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Narbonne (11)

Jean Pierson

Présence fugitive au bord de la Méditerranée

 

Jean Pierson peint des lieux de vie dans des paysages méditerranéens. Des chaises au bord d’une terrasse, noyée au milieu des arbres, ou face à la mer. Des éléments où l’homme se sent chez lui… même s’il a eu la délicatesse de s’éclipser avant que le peintre immortalise la scène.

Chez Jean Pierson, il y a souvent des vérandas. Sur la véranda, des chaises et une table basse et sur la table basse, des verres, des livres ou une partie de jeu en cours. Le peintre insiste d’ailleurs souvent dans les titres sur ces éléments: “Café croissant”, “retour du marché”, etc.

Mais personne pour tenir les verres, tourner les pages du livre ou distribuer les cartes. Le point de vue est habité, c’est une évidence, mais on n’en saura pas plus. Derrière ces objets, la plupart du temps un lointain, souvent la mer. On est à l’ombre, il fait chaud, on voit loin…

L’appel du large, du grand air, de la mer ou d’une balade en forêt est sans doute le plus fort.

Car les objets révélant la présence humaine sont importants, mais restent finalement anecdotiques par rapport à la force des éléments naturels.

Cette façon de représenter, en creux, la présence humaine, donne évidemment un côté intemporel à la scène. La Méditerranée, telle que Jean Pierson la connut, un jour, dans une enfance qui s’éloigne petit à petit: “Enfant, avec mes parents, nous passions nos étés sur la Méditerranée. Quand j’étais étudiant aux Beaux-Arts à Paris, déjà, j’étais attiré par la représentation de ces paysages qui ont marqué mon enfance”.

Deux ou trois décennies plus tard, l’artiste tourne toujours autour de ce thème. Les personnages ne sont toujours qu’évoqués. Mais les paysages aussi, sans que cela ne saute aux yeux: la plupart n’existe pas réellement, et sont le fruit d’une reconstitution en atelier. En partie un travail de mémoire, en partie un travail de re-création, fait sur la base d’aquarelles qui, elles, sont faites sur le vif.

“Pendant longtemps, j’ai peint d’après nature, explique l’artiste.  Maintenant, je reconstruis en atelier. Je peins finalement les espaces ou les moments où j’ai envie d’être: des repas partagés, la sieste, la chaleur, le soleil du printemps ou de l’été. Tout est prêt, il ne reste plus qu’à s’installer”.

Le tout sur des formats assez grands, spacieux, pour entrer vraiment dans la scène. Et avec un luxe de détails et une précision dans la touche qui renforcent le réalisme. Jean Pierson travaille à l’huile, et prend le temps qu’il faut pour apporter les touches de lumière sur chaque branche ou donner son volume à la vague en train de s’échouer sur le rivage. L’huile impose cette lenteur qui se retrouve dans ses toiles. Rien d’urgent, tout est calme, intemporel.

Ses toiles, par cette présence humaine un peu fantomatique, par leur côté nostalgique et par le côté répétitif et finalement obsessionnel du thème font penser à un autre artiste, qui s’exprime lui par l’écriture, Patrick Modiano. Même volonté de faire revenir le passé dans le présent, même importance accordée à la présence humaine, tout en l’abordant de manière périphérique, même façon de traiter, toile après toile ou livre après livre, un seul et même sujet.

Dans un entretien publié l’an dernier, Patrick Modiano expliquait simplement son projet d’écriture: «Dans cette vie qui vous apparaît quelquefois comme un grand terrain vague sans poteau indicateur, au milieu de toutes les lignes de fuite et les horizons perdus, on aimerait trouver des points de repère, dresser une sorte de cadastre pour n’avoir plus l’impression de naviguer au hasard.»

Depuis des années, Jean Pierson sait que ses points de repère à lui sont du côté de la Méditerranée. Il les évoque, il les cherche, il les imagine, toile après toile.

Bio

Jean Pierson est né en 1964 dans une famille d’artistes, avec deux parents passés par les Beaux-Arts pour devenir architectes. Jean Pierson passe lui-même par les Beaux-Arts à Tours, en reconnaissant que la formation n’était peut-être pas ce qu’il cherchait: “Ils m’ont donné le diplôme en me demandant d’aller voir ailleurs”. Il réussit le concours des Beaux-Arts de Paris, tout en faisant en parallèle des études d’architecture. Deux cursus distincts et complémentaires dont il sort diplômé. “Aux Beaux-Arts, j’ai pu dessiner tous les matins avec modèle, et avoir des cours théoriques passionnants, notamment en morphologie avec Jean François Debord ou en histoire de l’art avec le regretté Bruno Foucart”.

Parallèlement à son travail de peintre, Jean Pierson a réalisé de nombreuses fresques sur les murs de villes qui l’ont inspirées, en France ou à l’étranger : Argentan, Angoulême, Berlin, avec des panneaux totalisant 750 m2 représentant des rues de Montmartre, Montpellier au centre régional de lutte contre le cancer Val d’Aurelle, ou des panneaux décoratifs dans la vitrine de la librairie Clareton de Béziers à l’occasion de son centenaire.

Actu

Jean Pierson est représenté en région par la galerie de l’Ancien Courrier à Montpellier depuis 1995, et  par la galerie Sophie le Mée à la Flotte (Ile-de-Ré) depuis 2018.

Rencontre publiée en mai 2018