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Bruniquel, Tarn-et-Garonne

Fernando Agostinho

 

Le maître du pop art verrier et de l’expression ludique travaille le verre dans un des plus beaux villages de France, Bruniquel, dans le Tarn-et-Garonne.

Son travail est présenté cet été dans un autre département de la région, au musée du Verre de Claret, dans l’Hérault.

Né au Portugal dans une famille de verriers, Fernando Agostinho vit en France depuis son enfance. Il apprend auprès de son père la passion du verre dans la verrerie de Vianne (Lot-et-Garonne) et ouvre en 1987 son propre atelier.

Depuis 1993, il entame ce qui fait aujourd’hui sa singularité, ce monde auquel il plie et soumet le verre, par l’usage de différentes techniques: soufflage, travail au chalumeau, sablage, collage à froid. Mais il utilise ses techniques non pour en sortir des objets où la virtuosité de l’artisan saute aux yeux, mais davantage des objets qu’on découvre d’abord dans leur simplicité, leur évidence, comme sortis d’une malle de jouets d’un enfant.

Ses créatures se rapproche d’un univers de la figuration libre et narrative, qui emprunte, “de nombreux éléments à la culture populaire, à la bande dessinée, aux muppets, voie qui trouve aussi son origine dans le dessin et la gravure qu’il affectionne particulièrement”, explique dans le catalogue de l’exposition de Claret le commissaire de l’exposition, Manuel Fadat.

Figures de cet univers, des sculptures-objets souvent anthropomorphes ou zoomorphes, emplies d’humour. Un univers qui permet plusieurs lectures, car le regard poétique et coloré n’empêche pas un regard lucide sur l’époque actuelle.

Au départ, comme la plupart des verriers, Fernando Agostinho apprend les techniques, difficiles, laborieuses. Il en fait des objets utilitaires, des presse-papiers, des vases et des flacons. Mais il comprend vite que la technique ne doit pas être une fin en soi, et que le côté utilitaire du verre peut l’enfermer dans un labeur finalement proche de l’ouvrier d’usine, comme l’ont vécu son père et son grand-père.

Au même moment, un galeriste l’encourage à aller vers un univers plus ludique. Il le fera finalement de manière graduelle: “J’ai détourné la production utilitaire, puisque je me servais des formes et techniques classiques pour fabriquer mes personnages: le corps et le contenant, le bouchon devient une tête, etc”*.

Pour créer ce monde avant de passer à sa réalisation, Fernando Agostinho redécouvre le plaisir de dessiner, lui qui, enfant, faisant des bandes dessinées avec facilité.

Petit à petit, l’univers de l’artiste s’enrichit de multiples créatures, toutes plus ludiques les unes que les autres, sortie d’un mythologie ancienne ou récente: se côtoient ainsi le minotaure, l’Ibis sacré, la panthère rose, Woody, une tentation ou un gardien de la pomme, ou des créatures toutes aussi légères d’apparence, mais qui renvoient à d’illustres artistes: “L’homme qui marche” ou, carrément “L’être et le néant”.

Pas forcément une référence approfondie au contenu du livre de Jean-Paul Sartre, davantage un jeu de mot qui permet tout simplement de resituer l’oeuvre dans le temps, un temps où on se joue de la culture comme du reste.

Mais le côté ludique, facile n’empêche pas de renvoyer aux actualités parfois tragiques de l’époque. C’est ainsi que Fernando Agostinho traite de la tragédie de la vache folle ou réalise le jour de l’attentat contre Charlie Hebdo une pièce nommée Charlie.

Les oeuvres qui joignent sans doute de la manière la plus évidente joie de créer et inquiétude du créateur sont évidemment les memento mori: “Ils sont arrivés à une période où je me posais pas mal de questions sur l’écologie, l’environnement, en me faisant la réflexion grave qu’en effet, on va tout simplement disparaître, non pas parce que c’est ‘normal’ de disparaître, -ça, c’est la vie- mais parce qu’on ‘provoque’ notre disparition en faisant littéralement n’importe quoi, on fonce droit dans le mur (…). Mais attentent, ces figure restent quand même festives et ludiques, avec leurs plumes, leurs couleurs, leurs formes, leurs décors pour rappeler qu’il faut quand même fêter la vie”*.

Et en utilisant le verre, matériau stable, intemporel, il essaie, avec ses moyens, de donner à la vie des couleurs qui pourraient durer indéfinimement. A condition toutefois que l’homme ne vienne pas tout gâcher…

Musée du verre, Claret 34

A voir jusqu’au 30 novembre.
L’exposition rassemble plus d’une centaine d’oeuvres revenant sur trente années de créations.

*Les propos de Fernando Agostinho dans cet article vienne du catalogue édité par la halle du verre à l’occasion de cette exposition.

Crédits photos : ©Céline Capelier