Florac, 48

NATHALIE MASSENET

 

Une nature puissante et fragile comme du verre

 

Dans son atelier lozérien, Nathalie Massenet-Dollfus associe différents matériaux pour donner sa vision de la nature. Solide comme une pierre, fragile comme un filament de verre. Une nature qui doit autant aux terres qui l’entourent qu’à son imagination.

Nathalie Massenet habite en Lozère et aime le milieu qui l’environne: elle y trouve des pierres, couvertes ou non de lichen, des insectes, des ailes de papillon, des branches de buis, etc.

Tous prennent ensuite le chemin de l’atelier, et certains seront le point de départ de nouvelles oeuvres de l’artiste. Des oeuvres ancrées dans la nature au sens propre mais qui visent avant tout à enrichir l’univers personnel de l’artiste.

Car Nathalie Massenet invente son propre monde, et le contact direct avec la nature n’est qu’un des éléments qui peut déclencher sa création: “Je ramasse beaucoup de choses mais je regarde aussi beaucoup d’images d’histoire naturelle,  des représentations anciennes ou contemporaines à des échelles variées. Les deux peuvent me donner des idées. Chaque objet est le lieu d’un dialogue entre les matières, les formes, les couleurs, une évocation et un hommage à la nature”.

L’exemple le plus simple est le carabe qui semble faire le tour d’un fruit qui pourrait ressembler à une cabosse de cacao: “J’ai trouvé le carabe, et j’ai imaginé ensuite sur quoi il pourrait se poser. C’est le recueil d’estampes d’Utamaro : le livre des insectes, qui m’a inspiré, chaque image associant un insecte et une plante”.

L’animal est donc bien réel, le végétal auquel l’artiste l’associe sort tout droit de son imagination.
“L’ensemble de mon travail porte sur la fragilité et l’équilibre, la fragilité de cette nature dont l’équilibre est sans cesse menacé”.

Et pour rendre compte de cette fragilité et malgré tout de cette force, rien de mieux qu’un matériau, le verre. “Le verre évoque la fragilité, même si bien souvent, c’est plus cérébral que visuel”.

Le verre que l’artiste associe aux pierres, aux insectes, aux branches de buis, parfois dans un faux-semblant de fragilité, comme cet arbre, fait d’une branche qui a l’air frêle et de fruits réalisés dans un verre soufflé dont l’épaisseur n’est guère plus qu’une fine membrane. “Ce n’est pas n’importe quelle branche: elle peut être très fine parce que c’est du buis, une espèce extrêmement résistante”.

Parfois, l’artiste décale l’illusion: il ne s’agit plus de se croire directement dans la nature mais davantage dans un cabinet de curiosité digne d’un naturaliste du XVIIIè. C’est le cas de sa “collection”, qui se présente comme un casier rempli de coquillages ou plumes d’oiseaux tels qu’on pouvait les trouver chez Buffon et ses collègues.

Cette collection présente des petites pièces qui évoquent toutes feuilles, fleurs, épines. Mais à y regarder de près, cette fois-ci, aucun élément naturel ne vient lier l’ensemble à la nature. Il ne s’agit que de simulacres de verre tout droit sorti de l’imagination de l’artiste. Et c’est l’ensemble, plus que chaque élément en détail, qui donne lieu à un faux-semblant.

Pour parvenir à faire de grandes pièces comme ces petits éléments minuscules, Nathalie Massenet-Dollfus travaille le verre soufflé à la canne et le verre à la flamme (techniques à chaud- ainsi que la gravure à froid. Et elle continue en allant de l’un à l’autre, à créer des objets sculptures constitués le plus souvent d’un assemblage de divers matériaux.

Le verre soufflé, puis gravé ou non, permet de jouer sur les transparences et les opacités. Il peut avoir une couleur uniforme ou emplie de nuances. Il peut évoquer la rigidité et la solidité, comme il peut s’avérer fragile comme une brindille.
Bref, il permet une quantité infinie de combinaisons qui intéressent l’artiste pour créer un nouveau regard sur la nature.

De la nature, reconstituée, figée, réinventée, toujours fragile, mais rendue intemporelle pour traverser les saisons.

Les temps du travail

L’association des différents matériaux génère des rythmes de travail variés:

    • le soufflage du verre à chaud demande une attention constante à  ne jamais relâcher tant que la pièce est en cours. Cela nécessite une grande justesse du geste, effectué avec rapidité. C’est un moment intense de concentration.
    • Le modelage de la porcelaine est une aventure au long cours: pour les objets que je réalise, c’est souvent le même geste répété pendant plusieurs heures, piquage, collage de petits éléments. C’est le moment de la patience et du temps long.
    • Les récoltes d’éléments comme le buis, les lianes, les graines sont l’occasion de promenades, de repérages, d’une immersion dans la nature. C’est le moment du calme et du silence.
    • Puis vient le temps de l’assemblage, précis et minutieux, qui cherche à donner corps et cohérence aux objets, pour évoquer la force et la fragilité de la nature”.

Biographie

Naissance à Paris
Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage, à Versailles.
Pendant dix ans, elle fabrique des plans reliefs de paysages pour différentes communes ou musées à Paris.
Installation en Lozère, il y a vingt ans.
Se forme aux techniques de la céramique et du verre.

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