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A Montpellier, le Moco présente « les non-conformistes », ou la création des artistes russes entre 1960 et 2000


Pour sa deuxième exposition, le MOCO Hôtel des collections présente un panorama de la création artistique dans un contexte bien particulier: celui de la Russie dans les années 1960-2000, à travers une sélection de 130 oeuvres provenant de la Galerie Nationale Tretiakov, le musée d’art russe de Moscou. 

A l’origine de cette collection constituée entre 1983 et 2008 (qui comprend au total près de 5000 oeuvres de 200 artistes), un  homme qui s’est battu pendant près de vingt ans pour faire reconnaître la création artistique de son pays, Andreï Erofeev. Une sélection de cette collection a finalement intégré la Galerie Nationale Tretiakov. 

Nicolas Bourriaud, directeur général du MoCo, et Andreï Erofeev.

Montpellier présente donc 130 oeuvres de cette collection, peintures, installations, sculptures et photographies d’une cinquantaine d’artistes qui composent un parcours chronologique des différents courants de l’art « non-conformiste » en U.R.S.S, puis en Russie. L’ensemble permet d’appréhender les relations parfois complexes entre artistes, art officiel de l’époque soviétique et institutions. 

Andrei Erofeev, qui fait visiter lui-même cette exposition, précise immédiatement: “Ne vous attendez pas à voir l’art russe d’aujourd’hui. Les vingt dernières années ont créé une véritable distance historique avec les années précédentes”.

Cette collection a été constituée en pleine période soviétique: il s’agissait de faire accepter et reconnaître la valeur d’un art destiné à faire tomber le régime. Cet art a d’une certaine manière précipité les choses menant à la chute du régime soviétique… qui n’avait donc pas tort d’avoir peur de toutes les formes artistiques, pas seulement l’activisme ou l’art politique: comme pratiquement tout était interdit, les artistes étaient de toute façon poussés vers la transgression des normes ou des valeurs. Et finalement comme tout était à l’époque idéologie et politique, certains artistes n’avaient paradoxalement qu’un seul but: dépolitiser l’art. Ma collection, et cette exposition, commence volontairement avec ces sculpteurs qui ne voulaient plus travailler pour des commandes officielles”.

Nikolai Silis, Projet pourun monument, 1959

L’art offrait aussi aux artistes la possibilité de s’évader, dans une société qui isole et enferme, mais il permettait aussi de se confronter au réel sans chercher à le détourner, comme ces artistes qui mettent en avant “la culture des objets poussiéreux”, ou comme les pop-artistes qui, travaillant dans un pays du manque et pas dans un pays de la société de consommation, sont obligés d’inventer des objets ou de partir d’autre choses que les formes publicitaires à la Andy Warhol. “Le Pop-art russe trouve davantage son inspiration dans les objets idéologiques que dans les objets commerciaux”, précise encore le commissaire.

Parfois la pénurie et l’indigence des moyens mènent à des trouvailles impossibles ailleurs, comme cet artiste qui revisite une exposition que Kasimir Malevitch avait organisée en 1915, à partir de pain noir et de quelques jambons et saucisses. “Ici, on est à l’intersection de l’histoire de l’art russe et de l’art actuel de Wim Delvoye”, estime le commissaire.

Une intersection qui montre que ces artistes qui “avaient l’ambition de s’incorporer dans le processus artistique international » y ont réussi, avec leurs propres moyens.

A.D.

 

Sergueï Volkov, Maquettes poussiéreuses, 1994.
Vladimir Sorokine, Sur la couverture, 1990.
Alexander Kosolapov, Lenin-Coca-Cola, 1980. Oeuvre de 2007.
Gnezdo, Iron curtain, 1976

 

Sergueï Mironenko, La famille GOldobin, 1983

Andreï Erofeev, un parcours mouvementé
Historien de l’art, Andreï Erofeev a consacré sa vie à l’art non-conformiste. Dès les années 80, il constitue une collection d’oeuvres d’artistes qu’il côtoyait, non-reconnus et pourtant essentiels dans l’histoire de l’art en train de se construire dans son pays.
Avec la Perestroika, le gouvernement offre à Andreï Erofeev la possibilité de rassembler des oeuvres dans un palais à la périphérie de Moscou. Il y accumule près de 4000 oeuvres entre 1989 et 2002. La galerie Nationale Tretiakov accepte ensuite d’intégrer une partie de cette collection dans ses inventaires.  Andreï Erofeev et son équipe essaie de montrer la collection en Russie et à à l’étranger.
En 2008, l’homme est limogé de son poste de responsable du département des nouvelles tendances de la Galerie Tretiakov. Il est poursuivi par la justice en 2007 pour une exposition  intitulée Art Interdit 2006 qu’il avait montrée au Musée Sakharov. L’exposition doit fermer sous les protestations des groupes de pression extrémistes religieux et nationalistes.

Blue Noses, Exposition 0.10

Les non-conformistes, histoire d’une collection russe
13 novembre-9 février
MoCo, Montpellier.