Le dialogue prend de l’ampleur à Montpellier autour du MoCo

 

Cour de l’Hôtel des Collections, Montpellier


La pétition visant à soutenir le Mo.Co et son directeur  Nicolas Bourriaud à Montpellier a rassemblé 1300 signatures à ce jour, et a servi à ouvrir la “boîte de Pandore” de la place de l’art contemporain dans une ville comme Montpellier.

Le Mo.Co est un acronyme pour MOntpellier COntemporain et réunit au sein d’un établissement public de coopération culturelle trois structures : un Hôtel des collections (ouvert en juin 2019), un centre d’art et l’Ecole des beaux-arts.

Le débat est pour l’instant éparpillé sur différents sites ou réseaux sociaux.

La pétition analyse tout ce que le MoCo et la présence d’une personnalité aussi forte que Nicolas Bourriaud en matière d’art contemporain apporte à la ville de Montpellier.

D’autres échanges également intéressants se trouvent davantage éparpillés sur différentes pages de différents réseaux sociaux et reviennent sur la pertinence du MoCo, mais aussi sur les propositions du maire Michaël Delafosse et de sa suggestion de faire davantage de place au street-art.

D’où l’idée de vous proposer une petite synthèse de ce qu’on peut y trouver.

  • Patrice Barthès, artiste, danseur et plasticien à Montpellier

On ne construit pas un projet contre les artistes ou plutôt contre une partie des artistes et de leurs soutiens que sont les galeries. Constat : Il y a à Montpellier une forte pression exercée par un collectif de galeries qui ont le mérite de s’être associées pour défendre une parole commune (que l’on n’entend guère) mais qui mettent en œuvre, au moins une fois par an pour le Drawing Room, une organisation collective tout à fait remarquable. Ce collectif est devenu l’interlocuteur quasi exclusif de Nicolas Bourriaud. Ces galeries sont dirigées pour la plupart par des enseignants ou ex-enseignants de l’Ecole des Beaux arts ou par des personnes qui ont des liens familiaux à des décideurs institutionnels. (…) Ils partagent ainsi l’essentiel des moyens laissant aux autres que des miettes insuffisantes à la survie. (…) Pour le directeur du MoCo, cette association est du pain béni. En travaillant avec elle, il a la sensation de s’adresser à tous les interlocuteurs de La Ville. (…)
Je me sens personnellement et esthétiquement voisin de ce qui est actuellement défendu par le Moco, ce n’est pas là le problème. Le problème c’est l’absence de considération”.

  • Gérard Mayen, journaliste, auteur

(…) J’ai de grosses réserves sur le projet Mo.Co – la vision start-up de l’art adossé au marché de la collection privée, quoique nourri à donf d’argent public. Cependant, je reconnais le niveau remarquable, irréprochable, des expos montrées jusqu’à ce jour, porteuses d’un vrai ancrage – au moins des regards – en ville.
Intuitivement, il me semble que ce serait mieux que cela puisse encore se développer sur le temps nécessaire.
(…) Il se trouve que je me suis engagé, dans les mois passés, dans un reportage pour élaborer, sur le fond, une analyse critique du projet Mo.Co.. Et là, je dois témoigner que tous les interlocuteurs qui ont bien voulu me parler ont requis la condition de l’anonymat, en craignant des retombées. Il m’a semblé hallucinant que les questions de l’art aient à se débattre sous le sceau de la trouille et du secret… Cela dit quelque chose, quand même, des enjeux et des fonctionnements de pouvoir dans cette ville et ce milieu“.

  • Yann Dumoget, plasticien

“Est-ce qu’il faut du street art… Pour moi, la politique sétoise de faire appel, pour des œuvres in situ, dans la ville, à de grands noms de l’art urbain est largement la plus intéressante et elle permet un parcours dans la ville, des œuvres de grande taille et le tout, non seulement gratuit, mais qui vient à vous, même quand vous n’osez pas franchir les portes d’un lieu d’art. Le white cube pour le “street” art, c’est déjà un gros contre-sens de mon point de vue. Ensuite, j’ai l’impression que ce mouvement est plutôt à la fin de sa vie et que ce qu’on voit est souvent plus de la décoration de mur gentillette et institutionnelle que du graffiti, mais ça c’est personnel”.

  • Sonia Bazantay Cherubino

Je crois que beaucoup n’ont pas réellement lu la lettre, c’est une lettre ouverte au départ. Elle constitue un soutien à un projet (hors politiques) qui se veut une ouverture, promouvant la scène artistique montpelliéraine à l’extérieur justement. Ce projet donnant une visibilité à Montpellier nous promouvait tous! Tout en nous nourrissant de conférences, d’expositions d’exceptions… pour ma part je ne travaille pas avec le MOCO mais celui-ci m’a nourrie et donné courage. Avant ça je suis désolée mais la majorité des expos j’allais les voir à Paris…”

  • Ben Borthwick

MO.C.O. est une projection importante de Montpellier sur la scène internationale et elle a retenu l’attention des artistes et des publics culturels du monde entier pour son approche exceptionnelle et révolutionnaire par une équipe de conservateurs très respectée. Je boycotterai la ville si cet excès complètement inapproprié d’un politicien local dans la sphère culturelle est autorisé à se produire. (…) Permettre à Montpellier d’être célébrée internationalement comme un lieu où les idées peuvent s’exprimer librement au lieu d’être considérées comme une ville de province arriérée où la liberté d’expression n’est autorisée que si elle correspond aux opinions politiques des maires”.

 

NOTA BENE:
Pour être transparente, en tant que rédactrice en chef d’Artistes Occitanie, je signale aux lecteurs qu’étant également correspondante du Monde pour l’Hérault et le Gard, j’ai traité le sujet dans ce quotidien national. Je ne le mets pas en ligne sur Artistes Occitanie, pour une raison toute simple, qui est le choix du Monde: il est réservé aux abonnés sur le site du quotidien.
Anne Devailly