- Publicité -


Poulx, Gard

Gérard Lattier, le peintre conteur

.

Crédit photos: François Thiaucourt

 

Gérard Lattier est un peintre narratif: avec son pinceau, il écrit et dessine pour raconter tout ce qui lui semble important: des contes, des mythes, la Bible, mais tout aussi bien des faits tirés de l’actualité ou des histoires personnelles. De quoi ramener la Bible à une histoire simple et proche de nous, et à l’inverse, de quoi élever les faits du quotidien au rang d’aventure mythique. Rencontre avec un artiste intarissable.

Gérard Lattier vit dans un petit village gardois, et partage son temps entre une maison emplie de souvenirs artistiques et son atelier, éloigné de quelques dizaines de mètres au fond du jardin.

C’est là qu’il réinvente et réinterprète les histoires qui ont retenu son attention.Et pour cela, il utilise son pinceau comme d’autres le stylo: pour raconter, en plusieurs cases, voire plusieurs tableaux, des histoires qui lui tiennent à coeur. Sur chaque toile, parfois autant d’images que de textes, écrits, comme les images,  à la pointe de son pinceau.

Le personnage a aujourd’hui quelque chose d’un vieux patriarche biblique et sa peinture peut faire penser à certains ex-voto, quand l’image est soutenue par quelques lignes de texte rappelant le miracle pour lequel on vient remercier dans une église.
Gérard Lattier trompe ainsi son monde pour au moins deux raisons:

sa peinture actuelle n’a rien à voir avec ce qui l’a fait connaître et vivre dans sa jeunesse. Pendant des années, il était un peintre réputé grâce à une oeuvre fantasmagorique et érotique, peuplée de créatures dessinées de manière extrêmement précise, à l’opposé de son style actuel, qui penche volontairement vers une écriture rapide et naïve. Son travail est alors remarqué par Clovis Trouille, avec qui il échange une abondante correspondance qui a fait l’objet d’une publication.

Il a trouvé son style, sa peinture se vend, il a un aîné pour l’appuyer… Gérard Lattier ne va plus cesser de peindre mais en 1965, il décide de changer. Et quand il change, il change tout: les sujets et le style, l’un n’allant pas sans l’autre.

Il décide alors, subitement, radicalement, de rompre avec ce style et ces sujets loin de la vie quotidienne.  Il se penche désormais sur les gens qui l’entourent et les histoires qui peuvent leur arriver, sur la région dans laquelle il vit et son quotidien, ou ses contes et légendes.

Et ce “retour aux sources” entraîne un changement radical de style: Gérard Lattier rompt avec une peinture virtuose et à la technique époustouflante pour se recentrer sur des récits simples, avec un pinceau en apparence simple lui aussi: la palette est vive, gorgée de couleurs primaires, les personnages sont de simples petits bonshommes ou bonnes femmes aux traits rapidement esquissés, trois arbres ou deux maisons suffisent à symboliser un lieu. Ce qui compte maintenant: faire comprendre l’histoire que l’artiste veut transmettre. Il se fait peintre conteur.

Et certaines histoire lui tiennent vraiment à coeur.

Pour la réhabilitation de La Battu

Ce jour-là, comme beaucoup d’autres, Gérard Lattier va revenir à plusieurs reprises, le temps d’un après-midi passé en sa compagnie, sur une histoire nîmoise qui le hante, celle de “La Battu”, cette jeune fille qui avait servi de modèle à une sculpture connue de tous les Nîmois de sa génération: la jeune fille au chevreau, une sculpture qui a longtemps orné Le jardin de la fontaine, à Nîmes jusqu’à ce qu’elle disparaisse, pendant la seconde guerre mondiale. Malgré sa disparition, beaucoup de Nîmois connaissent l’oeuvre, voire l’histoire de celle qui a servi de modèle.

Et notamment Gérard Lattier, qui a habité dans sa jeunesse dans la maison du sculpteur nîmois Marcel Courbier, Prix de Rome, auteur de cette sculpture montrant une jeune fille donnant à manger à un chevreau.

