Dans le Lot, décès de Jean-Marie Massou, figure de l’art brut

Jean-Marie Massou, sur la couverture de son album. crédit: Vert Pituite La Belle

 

Un personnage singulier vient de disparaître à l’âge de 70 ans dans le Lot: Jean-Marie Massou, un homme qui a vécu 45 ans dans la forêt de Marminiac, où il a réalisé seul des souterrains, des puits, un gouffre, une pyramide, le tout assorti de gravures dans un travail titanesque peu connu.

Il a été enterré le 3 juin au cimetière de Marminiac.

L’homme était une figure de l’art brut, défini dans son sens le plus strict. (voir encadré en fin d’article)

En 2017, le journaliste Stéphane Deschamps avait rencontré ce personnage singulier pour un reportage publié par les Inrockuptibles. Pour le journaliste, “le désastre écologique, la surpopulation, la nécessité pour les humains d’arrêter de se reproduire, voire pour les femmes de ne plus avoir d’organes sexuels, et le soleil qui va péter : tout cela turbine sans relâche dans la grosse caboche de Jean-Marie Massou”.

Analphabète, Massou vivait grâce à l’allocation adulte handicapé (AHH) en forêt, dans une ancienne ferme dévorée par la végétation, mais dotée d’électricité.
Il pensait être sur terre pour assurer une mission: alerter le reste du monde sur le désastre qui se prépare, éventuellement écouter les extraterrestres et chercher le salut, quitte à creuser pour cela des kilomètres de souterrains.

Au départ, l’homme était passionné par les pierres qu’il rapportait de partout avec son tracteur, puis il était passé à une autre échelle. A l’arrivée, un gouffre, des souterrains donc, mais également des pierres gravées, des collages, ou des histoires qu’il enregistrait sur cassettes.

Le premier article sur lui, dans Le Nouvel Observateur, date de 1984. En 2010, le réalisateur Antoine Boutet lui consacre un documentaire. En 2016, il sort un album, Sodorome, compilation d’histoires et de complaintes chantées dans la citerne derrière sa maison.

L’artiste laisse derrière lui une forêt digne d’un morceau de gruyère, avec cavités et galeries souterraines, nombreuses, pas toujours bien étayées, pas toujours terminées ni toujours bien identifiées. La maire nouvellement élue du village, Rachel French, a d’ailleurs expliqué que sa première préoccupation était l’interdiction absolue des lieux pour éviter toute catastrophe. Viendra ensuite la réflexion pour savoir comment préserver, voire valoriser l’oeuvre de l’artiste.

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Qu’est-ce que l’art brut?


Réponse du collectionneur gardois Alain Bouillet, dans un entretien avec Anne Devailly et Mathilde Villemejeanne, Art dans l’Air, 2015

“Il est difficile de définir de manière précise ce qu’est l’Art brut et certainement plus simple de dire ce qu’il n’est pas”.
“Ce sont des productions (dessins, sculptures, assemblages, broderies, etc) réalisées par des personnes obscures, qui demeurent hors du monde de l’Art. Des ouvrages qui ne nous sont pas adressés, mais faits à l’usage spécifique de leurs auteurs, sans intention de montrer et encore moins de vendre. Et qui, pour eux, répondent à une nécessité existentielle. Il s’agit toujours, plus ou moins, d’une question de survie psychique. Ces auteurs sont souvent extrêmement fragiles, et ne peuvent être rapprochés qu’avec le respect d’une éthique sans faille”