Château d’eau, comme elle l’a annoncé. C’est une  excellente idée, mais la propriété du fonds ne l’exonère pas de respecter le règlement des droits de reproduction qu’elle doit à la famille. Je me demande si cela n’achoppe pas sur cette question.

Sur le deuxième point, je ne sais toujours pas pourquoi la mairie cherche à faire disparaître Pace. Les coûts d’un service culturel confié à une association sont évidemment plus faibles que ceux d’une gestion en direct par la mairie.

Quant aux rumeurs qui courent sur le fait qu’on veut partir avec la collection sous le bras, c’est inexact. Mais pour qu’on puisse faire des choses à Toulouse, il faudrait que la mairie le veuille bien. Je tiens d’ailleurs à préciser que nous n’étions pas opposés à une vente partielle du fonds à la mairie, mais ce fonds est évalué à 1,3 millions €, et la mairie proposait une somme nettement inférieure. Nous ne pouvons pas le brader, d’autant plus qu’avec la baisse des subventions municipales dès 2015 et leur disparition en 2020, nous avons des dettes. 

Alors pour l’instant, oui, nous allons organiser des expositions à partir de notre fonds là où on nous accueille et plus si la mairie nous rejette. La ville de Mazamet nous a proposé de venir monter une exposition, nous allons donc le faire, nous avons également un projet dans le Lot et un autre dans les Hautes-Pyrénées. Il me semble que cela apporte de la notoriété à ce fonds sans lui enlever ses attaches toulousaines.