Depuis, le peintre et conteur a réalisé un tableau, “L’histoire de la Battu”, pour revenir sur cette histoire épouvantable: “On a brûlé une sorcière à Nîmes au XXème siècle et tout le monde veut oublier! Ce n’est pas possible” explique l’artiste qui rêve de réhabiliter la femme plus encore que le modèle ou la sculpture.

Il a décliné cette histoire en toute une série de toiles qu’il rêve de présenter à Nîmes, la ville qui se doit de réhabiliter cette femme.

Deux ou trois semaines plus tard, l’artiste rayonnait: l’écrivain Jean-François Roseau a mené à bien son projet parallèle: faire revivre la Battu dans un livre. La réhabilitation est en marche.

La Bête du Gévaudan, l’Evangile, les proches

Gérard Lattier a consacré autant d’énergie à cette malheureuse qu’à une autre histoire, devenue depuis mythique mais pourtant bien réelle: celle de la Bête du Gévaudan. Pendant quatre ans, l’artiste y consacre une série de 42 tableaux, pour revenir sur cette histoire d’une bête qui tue, avant la révolution, plus d’une centaine de personnes dans le centre de la France. L’ensemble de la série dans laquelle s’agitent des paysans, des curés, des soldats et tout un petit peuple de personnages et d’animaux, a été exposée tout le mois de juillet, en Lozère à Saint Chély d’Apcher, en Lozère. Et là encore, l’artiste connaît en 2019 une nouvelle satisfaction, avec l’achat de toute la série par une petite commune du territoire concerné. Ce qu’il souhaitait au plus haut point.

Et l’artiste de reprendre encore et toujours ses pinceaux, malgré une vue qui ne lui laisse plus beaucoup d’espace pour voir et créer.

Entre deux tableaux mythiques ou bibliques (il a également peint en 2010 l’Evangile selon Lattier), il revient sans cesse sur son histoire personnelle, et notamment sur celles qu’il vécue avec la femme qui l’accompagna pendant des années avant de disparaître dernièrement, sa femme Annie, présente autant dans son discours que dans de nombreuses oeuvres. Elle ne fait pas partie de la Bible, elle n’a pas été mangée par la Bête du Gévaudan mais elle a vécu à ses côtés.

C’est évidemment aussi important.

BIO

Né à Nîmes en 1937, Gérard Lattier vit et peint entre Poulx (Gard) et Ruoms (Ardèche) d’où sa famille est originaire. Il commence à dessiner tout jeune. Puis à vingt ans, pour échapper à la guerre d’Algérie, il fait un long séjour dans un hôpital psychiatrique militaire: il y trouve un espace de liberté pour peindre, dessiner et entamer en ces lieux fermés une oeuvre érotique et fantasmagorique hallucinée.

Oeuvres dans les collections publiques et privées

  • Atelier-Musée d’art brut Fernand Michel, Montpellier
  • Petit Musée du Bizarre, Lavilledieu (Ardèche)
  • Musée de l’Art Brut, Lausanne, (Suisse)
  • Casey Gould Galery, Folk Art international New-York, USA
  • FRAC Languedoc-Roussillon; Ecomusée de la Margeride (Lozère).

Bibliographie

  • Lattier ou « La mémoire en couleurs », Editions de Candide, Lavilledieu, 1991
  • De l’Imaginaire au Petit Musée du Bizarre, Editions de Candide, Lavilledieu, 1993
  • La Bête: une histoire de la bête du Gévaudan racontée et peinte par Gérard Lattier, Editions de Candide, Lavilledieu, 1996
  • Gérard Lattier, catalogue d’exposition (Galerie des Arènes), Ed. Ville de Nîmes, 2001
  • Clovis Trouille – Gérard Lattier, correspondances, Editions Actes-Sud / Cercle d’art contemporain du Cailar, 2004
  • Gérard Lattier, Le voyage en peinture, Editions du Chassel, Lagorce, 2004
  • L’Evangile selon « Saint Lattier », Editions du Chassel, Lagorce, 2010