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Tarn (Boissezon)

André Nadal

La poésie des figures géométriques

Les formes sont le plus souvent très simples : des cercles, des rectangles, des entrecroisements de lignes droites. Les couleurs sont tout aussi réduites : du blanc au noir, en passant par toute la gamme des gris. Dans ce schéma rigoureux, André Nadal réussit à créer un univers très personnel où la géométrie est vue comme une porte ouverte sur l’harmonie.

Avant de vivre de sa peinture, André Nadal a fait des études pour devenir dessinateur industriel. Il lui en est resté quelque chose, un goût certain pour la géométrie et ce qu’elle peut offrir d’harmonieux. Mais pour apporter un regard neuf sur des formes aussi simples qu’un cercle ou qu’un cube, il faut évidemment trouver sa voie. André Nadal a beaucoup cherché. Il a « erré dans la couleur », comme il aime à le dire, passant par une phase de tachisme avant de recentrer son travail sur quelque chose de plus épuré. Mais il n’a pas immédiatement jeté son dévolu sur le noir. Pendant huit années, il a au contraire travaillé des œuvres en bleu, faisant lui-même son bleu de Prusse. (…)

Et puis, un jour, il a vu des œuvres faites de tableaux en bois brûlé. C’était il y a 12 ans, et depuis le noir est devenu le ton essentiel de son travail. Aujourd’hui, ce noir omniprésent recentre les œuvres sur les formes. La plupart du temps, elles existent pour elles-mêmes, se contentant éventuellement d’évoquer d’autres choses : le cube peut évoquer les immeubles américains, avec ses horizontales et verticales très marquées par les structures métalliques apparentes. Mais l’impression de grandeur n’est pas nécessairement la première recherchée : quand le cube est constitué de petites taches plus ou moins blanches ou grises, il peut évoquer davantage un morceau de sucre qu’un immeuble monumental.
Et plus rarement, la peinture se fait figurative, quand les formes cubiques se multiplient et évoquent clairement New York ou une autre sky-line américaine.
Ce qui est commun en revanche aux œuvres d’André Nadal, c’est la notion de proche et de lointain : on regarde d’abord de loin ce cube ou cet amas de lignes formant un cercle, et puis on s’approche pour comprendre un peu plus la technique et se noyer dans les lignes, jusqu’à mettre son nez sur le tableau. La tentation est particulièrement forte pour comprendre comment l’artiste parvient avec des mêmes traits, à proposer la face d’un cube à la lumière et l’autre à l’ombre. la réponse vient de la proximité: l’artiste ne peint pas sur son fond noir, il gratte, avec plus ou moins de profondeur, ce fond noir pour retrouver des tons blancs ou gris qui vont former le motif.

En ce sens, l’œuvre d’André Nadal est finalement empreinte de classicisme : comme un bâtiment classique, le château de Versailles ou le Louvre par exemple, on regarde l’œuvre de loin, ses formes et ses formes et son équilibre général, avant de s’approcher pour détailler les éléments un par un : les colonnes, les sculptures, etc.

Aujourd’hui, l’artiste a une réputation bien établie, avec des galeries qui le suivent aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis ou en Asie. “Je pense que mon travail a un côté hypnotique. Il capitve aussi bien l’oeil que le cerveau du spectateur, tout en restant très simple d’apparence. et je peux le voir dans ceux qui apprécient mon travail: ce sont souvent des perfectionnistes, qui possèdent des maisons où règne une certaine notion d’ordre. mes oeuvres prennent toute leur ampleur dans des intérieurs épurés”.

Aujourd’hui, l’artiste revient un peu à la couleur, avec des figures colorées sur fond noir sou sur fond blanc. mais le travail reste tout autant épuré et nécessite toujours la même concentration: “Quand je peins, je suis seul dans mon atelier, sans rien pour me déranger. pas de musique, et si une mouche arrive, je la plains car elle risque de finir en enfer”. André nadal travaille dans le silence, sans rien qui puisse détourner son attention. Et ce n’est pas la couleur qui change la donne.

Anne Devailly

Rencontre parue en janvier 2018 dans Armajeur Occitanie