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En réponse à une tribune, le collectif Art En Grève Occitanie affirme en priorité son soutien aux artistes, avant les structures


Ces derniers jours a circulé sur les réseaux sociaux et dans les milieux artistiques régionaux une tribune: “Soutenons les artistes contemporains”.

Cette tribune a fait réagir le collectif Art En Grève Occitanie.

Créé le 5 Décembre 2019, à la faveur du mouvement contre la réforme des retraites et dans le sillage d’Art En Grève, AEGO, Art En Grève Occitanie réunit, au niveau régional, 1200 artistes et travailleurs de la sphère artistique régionale.

Art En Grève Occitanie est resté perplexe devant la nouvelle tribune, estimant qu’elle signe sa provenance (les institutions artistiques officielles) en donnant “la priorité au soutien aux structures plutôt qu’aux artistes, d’ailleurs la revendication au sujet d’une amélioration du statut d’artistes auteur.ice.s n’arrive qu’en cinquième position“.


D’où la rédaction d’un droit de réponse que voici (les parties soulignées en gras le sont par Artistes Occitanie).

DROIT DE REPONSE A LA TRIBUNE SOUTENONS LES ARTISTES CONTEMPORAINS
Le 29 janvier, une Tribune a été publiée en ligne, intitulée « Le monde de l’Art se mobilise : soutenons les artistes contemporains » cosignée par les structures labellisées, Musées, FRAC et leurs réseaux respectifs.
Art En Greve Occitanie remercie de leur sollicitude tous les acteurs du monde de l’art pour leur soutien. Cependant, nous craignons qu’il y ait un malentendu. Nous nous étonnons que la question du statut de l’artiste n’y soit abordée qu’en avant-dernière position, bien après la revendication d’une augmentation des budgets d’acquisition des Fonds Régionaux d’Art Contemporain. L’expérience nous a montré que nous pouvions douter d’un possible ruissellement. Vous savez et nous savons pertinemment qu’il ne profitera qu’à très peu d’entre nous. Or nous pensons que la meilleure façon de défendre les artistes contemporains serait de faire de la lutte contre leur précarité un préalable à toute autre revendication.
Le mythe de l’artiste auto-entrepreneur a montré ses limites. Nous observons qu’il ne convient pas à tout le monde. Certain·e·s peuvent s’y adapter un temps, mais la plupart d’entre nous en sont revenu·e·s. En  s’accommodant de l’absence d’un statut digne de ce nom, susceptible de s’appliquer à tous les artistes, le système actuel détruit des œuvres et des vies.

Ce qui choque nombre d’entre nous, c’est que vous affichiez un soutien à notre endroit, en captant l’attention et l’empathie des signataires au profit de vos structures. Dans la crise actuelle, les structures sont notablement moins impactées que les artistes et l’on peut ici regretter que la liste des revendications qui justifient cette tribune passe sous silence, par exemple, le soutien nécessaire aux ateliers communs et autres collectifs, au cœur de notre activité. Alors que nous sommes touché·e·s de plein fouet par la crise, nos lieux de production se trouvent menacés à leur tour, à l’instar de Mix’Art Myrys, à Toulouse.
L’existence collective des artistes est un fait nouveau à prendre en considération. Chez nous, tout le monde est quelqu’un, même si nous avons su mettre nos egos en sourdine, abandonnant comme de vieux oripeaux ces vieilles chapelles de l’art, qui ne reproduisent plus qu’un entre-soi dévitalisé. Sans dogmatisme, attaché·e·s à l’expérimentation, nous sommes toutes et tous à l’école de nos pratiques et souhaitons pouvoir nous reconnaitre enfin dans une vision de l’art qui soit autre chose que l’expression douloureuse des logiques d’exclusion et des préjugés de classe qui la sous-tendent.
Les choses changent. Nous sommes déterminé·e·s à défendre nos intérêts en particulier en ce qui concerne les droits d’exposition avec un barème de rémunération proportionnel au budget des structures. Cela doit faire l’objet de négociations dans lesquelles les artistes soient représenté·e·s et non désign·é·e·s en vertu d’accointances qui nous sont étrangères.
Nous sommes là pour rappeler que le monde des artistes est protéiforme et à moins de s’inscrire dans une logique de darwinisme libéral, toutes et tous sont légitimes, non pas quelques-un·e·s. Quand nous réclamons un statut, nous souhaitons qu’il puisse s’appliquer à chacun·e d’entre nous, sans exception. Face à la crise sanitaire, il n’est par exemple pas normal que les aides accordées par l’Etat ne s’appliquent qu’à 2% d’entre nous. Compte tenu des circonstances, nous sommes enclins à penser qu’elles ne bénéficient malheureusement pas à celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Il y a une communauté d’intérêts qui doit nous rapprocher, à condition bien sûr que chacun·e soit dignement pris·e en compte. Artistes, travailleu·r·se·s de l’art et structures (lieux de production, de diffusion et de transmission de l’art), nous devrions confronter nos impatiences, les additionner plutôt que les soustraire. Le « monde de l’art » et celui des artistes ne sont pas éloignés au point de pouvoir s’ignorer ou se combattre. Leurs destins sont aujourd’hui liés. Mais si la lutte est commune, elle commence nécessairement par l’amélioration des conditions de vie des artistes et des travailleu·r·se·s de l’art.
Comme l’a démontré notre action aux Abattoirs le 24 Janvier 2020, les artistes sont aussi le public. Ils·elles soutiennent de leur présence l’activité des lieux, que ceux-ci les programment ou non.
Art en grève Occitanie, le 4 Février 2021



 

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