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Toulouse

Bernard Barillot

 

Peinture, écriture, culture …

 

Bernard Barillot est fasciné par la calligraphie. Il en tire un nouvel alphabet à la base de son travail de peintre : les lettres demeurent, le texte a existé, mais l’ensemble n’est plus lisible. Seules restent les couleurs et les équilibres, dans une atmosphère d’incunable médiéval maintenant indéchiffrable….

A priori, l’art de Bernard Barillot est livresque et loin de la nature : ses tableaux trouvent clairement leurs racines dans l’écriture. Il utilise des écrits existants, et maîtrise parfaitement la calligraphie, dans ce qu’elle comporte de plus pointu et technique : l’écriture de chancellerie (celle des notaires au Moyen-Age), l’onciale ou le rustica antique.
Bref, un travail d’érudit. Et pourtant… l’artiste qui vit et travaille aujourd’hui à Toulouse mais qui est né à Carcassonne, insiste sur un autre point qui lui paraît tout aussi fondamental : « J’ai passé mon enfance dans la campagne audoise. J’ai parcouru cette campagne qui ne comportait à l’époque que des vignobles. Le sol était marqué par les traces des ceps de vignes. Cela formait des imprégnations graphiques qui, je pense, ont dû joué un rôle dans mon travail. Dès ma sortie de l’école des Beaux-Arts, j’ai eu envie de travailler sur la calligraphie ».

Voilà comment cet artiste réussit le grand écart entre un travail qui plonge ses racines à la fois dans les incunables médiévaux et dans la campagne languedocienne.

Et de fait, de loin, un tableau de Bernard Barillot peut ressembler aux sillons creusés dans la terre. Et puis on s’approche, encore, toujours plus près, pour voir ce que ces signes, mis bout à bout, pourraient bien signifier.

Les artistes arabes sont les maîtres dans l’utilisation de la calligraphie à des fins artistiques, transformant les sourates du Coran en œuvres d’art que peuvent admirer même des personnes ne maîtrisant pas la calligraphie arabe. Les artistes occidentaux ont aussi joué avec l’alphabet, mais généralement en gardant visibles les lettres, voire en gardant le sens du texte : Apollinaire avec ses calligrammes, plus tard les cubistes et les futuristes italiens qui truffent leurs toiles de lettres rappelant l’éclosion de la publicité et de la presse dans leur quotidien.

Ici, le texte, la lettre sont utilisés à d’autres fins. Le jeu quasi-obsessionnel avec l’écriture contraint à s’approcher au plus près de la toile, pour une tentative vite déçue de déchiffrement. On essaie de séparer le texte du premier plan des textes de l’arrière-plan, comme si on avait affaire à un ancien palimpseste (un document où l’on effaçait un premier texte pour l’utiliser pour une nouvelle page d’écriture), on essaie de suivre les couleurs ou les lignes de contour quand il y en a… Et puis assez vite, on se retrouve devant un parchemin illisible, devant une superposition de textes qui s’annulent entre eux.
On reprend alors du recul : ce qui compte finalement, c’est l’harmonie générale, le désordre organisé, la rigueur de la composition. Les lignes d’écriture s’apparentent finalement plus à une partition musicale, pleines d’harmonie, de couleurs, de rythmes. L’écriture ouvre sur de nouveaux horizons, elle redevient trace et renoue avec le sillon laissé par une charrue…

Bernard Barillot part toujours d’un texte signifiant, mais il finit quasiment toujours par le pulvériser au point que la lisibilité finit par être détruite. On part d’un signifiant qui rassure (l’écrit) et on arrive à une œuvre abstraite qui impose une nouvelle lecture.

Depuis une quinzaine d’années, l’artiste s’amuse à faire des jeux de miroir entre son travail de peintre et les écrits qu’il utilise : il ne prend plus guère que des textes qui ont été écrits sur son travail par d’autres amis artistes ou écrivains.

Le point de départ est donc toujours peu ou prou le même, la technique en revanche varie : acryliques, pastels, aquarelles, crayons de couleurs, encres, tout est bon pour vivifier ces textes, les faire vivre, leur donner une allure nouvelle, ancrée dans le présent ou au contraire avec des réminiscences passées en fonction de la graphie retenue. Tout est bon aussi pour trouver des jeux de transparence qui permettent de renforcer cette impression de plans multiples. Bernard Barillot n’est pas un artiste qui travaille dans la matière : ses toiles sont relativement « lisses », mais elles n’en comprennent pas moins de multiples plans qui leur donnent une profondeur, comme si on pouvait au scalpel détacher une couche pour atteindre la couche inférieure.

« Souvent, je pars d’un petit tableau d’écriture déjà préparé, un petit format à l’encre de Chine. Puis j’insère ce premier travail dans un format plus grand, tout en couleur ».

Les deux se fondent, les textes se mêlent, comme les instruments de musique d’une symphonie. Restent des couleurs, des harmonies, du rythme.

A.D.

VERBATIM

«Les graphes et les signes même illisibles, ainsi alignés et gérés par les contrastes des valeurs fond-forme, et forme-couleur, adoptent toutes les caractéristique du système écriture lecture de façon universelle, système qui fait appel à la puissance de mémorisation, d’imprégnation et d’émotivité inhérente à l’acquis culturel de ceux qui regardent sans distinction de race, d’origine ethnique ou de nationalité, l’écriture n’est elle pas universelle? Il possible de constater que lorsque la signification des mots se termine, commence la peinture ».

Bernard Barillot

Article publié en juillet 2016