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Rafael Gray

Rafael Gray, un même motif mystérieux en Lozère, dans l’Aude, dans le Roussillon

Installé dans un village catalan, Rafael Gray aime prendre en matière artistique des chemins de traverse. Depuis quelques temps, ce pionnier du street-art renouvelle et détourne les codes du genre: il habille les murs… sans peinture, sans signature, sans bombes ou graffitis.

Les murs extérieurs sont ornés de papiers peints, aux motifs décoratifs qui les recouvrent et permettent de micro-événements, tellement cette présence est décalée dans des lieux extérieurs. Tour d’horizon dans les lieux régionaux qui ont inspiré l’artiste et séduit les visiteurs.

Rafael Gray n’a pas choisi son motif au hasard. Le papier aux élégantes arabesques s’appelle le Damas et est l’un des plus populaires qui soit. Damas, comme la ville de Syrie dont il est originaire. Rafael Gray a commencé à l’utiliser sur toile il y a quatre ans. Et petit à petit, l’idée a fait son chemin d’utiliser ses arabesques dans des espaces extérieurs, des espaces porteurs de sens comme le camp de Rivesaltes qu’il “colle’ en novembre 2015 avant de récidiver l’été 2016, ou des espaces naturels appréciés des touristes pour leur côté nature, où ce genre d’intrusion peut peut-être laisser perplexe.

VERBATIM

“Telle une tapisserie aux motifs floraux, coller le papier peint ‘Damas’ est un acte de décoration, d’embellissement d’espaces souvent en marge de la beauté. Il rentre en contact avec le populaire, l’ordinaire, le revendiqué, l’art des autres qu’il relève discrètement par sa présence. Je ne cherche pas à donner des solutions, ni à proposer un message, mais à offrir un baume pour des coeurs désoeuvrés. Le papier peint, comme ma performance, créent des liens. Des liens entre des motifs, entre des espaces, des liens entre le mur et les passants, entre les passants et moi-même. Je voudrais ouvrir les frontières omniprésentes, celles qui se rendent visibles à travers l’archéologie des traces sur le mur, celles entre le moi et le monde, celle entre l’art et l’ordinaire. Contre ceux qui veulent en dessiner encore”.

Ce sera alors le cas de l’anse de Paulille, ou de sites en Lozère ou dans l’Aude. Pas de règle précise: le papier peut venir recouvrir un mur lisse comme s’il habiliat la pièce d’une maison: à Rivesaltes, l’effet est saisissant, comme si le papier peint rendait compte d’une vie passée ici, alors même que sa fraîcheur signale que c’est peut-être plus compliqué que cela. Mais l’artiste peut tout aussi bien accrocher son papier sur les pierres d’un vieux mur tout bosselé. A Perpignan, il prend soin de coller son motif sur le passage de la procession de la Sanch. Et quand il immortalise son travail lors de la Procession, l’effet est là encore étonnant: ce ne sont plus ces hommes en chapeau noir que l’on regarde fixement, même si ce sont évidemment eux qui sortent du quotidien, c’est au contraire ce bout de papier peint à l’arrière-plan: que diable fait ce papier, issu du quotidien intérieur de tant de gens, dans le paysage extérieur urbain.

Pendant deux ans, l’artiste a sillonné les routes de la région, son pays catalan mais également quelques sites audois et d’autres en Lozère.

Et entre deux virées régionales, il prend ses rouleaux de papier peint et s’embarque pour le Kerala en Inde où il va effectuer le même travail,  ou va coller discrètement quelques rouleaux dans les rues parisiennes. Quasiment à chaque fois, des habitants ou des visiteurs finissent par jouer avec le motif, se prendre en photo devant, poser, s’interroger. Par les temps qui courent, le travail de Rafael Gray  consiste aussi à contrer ceux qui veulent dessiner de nouvelles frontières, ceux qui veulent faire des murs de séparation. Devant ou derrière les papiers peints de l’artiste, la vie reprend ces droits. Et Damas en fait partie.

AD

www.rafelgray.net

Rencontre rédigée en mars 2017